Un étang de 400 hectares asséché au XIIIe siècle réapparaît quand il pleut trop : où le trouver ?

400 hectares d’eau qui redeviennent champ en quelques jours. Entre Béziers et Narbonne, une cuvette dessine des sillons en étoile visibles depuis le ciel. Les fortes pluies d’octobre 2019 l’ont fait réapparaître. Les habitants savent depuis 800 ans comment l’évacuer.

60 fossés vers un trou central : l’ingénierie que le XIIIe siècle a laissée intacte

Soixante fossés de drainage rayonnent depuis les bords vers le Redondel, ce fossé circulaire qui capte l’eau au centre de l’ancienne cuvette. Le réseau total fait 80 km de canaux creusés à la main. L’eau converge, tombe dans le collecteur, puis remonte à contre-pente vers l’étang de Capestang.

Le passage le plus spectaculaire reste invisible. Un tunnel de 1 364 m traverse sous le col du Malpas à 29,5 m de profondeur sous la crête, et à 16 m sous le tunnel du Canal du Midi. Les ouvriers du XIIIe siècle ont percé la colline d’Ensérune sans poudre, sans compresseur, sans carte géologique précise.

Une charte de 1247 autorise les quatre copropriétaires à lancer les travaux. L’assèchement s’étale de 1250 à 1270. Le système n’a pas été remplacé depuis. Il fonctionne encore quand il ne pleut pas trop.

1886 et 1964 : deux dates où l’on a inversé la machine

À partir de 1886, le Canal du Midi a permis de réalimenter l’étang. Un double réseau d’irrigation et de submersion complète maintenant le système médiéval d’évacuation. Les agriculteurs peuvent noyer leurs parcelles à la demande. Cette inversion a servi à combattre le phylloxéra.

En 1964, un réseau de goutte-à-goutte s’est ajouté. L’eau circule dans les deux sens depuis plus d’un demi-siècle. Le paysage en étoile que l’on voit depuis la tour de Montady ou depuis l’oppidum d’Ensérune est le résultat de cette superposition : drainage du XIIIe siècle, subversion du XIXe, précision du XXe.

Comment y aller et quand voir l’eau revenir

Le site se trouve entre Béziers et Narbonne, à cheval sur les communes de Montady et Colombiers. La tour de Montady, vestige du château du XIIe siècle, domine le panorama. L’oppidum d’Ensérune, plus haut, offre le point de vue le plus complet sur les sillons rayonnants.

Le paysage est visible toute l’année. La réapparition temporaire de l’eau dépend des pluies violentes, surtout en automne. Octobre 2019 a montré à quoi ressemblait la cuvette avant 1270. Les prochaines inondations suivront le même schéma : accumulation rapide, évacuation lente par les fossés du XIIIe siècle.

Peut-on voir le tunnel sous le Malpas ?

Non. Le tunnel de 1 364 m est entièrement souterrain et inaccessible. Son existence se déduit du relief et des sorties d’eau. Le Canal du Midi, lui, passe plus haut et se visite à proximité.

Faut-il un guide pour comprendre le réseau en étoile ?

Non. Les sillons sont lisibles depuis la tour de Montady ou depuis l’oppidum d’Ensérune. Un simple point culminant suffit. Les panneaux locaux précisent l’histoire du drainage.

3990 habitants à Montady, 9,91 km² de commune. Le chiffre d’affaires de l’eau n’a pas changé depuis le XIIIe siècle. Elle entre, elle sort, elle revient quand le ciel décide. Les fossés attendent, creusés il y a 800 ans, prêts à tout évacuer à nouveau.