À 1h de Clermont-Ferrand, cette gorge de 350 m de profondeur dissimule une cascade détournée depuis 1845

150 mètres de profondeur au minimum. 350 au maximum. Entre Ouhans et Mouthier-Haute-Pierre, la Loue a creusé cette entaille pendant que le plateau de Levier remontait. Une route y passe depuis 1845. Elle a fallu détourner une cascade.

350 mètres de vide, 4 kilomètres de longueur : la gorge que les cartes sous-représentent

La Loue émerge à 528 mètres d’altitude, dans une petite reculée au fond d’Ouhans. Elle en sort à 380 mètres, juste avant Mouthier-Haute-Pierre. En 4 kilomètres, elle perd 148 mètres. Le résultat est un canyon vertical, calcaire, où la rivière enchaîne les sauts.

Le plus visible s’appelle le Grand Saut. Il mesure une dizaine de mètres. Mais ce n’est pas le plus haut. Le plus haut, on ne le voit plus directement depuis la route. Il a été détourné.

10 août 1845 : la route qui a déplacé une chute de 32 mètres

Sous Louis-Philippe, on inaugure une route taillée dans le flanc des gorges. Elle relie Mouthier-Haute-Pierre à Saint-Gorgon-Main. L’objectif est simple : désenclaver la vallée, ouvrir un accès direct vers Pontarlier. Le problème est la cascade de Syratu. Elle tombe là où la route doit passer.

La solution est un canal creusé dans la roche. Les eaux sont détournées, conduites sous la chaussée, puis projetées dans un saut de 32 mètres de hauteur avant de rejoindre la Loue. La cascade existe toujours. Elle coule ailleurs qu’à l’endroit naturel. Depuis 1845.

Cette route est devenue un itinéraire motard. Les virages serrés et les belvédères en font une halte régulière. Les panoramas sont vertigineux. La gorge est classée site pittoresque.

2 200 mètres sous terre : l’usine qui court-circuite les méandres

À la sortie des gorges, l’usine hydroélectrique de Mouthier-Haute-Pierre prélève la Loue 330 mètres en aval de sa source. Une galerie souterraine de 2 200 mètres traverse le massif calcaire. Deux conduites forcées de 125 et 131 mètres, d’un diamètre de 1,40 mètre, alimentent trois groupes turbo-alternateurs.

Le débit maximum turbiné est de 18,6 mètres cubes par seconde. La puissance installée atteint 18 MW. La production annuelle moyenne est de 70 GWh. EDF exploite l’installation. La rivière, en surface, continue son parcours sauvage. En sous-sol, une partie de son débit travaille autrement.

Comment y aller et quand

Les gorges se trouvent dans le Doubs, en Franche-Comté, à proximité de Pontarlier. La route historique est accessible entre Ouhans et Mouthier-Haute-Pierre. Le GR 595 traverse une partie du canyon à pied. L’itinéraire motard est praticable toute l’année, sauf conditions hivernales extrêmes.

La meilleure saison dépend de l’objectif. Pour le débit des cascades et la végétation des versants nord, le printemps et le début d’été offrent le plus de volume d’eau. Pour la route et les points de vue, l’automne dégage les perspectives. L’été permet d’explorer les cavités accessibles, comme la grotte des Faux-monnayeurs et la source du Pontet.

Peut-on visiter les cavités sans équipement spécialisé ?

La source du Pontet est accessible par un chemin de randonnée depuis le bord de la Loue. Le porche mesure 12 mètres de large et 8 mètres de haut. Une échelle métallique permet de grimper jusqu’à la grotte des Faux-monnayeurs, située juste au-dessus. Le parcours du Pontet jusqu’à la Loue fait environ 200 mètres. Aucun équipement spéléologique n’est nécessaire pour ces deux accès.

La cascade détournée est-elle toujours visible ?

Oui. Le saut de 32 mètres existe toujours, mais à un emplacement différent de l’original. Depuis la route, on entend le bruit avant de voir l’eau. Le canal creusé dans la roche n’est pas visible en surface. Le détournement lui-même est une infrastructure invisible, le résultat est une chute verticale qui retombe dans la gorge.

La végétation varie selon l’exposition. Les versants nord accueillent érable plane, érable sycomore, tilleul à grandes feuilles et hêtre commun. Les versants sud portent l’érable à feuilles d’obier. Les corniches arides abritent une flore adaptée au sec : anémone de Haller, orpin à feuilles épaisses, anthyllis des montagnes.

La gorge est là depuis que le plateau remonte. La route est là depuis 1845. La cascade coule autrement depuis la même date. Le calcaire jurassique, la Loue, le détournement : trois échelles de temps qui coexistent en 4 kilomètres.