Ce château du Puy-de-Dôme, inexpugnable selon le chroniqueur du roi, a cédé en 1213 et réécrit la France

594 mètres. Une avancée rocheuse qui domine la plaine de la Limagne comme un doigt pointé vers le nord. Le chroniqueur du roi l’a dit : inexpugnable. En décembre 1213, il a fallu un fils de comte capturé, une sortie manquée, une armée qui revient sur ses pas pour que la forteresse cède. Et avec elle, la moitié de l’Auvergne.

1213, le mois où la Basse-Auvergne est entrée dans le domaine royal

Le siège de Tournoël n’a pas commencé en décembre. Il a commencé fin 1212, quand Philippe Auguste envoie Guy II de Dampierre, seigneur de Bourbon, avec une armée royale. La cible : Guy II d’Auvergne, comte trop ambitieux qui a attaqué l’abbaye de Mozac, détruit son prieuré, emporté le corps de saint Austremoine. Prétexte suffisant pour un roi qui veut le comté.

Riom tombe. Le comte est pris dans la ville. Il ne reste qu’un bastien : Tournoël, défendu par Gualeran de Corbelles, avec Guillaume le fils du comte et Albert son neveu. Les Auvergnats font entrer des troupes et du ravitaillement. Ils sortent. Ils minent le moral des Français. Le roi sonne la retraite.

C’est là que le siège bascule. Les défenseurs sortent pour capturer les chevaux de l’armée en déroute. Les Français se défendent. Guillaume et Albert sont prisonniers. Gualeran de Corbelles, voyant le fils du comte capturé et ses troupes vaincues, se rend. Décembre 1213. La Basse-Auvergne entre pour la première fois dans le domaine royal. Les terres confisquées s’appelleront maintenant « terre d’Auvergne ».

« Inexpugnable » : le mot du chroniqueur qui ne s’applique plus

Guillaume Le Breton, au début du XIIIe siècle, décrit ce que ses yeux ont vu ou ce qu’on lui a rapporté : des pentes très élevées, des vallées très profondes, des tours et des murs multipliés, des hommes armés et des provisions à l’intérieur. Le château est « inexpugnable » ou « imprenable ». Le mot fait le tour des chroniques. Il devient une sorte de malédiction.

Le site aide et contraint. L’éperon rocheux du puy de la Bannière, à 1,5 km au nord de Volvic, surplombe la plaine de la Limagne. L’isolement volcanique offre une sécurité pour se replier. Mais il offre aussi une vue : Riom, capitale marchande et judiciaire de Basse-Auvergne, l’abbaye de Mozac. Dans un rayon de 5 km, Tournoël fait le pendant seigneurial aux puissances consulaires, royales et religieuses. C’est cette position qui le rend nécessaire. C’est elle aussi qui le rend visible, attaquable, prenable.

De la forteresse comtale au château royal : qui a tenu les murs après 1213

Guy de Dampierre prend possession pour le roi en 1213. Le 20 décembre, il envoie l’inventaire du château à Philippe Auguste. Il meurt en janvier 1216. Son fils Archambaud VIII de Bourbon lui succède, sur décision royale. En 1225, Louis VIII prévoit de donner l’Auvergne en apanage à son fils Alphonse de Poitiers. Le prince prend réellement possession en 1241. Il réside à Tournoël en 1251. À sa mort en 1271, la terre d’Auvergne retourne au domaine royal.

En 1306, Philippe le Bel échange Tournoël contre des places stratégiques face aux Anglais : Bourdeilles, Châlus Chabrol, Châlus Maulmont. La famille de Maulmont entre dans le château. Puis les La Roche, par mariage. Hugues de La Roche, beau-frère du pape Grégoire XI, devient grand chancelier de France. Il renforce le donjon circulaire du XIIIe siècle, ajoute un chemin de ronde et des mâchicoulis. Les La Roche cèdent aux d’Albon de Saint-André en 1510. Le maréchal Jacques d’Albon de Saint-André, favori de Catherine de Médicis, meurt à la bataille de Dreux en 1562. Il possédait plus de cinquante châteaux. Tournoël n’était qu’un parmi eux.

Comment y aller et quand le château ouvre ses portes

Le château se trouve à 1,5 km au nord de Volvic, dans le Puy-de-Dôme, à proximité de Riom. L’ouverture officielle est en juillet et août. En automne et en hiver, des visites sont possibles le week-end sur inscription. La position sur l’éperon rocheux à 594 m d’altitude implique une montée, mais le site est accessible en voiture jusqu’à proximité de l’entrée.

Peut-on visiter le donjon et les fortifications du XIIIe siècle ?

Les éléments les plus anciens, dont le grand donjon circulaire renforcé par Hugues de La Roche, font partie du circuit de visite. Le chemin de ronde et les mâchicoulis ajoutés au XIVe siècle sont visibles, avec leur disposition inhabituelle : placés plus bas que la normale, ils desservaient une terrasse de défense en éperon.

Combien de temps faut-il prévoir pour la visite ?

La visite complète du château, incluant les extérieurs et les espaces intérieurs aménagés à la Renaissance par Antoine de La Roche et Jeanne de Vieuville, demande environ 1h30 à 2h. La vue sur la Limagne depuis l’éperon rocheux justifie à elle seule l’arrêt.

Le château est classé monument historique depuis 1889. La première mention écrite, sous la forme occitane « Turnoile », remonte au XIe siècle. Le nom lui-même vient du gaulois : « Turno ialon », la hauteur au-dessus de la plaine. Ce que le site dit encore aujourd’hui, quand le brouillard de la Limagne monte et que l’éperon rocheux émerge comme une île.