Que fait une Sainte-Chapelle du XVIe siècle dans ce village du Puy-de-Dôme ?
Il faut monter, un peu, quitter la route qui file vers l’Allier, et pousser la porte. Dedans, la lumière change. On ne s’attend pas à trouver ça dans un bourg du Puy-de-Dôme: une chapelle royale, celle qu’on appelle ici la Sainte-Chapelle, avec ses voûtes hautes et sa pierre claire, plantée à deux pas des maisons anciennes du vieux Vic.
Personne ne vous en parlera au comptoir. Elle est là, c’est tout.
Un régent d’Écosse fait bâtir sa chapelle en Auvergne
La Sainte-Chapelle de Vic-le-Comte date du XVIe siècle. Elle doit son existence à Jean Stuart, régent d’Écosse et conseiller de François Ier, qui décide d’élever ici un sanctuaire digne de son rang. Un Écossais, un roi de France, un bourg auvergnat: le trio surprend encore aujourd’hui.
Ce n’était pas un caprice sans raison. Vic-le-Comte a été la capitale de la Comté d’Auvergne, et le vieux bourg garde la trace de cette dignité perdue dans ses rues historiques et ses façades. On y circule à pied, sans plan, en levant la tête.
La chapelle, elle, se mérite: il faut savoir qu’elle existe.
1213, l’année où le comte perd tout
L’histoire de ce titre de comté se joue bien avant la chapelle, et elle finit mal pour son propriétaire. Guy II d’Auvergne s’était mis à dos les évêques de Clermont, avait attaqué des abbayes placées sous protection royale, puis tenté une alliance avec le roi d’Angleterre pour se sauver. Philippe Auguste envoie ses troupes.
Le siège de Tournoël, en décembre 1213, met un terme à l’affaire: le comte est défait, dépouillé de son comté, dont une grande partie passe au roi de France. Trois siècles plus tard, un régent écossais bâtissait une chapelle dans ce qui restait de la capitale. Les lieux gardent ces choses-là mieux que les livres.
À Enval, une falaise de 40 mètres où l’on habitait déjà à la préhistoire
Le meilleur de la commune n’est pas dans le bourg. Au nord, la vallée du ruisseau de Pignol se resserre, les versants deviennent abrupts, et le village d’Enval s’accroche à mi-pente, exposé au sud. Au-dessus, un escarpement gréseux de plus de 40 mètres de haut court sur plus d’un kilomètre.
C’est un site magdalénien: sous cette paroi, des hommes ont installé leurs abris, et certaines maisons du village utilisent encore des cavités creusées dans le grès, occupées depuis la préhistoire. Les fouilles y ont livré des vestiges lithiques ramassés à plus de 200 kilomètres de là. Autrement dit, on transportait déjà des pierres sur des distances folles pour venir vivre sous cette falaise.
Je trouve ce détail plus parlant que n’importe quelle vitrine de musée.
Peut-on visiter les habitations troglodytiques d’Enval ?
Le village est habité et une partie des constructions troglodytiques relève du privé: on regarde depuis les ruelles, on ne rentre pas chez les gens. Le secteur fait l’objet d’une zone de présomption de prescription archéologique, ce qui protège le sous-sol. Le château d’Enval se trouve à la sortie ouest du village.
À 19,6 km de Clermont-Ferrand, et un train qui s’arrête à Longues
Vic-le-Comte se situe dans le Val d’Allier, à 19,6 km au sud-est de Clermont-Ferrand et 11,1 km au nord d’Issoire. En voiture, l’A75 dessert la commune par la sortie 4 depuis Clermont-Ferrand, la sortie 8 depuis Issoire.
Sans voiture, c’est faisable. La gare SNCF est implantée au lieu-dit Longues, sur la ligne Saint-Germain-des-Fossés, Nîmes, desservie par les TER Auvergne-Rhône-Alpes qui relient Clermont-Ferrand au nord, Issoire ou Brioude au sud. Les cyclistes, eux, arrivent par la V70 qui longe l’Allier.
Comptez la journée si vous voulez enchaîner le vieux bourg et la vallée du Pignol, qui n’est pas dans le même monde.
Quelle est la meilleure période pour venir ?
Du printemps à l’automne, sans hésiter. Rien ne ferme l’hiver, mais les étés restent frais ici et les versants d’Enval prennent une belle lumière aux saisons douces. La commune reste accessible toute l’année.
Deux bourgs, sept villages, et une seule commune
Vic-le-Comte ne tient pas en un seul centre. Elle réunit deux bourgs, Vic et Longues, plus une série de villages qui ont chacun leur caractère: Lachaux perché en rebord de plateau, ouvert en arc de cercle sur la vallée de l’Allier et le château de Chadieu sur l’autre rive; Langlade au pied du puy des Chaumes; Brolac au bord de l’eau, où un bac permettait autrefois de traverser la rivière.
Vous ne verrez pas tout en une visite. C’est justement ce qui rend l’endroit intéressant: il y a toujours un hameau de plus au bout d’une départementale.
Restez un moment dans la chapelle avant de repartir. Puis montez à Enval en fin de journée, quand le grès de la falaise prend la couleur du soir et que le village s’éteint doucement à mi-pente. Une paroi de 40 mètres, un ruisseau en contrebas, et des gens qui vivent là depuis le Magdalénien.