Ce village de 681 habitants cache deux châteaux médiévaux face à face depuis 8 siècles

Les brumes matinales s'effilochent au-dessus de la Loue turquoise. Deux silhouettes de pierre émergent de part et d'autre de la vallée encaissée. Châteauneuf, ruines élégantes rive gauche. Châteauvieux, forteresse restaurée rive droite. Face à face depuis huit siècles, ces sentinelles médiévales gardent un secret. Vuillafans, 681 habitants, cache l'une des dernières routes du sel oubliées de France, un double fossé défensif intact et des vignes ressuscitées qui raflent les médailles.

Deux sentinelles de pierre face à face depuis 8 siècles

La vallée se resserre. La route serpente entre les falaises calcaires. Soudain, le village apparaît, niché au creux des coteaux abrupts.

Châteauneuf domine la rive gauche, à 170 mètres au-dessus de la Loue. Ses ruines du XIIIe siècle révèlent encore le double fossé défensif qui protégeait un bourg castral de 200 âmes. Les sires de Durnes l'érigèrent pour contrôler la vallée stratégique.

En vis-à-vis, Châteauvieux surveille la rive droite. Construit au XIe siècle par les seigneurs de Montgesoye, vendu en 1224 au duc de Bourgogne, incendié puis restauré par des propriétaires privés au début du XXe siècle.

Comme l'explique Gérard Quété, maire de Vuillafans : "De chaque côté de la rivière, deux châteaux dominent le village, Châteauvieux et Châteauneuf." Cette configuration unique en France raconte l'histoire d'une rivalité territoriale millénaire.

La route du sel et le duel politique de 1584

Au Moyen Âge, la route du sel de Salins-les-Bains à Montbéliard passait par Vuillafans. Guy de Vuillafans en 1200 offrait 80 litres de vin à l'abbaye Saint-Vincent de Besançon pour contrôler ce commerce stratégique.

Une artère commerciale stratégique médiévale

Les douaniers médiévaux surveillaient chaque convoi depuis les tours. La contrebande de sel blanc rapportait plus que l'or. Les maisons de Balthazar Gérard et La Forteresse, classées Monuments Historiques, témoignent de cette prospérité.

Leurs baies ogivales du XVe siècle et escaliers en vis sculptés révèlent le raffinement architectural financé par les taxes du sel. À Besançon, à 35 kilomètres, les fontaines romaines témoignent de cette richesse hydraulique régionale.

Vidéo du jour

Le théâtre d'un drame sanglant

Célestin Cattaneo, historien et ancien instituteur de Vuillafans, raconte : "En 1584, la vallée de la Loue devient le théâtre d'un duel politique sanglant." Les guerres de Bourgogne transforment les châteaux rivaux en ennemis.

En 1479, Louis XI ordonne le démantelement de Châteauneuf. Ses troupes dynamitent les murailles. Les 200 habitants fuient, faute d'eau potable sur ce piton rocheux. Seules subsistent les ruines élégantes que consolide le début du XXe siècle.

Vignes ressuscitées et truite de la loue : renaissance gastronomique

L'association Ruranim replante les vignes abandonnées depuis des siècles. Chardonnay, Pinot Noir, Pinot Auxerrois accrochent aux coteaux abrupts de la rive droite.

Les médailles d'or du renouveau viticole

Les vins Pays de Franche-Comté de Vuillafans raflent les médailles d'or récentes. Une bouteille coûte 5 à 10 €, soit 40% moins cher que les crus alsaciens voisins.

Les vignerons Yanick Cardonne, François Aubert et Hugo perpétuent cette tradition ressuscitée. Leurs caves creusées dans le calcaire offrent des dégustations face aux châteaux. Dans les Vosges proches, d'autres terroirs montagnards révèlent leurs secrets millénaires.

Randonnées et canoë entre pierre et eau

Le sentier château-château mesure 1 kilomètre. Gratuit, il offre une vue panoramique sur la vallée encaissée. Le départ s'effectue depuis la place Saint-Vernier, au pied de l'église de l'Assomption.

La descente de la Loue en canoë coûte 20 à 35 € par personne. Ses eaux turquoise révèlent truites sauvages et hérons cendrés. Les restaurants du village servent cette truite fraîche pour 20 à 30 € le repas, accompagnée de Comté artisanal.

Moins de touristes que gruyères, prix plus doux que la moyenne

Vuillafans rappelle la Toscane. Coteaux de vignes, pierres calcaires claires, rivière sinueuse. Mais ses 681 habitants accueillent cent fois moins de visiteurs que Gruyères en Suisse.

L'hébergement coûte 25% moins cher que la moyenne nationale : 60 € la nuit contre 80 €. Les chambres d'hôtes avec vue sur la Loue proposent des tarifs de 70 à 100 €.

D'autres villages secrets révèlent des patrimoine similaires dans l'Est de la France. Printemps et automne offrent les couleurs optimales, entre 5°C et 15°C, loin des foules estivales.

Vos questions sur Vuillafans, Doubs, Bourgogne-Franche-Comté, France répondues

Quel est le meilleur moyen de rejoindre vuillafans depuis paris ?

Voiture : 410 kilomètres, 4h30 par l'A36 sortie 4 vers Ornans. Train : TGV jusqu'à Besançon puis 35 kilomètres en voiture de location, billet local 10 à 15 €.

Avion : Dijon à 140 kilomètres (1h45) ou Genève à 100 kilomètres (1h30), vols low-cost 50 à 100 € aller-retour. Les phénomènes hydrologiques de la région complètent parfaitement la découverte de la vallée de la Loue.

Que mange-t-on vraiment à vuillafans comme les locaux ?

Truite de la Loue pêchée le matin même, vins de Franche-Comté des coteaux locaux, Comté affiné en caves voisines. L'épicerie et la boucherie du village proposent des circuits courts.

Les recettes traditionnelles comtoises accompagnent ces produits : fricassée de truites aux morilles, tarte aux Grêlons, vin chaud aux épices locales en hiver.

Vuillafans vs lods : quelle différence pour un week-end ?

Lods, à 5 kilomètres, attire plus de touristes en journée. Vuillafans reste plus calme avec ses 681 habitants et ses 2 châteaux uniques en vis-à-vis.

La densité de 4 Monuments Historiques pour 681 habitants classe Vuillafans parmi les villages les plus riches en patrimoine du Doubs. Les deux destinations se complètent pour un circuit complet de la vallée de la Loue.

Le soleil couchant dore simultanément les pierres des deux châteaux rivaux. La Loue turquoise reflète leurs silhouettes millénaires. Une fumée fine monte d'une cheminée du village. Les vignes rougissent sur les coteaux. Le temps suspend son vol dans cette vallée oubliée.