Ce lac de 190 hectares a coûté 9 ans de travaux pour y cacher des munitions de 1918
Ce lac de 190 hectares posé à 1 330 mètres d'altitude cache une histoire que même la Margeride préfère oublier. Entre les épicéas noirs et les tourbières glaciaires, les eaux turquoise du lac de Charpal reflètent un passé militaire extraordinaire.
Ici, 2 000 ouvriers ont creusé pendant neuf ans pour y immerger des surplus de munitions. Une voie ferrée de 15 kilomètres culminait à 1 388 mètres. Aujourd'hui, les loutres d'Europe nagent où devaient dormir les obus de 1918.
Un chantier titanesque entre deux guerres
Le plateau du Roy se dresse au cœur de la Lozère, isolé et rude. En 1925, les premiers ouvriers arrivent avec un projet fou : construire une retenue d'eau pour y submerger des surplus de munitions franco-allemandes.
Les hivers mordent à -5°C. La chaux locale durcit et les hommes doivent la concasser à coups de masse. Comme l'explique Romain David, historien ferroviaire : « Les travaux durent de 1925 à 1934, et emploient jusqu'à 2000 hommes. Les hivers sont rudes dans cette région. »
Une ligne de chemin de fer de 15 kilomètres serpente depuis Larzalier jusqu'à la Boulène. Elle culmine à 1 388 mètres, record d'altitude. Locomotives à vapeur et wagons de chaux gravissent les pentes glacées. En 1930, tout s'effondre. L'eau acide attaque les maçonneries. Deux brèches s'ouvrent, vidant le lac de 25% de sa hauteur.
De l'arsenal oublié au sanctuaire Natura 2000
Renaissance 1946 — L'eau qui désaltère un tiers de la Lozère
Mende rachète ce chantier abandonné en 1946. Les brèches béantes transforment le projet militaire en catastrophe écologique. En 1992, EDF injecte du béton dans les fissures. Le niveau remonte.
Aujourd'hui, cette étendue de 190 hectares alimente Mende et ses alentours en eau potable. Les forêts de résineux plantées dans les années 50 créent un paysage nordique unique en France méditerranéenne. Ce lac de 76 hectares cache une chapelle du XVe siècle offre une spiritualité différente mais complémentaire.
Tourbières reliques et biodiversité protégée
Le classement Natura 2000 protège depuis 2002 des tourbières glaciaires exceptionnelles. Ces vestiges de l'ère glaciaire abritent une faune relique. Les loutres d'Europe glissent dans les eaux froides. Les observations confirment leur présence régulière.
L'ambiance évoque le Canada ou les highlands écossais. Épicéas et pins sylvestres encerclent les eaux calmes. Par temps clair, le turquoise reflète les nuages. L'Office Rando Lozère précise : « Entre tourbières et forêts de conifères, les milieux y sont soumis à la rudesse du climat. »
Le plus grand lac no-kill de France
Pêche éthique — brochet et perche sans capture
Le lac de Charpal détient un record national : le plus grand lac de pêche no-kill de France. Du 1er mai au 31 décembre, les pêcheurs peuvent traquer brochets et perches. Règle absolue : remise à l'eau immédiate. Une ligne maximum, deux hameçons.
Cette éthique transforme la pêche en observation naturaliste. Pas de poisson dans les assiettes, juste le frisson de la capture. Ce lac de 370 hectares aux confins de l'Ain propose une approche similaire mais en territoire jurassien.
Randonnée familiale entre vestiges et boardwalks
Le sentier balisé fait 8,5 kilomètres pour trois heures de marche facile. Le dénivelé reste modéré : 92 mètres de montée, 93 de descente. Le GR43 traverse le site, offrant des boucles variées.
Les vestiges ferroviaires ponctuent la promenade. Le poste d'aiguillage de Larzalier résiste aux intempéries. La maison de garde-barrière sur la N88 rappelle l'époque héroïque. Aires de pique-nique et panneaux pédagogiques jalonnent le parcours. Ce lac artificiel de 40 hectares mise davantage sur la baignade écologique.
L'alternative sauvage que les Alpes ignorent
Quand Annecy et Chambon croulent sous les touristes estivaux, Charpal reste vide. Moins de 10 000 visiteurs par an selon les estimations locales. Cette discrétion protège l'authenticité du site.
Les coûts fondent de 30% par rapport aux destinations alpines classiques. Camping à 40 €, chambres d'hôtes à 70-100 €, contre 150 € minimum en station. Pascal Blachier, blogueur voyage, observe : « Il existe encore de rares lacs sauvages préservés du tourisme de masse. » Gérardmer offre une alternative plus équipée mais moins sauvage.
Ce que 2 000 hommes ont construit dans la glace abrite désormais loutres et silences. Une rédemption par la nature qui transforme l'arsenal en sanctuaire. L'histoire militaire s'efface devant la biodiversité retrouvée.
Vos questions sur le lac de Charpal répondues
Quand visiter et comment accéder au lac de Charpal ?
La meilleure période s'étend de juin à septembre. Températures douces de 10 à 20°C, pêche ouverte, biodiversité maximale. Accès par Mende à 35 kilomètres via N88 et D35, soit 40 minutes de voiture. Train TER jusqu'à Mende depuis Lyon ou Clermont-Ferrand, puis taxi pour 20-40 €.
Peut-on pêcher et se baigner au lac de Charpal ?
Pêche autorisée en no-kill avec carte journalière vers 20-30 €. Baignade interdite car le lac alimente Mende en eau potable. Activités possibles : randonnée, observation naturaliste, photographie de paysages. Respect absolu de la réglementation Natura 2000.
Le lac de Charpal vs Gérardmer — lequel choisir ?
Charpal pour l'authenticité sauvage, l'histoire militaire unique, la pêche no-kill et la biodiversité Natura 2000. Gérardmer pour les équipements touristiques, la baignade autorisée et les activités hivernales. Charpal séduit les contemplatifs, Gérardmer les familles actives.
L'aube efface les berges dans la brume. Seuls émergent les épicéas noirs et le barrage de chaux blanche. Quelque part sous ces eaux turquoise dorment des caisses de munitions que plus personne ne cherche.