« Une coulée de 15 km a tout bloqué » : ce lac du Puy-de-Dôme cache deux eaux depuis la préhistoire

Deux retenues nées d’une seule coulée. La lave a filé sur 15 km depuis les puys jumeaux de la Vache et de Lassolas, a verrouillé la Veyre il y a plus de 8 500 ans, et le lac d’Aydat existe depuis. Avec lui, son jumeau de l’autre côté de la cheire, la Cassière.

Deux eaux séparées par une langue de roche que personne n’aurait imaginée là.

15 km de lave : le barrage naturel qui a inventé un paysage

La cheire d’Aydat n’est pas une colline comme les autres. C’est une coulée de lave figée, longue de 15 km, qui a servi de barrage à la rivière Veyre. L’eau a remonté, débordé, et trouvé deux issues.

Deux lacs sont nés de ce blocage, Aydat en amont et la Cassière en aval, séparés par cette langue de roche noire.

Le lac d’Aydat s’étend sur 65 hectares. Sa profondeur atteint 15 m, son altitude avoisine les 850 m. C’est le plus grand lac naturel d’Auvergne, mais ce chiffre ne dit pas le plus important : il est le seul à devoir son existence à une géologie aussi récente et aussi violente.

La Chaîne des Puys, dont il fait partie, est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO pour cette tectonique à nu.

L’île Saint-Sidoine flotte près de la rive nord. Elle porte le nom de l’évêque Sidoine Apollinaire, qui possédait une villa romaine au bord de l’eau. L’Antiquité connaissait déjà ce lieu, bien avant que les géologues n’expliquent sa formation.

C’est une double mémoire qui habite les berges : romaine d’un côté, volcanique de l’autre.

5,5 km de tour et 670 m de traversée : ce qu’on fait au bord de l’eau

Le tour du lac fait 5,5 km. C’est une promenade qui tient la demi-journée, entre bois et roselières, avec des points de vue ouverts sur la Chaîne des Puys. La traversée de plage à plage, elle, mesure 670 m.

On peut la faire en pédalo, en kayak, ou simplement en nageant lorsque la baignade est surveillée.

La base nautique accueille dériveurs, catamarans, planches à voile, canoës-kayaks, avirons. Les stages de voile et de kayak s’organisent l’été. La pêche est réglementée, gérée en privé.

On trouve dans le lac la truite, le sandre, le brochet, la carpe, la tanche, le gardon, le chevesne, le vairon, la perche et la perche arc-en-ciel, l’omble. Deux écrevisses cohabitent : l’écrevisse signal, invasive, et l’écrevisse à pattes blanches, rare, protégée, interdite à la pêche.

Les berges sont aménagées sans être sur-aménagées. Plage délimitée, jeux pour enfants, aires de pique-nique, bars, restaurants, un camping sur la rive est. Nombreux parkings, une aire de camping-cars.

C’est un équilibre rare : le lac reste sauvage dans son fond, accessible dans son usage.

Comment y aller et quand s’y arrêter

Aydat se trouve dans le Puy-de-Dôme, à proximité de Clermont-Ferrand. L’accès est libre toute l’année, la baignade surveillée et les activités nautiques se concentrent sur l’été. Le lac est à 850 m d’altitude, ce qui le rend frais même en juillet, et parfois brumeux au petit matin.

Peut-on faire le tour du lac sans équipement ?

Oui. Le sentier de 5,5 km est balisé, sans dénivelé technique, accessible aux promeneurs et aux poussettes sur la plupart de son tracé. Il faut compter environ 1h30 à 2h pour le parcourir sans se presser.

La baignade est-elle surveillée toute l’année ?

Non. La surveillance et la délimitation de la zone de baignade sont saisonnières, en été. Hors saison, l’accès à l’eau reste possible mais sans surveillance ni aménagement spécifique.

Le meilleur moment pour photographier le site, selon les habitués, est le matin tôt, quand la surface est calme, ou le soir, quand le soleil descend derrière les reliefs volcaniques. Les reflets sont alors nets, les contrastes forts entre l’eau sombre, la forêt verte et les cônes gris à l’horizon.

Deux lacs, une coulée, 8 500 ans d’attente. La Veyre coule encore sous la cheire, mais elle a trouvé autre chose à faire de son temps. Vous venez pour l’eau, vous restez pour la géologie qui ne se presse pas.