Le barrage invisible : 1,5 million de m³ retenus en 24 heures pour sauver la vallée
1,5 million de mètres cubes en 24 heures. Le chiffre ne dit rien, jusqu’à ce qu’on imagine la Thur déferlant sur la vallée du Haut-Rhin en janvier 2018. À Kruth-Wildenstein, le barrage a avalé ce volume sans que les habitants en aval ne le voient. C’est un lac artificiel qui joue les gloutons en hiver et les estivants en été.
12 millions de mètres cubes : le chiffre que le lac cache sous ses 81 hectares
Le lac de Kruth-Wildenstein s’étire sur 2,1 km de long pour une largeur maximale de 520 m. Sa surface en eau pleine couvre 81 ha, mais c’est la profondeur qui surprend : 35 m au plus bas, à une altitude de 545 m dans le versant alsacien des Vosges.
Ces dimensions en surface dissimulent une capacité de retenue bien supérieure. Le barrage peut emmagasiner jusqu’à 12 millions de m³, soit quinze fois le volume visible à l'œil nu. C’est cette invisibilité qui fait le caractère de l’ouvrage : une masse d’eau potentielle que le béton bitumineux de quatre couches retient sans crier gare.
1959-1963 : la construction qui a changé le régime de la Thur
La décision de bâtir le barrage remonte à 1954, sept ans après une crue dévastatrice. Les ballons vosgiens, fortement enneigés chaque hiver, déversent leur fonte printanière en crues parfois catastrophiques. L’ouvrage, édifié de 1959 à 1963 et mis en eau en 1964, a été conçu comme régulateur des étiages de la Thur encore industrialisée.
Le type de construction mérite attention : barrage poids sans noyau d’argile, technique courante en Allemagne voisine, avec une protection amont étanche en béton bitumineux. L’ouvrage est une propriété départementale. Le faible débit local de la Thur a écarté l’option d’une centrale hydroélectrique, simplifiant la mission du barrage : retenir, protéger, réguler.
4 et 5 janvier 2018 : quand le barrage a mangé 25 % de la crue
L’événement des 4 et 5 janvier 2018 a montré l’ouvrage à l'œuvre. Le barrage a retenu plus de 1,5 million de m³ en 24 heures, réduisant de 24 m³/s le débit de pointe de la crue de la Thur, soit 25 % de moins pour la vallée en aval. Une réduction que les habitants n’ont pas vue passer, mais qu’ils ont subie sans subir.
Le paradoxe du lieu tient à cette double face. En hiver, retenue silencieuse des crues. En été, le lac bascule vers d’autres usages : baignade, pêche à la ligne, canoë-kayak, pédalo, plongée en apnée, nage avec palmes, plongée bouteille. Les activités se concentrent sur les communes de Kruth, Fellering et Wildenstein, qui se partagent les rives.
Comment y aller et quand le voir sous son vrai jour
Le lac se situe dans le Haut-Rhin, à la limite des trois communes de Kruth, Fellering et Wildenstein. L’été reste la saison la plus fréquentée pour la baignade et les activités nautiques, mais c’est en hiver, lors des fortes pluies ou dégel, que le barrage révèle sa fonction première.
À proximité, le parc Arbre Aventure, créé en 2004, propose des parcours en forêt, une tyrolienne et une via ferrata. Un camping est installé aux abords du lac. La durée de visite varie de quelques heures pour une baignade à une demi-journée en combinant lac et parc.
Peut-on se baigner dans le lac en été ?
Oui, la baignade est pratiquée sur le lac de Kruth-Wildenstein, avec une offre d’activités nautiques variée : canoë-kayak, pédalo, plongée en apnée, nage avec palmes et plongée bouteille. La pêche à la ligne est également autorisée. L’aménagement du site, propriété départementale, vise précisément cet usage récréatif en saison estivale.
Le barrage est-il visible depuis le lac ?
Le barrage poids de Kruth-Wildenstein est intégré au paysage sans monumentalité apparente. Sa structure en béton bitumineux de quatre couches ne se détache pas du relief vosgien. L’ouvrage est plus perceptible par son absence d’effet : la vallée en aval coule paisiblement quand la crue gronde en amont. C’est une invisibilité technique, pas une esthétique de barrage spectaculaire.
Le lac repose à 545 m d’altitude, entre les ballons enneigés et les vallées industrialisées qu’il a longtemps régulées. En juin, l’eau est assez haute pour les pédalos. En janvier, elle monte encore, mais personne ne le remarque. 12 millions de mètres cubes d’attente. 1,5 million déjà servis.