Préservé du tourisme de masse, ce port charentais de 1 314 habitants concentre 39% de zones humides protégées
1 314 habitants, 39,3 % de zones humides côtières, un port de 550 places. Ars-en-Ré tient ces chiffres depuis des décennies sans les afficher. Le village de l’île de Ré n’a pas de panneau d’entrée spectaculaire. Il a une écluse, un chenal qui traverse les marais salants, et le label des Plus Beaux Villages de France que personne ne vient chercher exprès.
550 places de port, 250 à l’abri de l’écluse : le système que les marins connaissent par cœur
Le port est le plus important de l’île. Il s’ouvre sur le fier d’Ars, cette étendue d’eau qui pénètre les terres entre les marais. Un chenal la traverse. Une écluse ferme le bassin à flot : 250 places à l’abri. En 1995, un second bassin de 130 places a été inauguré à l’entrée du chenal. Cent cinquante places supplémentaires, sur bouées et filières dans l’avant-port, portent la capacité totale à 550. Principalement de la plaisance. Le sel, autrefois, dominait l’activité jusqu’au début du XXe siècle.
La commune porte un double label rare. Les Plus Beaux Villages de France, oui. Mais aussi, depuis 2011, le réseau « Villages de pierres et d’eau », initié par le conseil général. Ars-en-Ré est le seul village de l’île à cumuler les deux. La condition est stricte : être situé au bord d’une étendue d’eau, mer, rivière ou étang, avec un site exceptionnel. Le fier d’Ars et son chenal traversant les marais salants remplissent ce critère sans effort.
39,3 % de zones humides, 0 m d’altitude : le territoire qui refuse de s’urbaniser
L’occupation des sols, selon la base Corine Land Cover de 2018, donne 39,3 % de zones humides côtières. En diminution depuis 1990, où elles atteignaient 42 %. Cultures permanentes 23,1 %, zones urbanisées 13 %, forêts 12,7 %. La commune est littorale au sens de la loi de 1986 : inconstructibilité sur la bande des 100 mètres, sauf espaces déjà urbanisés. Le principe s’applique. Les marais salants restent.
Le risque de submersion marine est documenté. Tempête de 1924, 1957, Lothar et Martin en 1999, Xynthia en 2010. La commune a été reconnue en état de catastrophe naturelle pour inondations en 1982, 1999 et 2010. Les zones de solidarité instaurées après Xynthia ont concerné des parcelles jugées trop dangereuses. Ars-en-Ré n’a pas été citée dans les expropriations, mais le fier d’Ars et ses marais sont dans le TRI La Rochelle-Île de Ré, 21 communes concernées.
12,8 °C de moyenne annuelle, 760 mm de pluie : le climat océanique en chiffres
La période 1971-2000 donne 12,8 °C de température annuelle moyenne, amplitude thermique de 1 °C seulement. Cumul de précipitations 760 mm, 12,2 jours de pluie en janvier, 5,9 en juillet. Météo-France classe le climat dans la région « Littoral charentais et aquitain » : pluviométrie élevée en automne et hiver, bon ensoleillement, hivers doux à 6,5 °C, brise de mer constante. La station de Saint-Denis-d’Oléron, à 22 km à vol d’oiseau, a enregistré 39,4 °C le 18 juillet 2022 et −10 °C le 16 janvier 1985.
Le territoire est en zone H2b de la réglementation environnementale 2020 pour les constructions neuves. 49,1 % de la superficie est en aléa moyen ou fort de retrait-gonflement des sols argileux. Sur 1 748 bâtiments recensés en 2019, 194 sont concernés, soit 11 %. L’île de Ré est plate, Ars-en-Ré est à 0 m d’altitude. Les eaux montent, les sols bougent, le village reste.
1890, Sadi Carnot, et les Casserons : l’histoire que les plaques ne racontent pas
En 1890, Sadi Carnot est le premier président de la République à visiter l’île de Ré. Il inaugure le port de la Pallice le 18 août, puis rejoint Ars. Accueil triomphal par le député Émile Delmas, le maire Pierre Paul Simon, 21 officiels. Une statue est érigée après son assassinat en 1894. Elle était au 12, place Carnot. Elle a disparu. Le modèle est au musée de Melun.
Les habitants s’appellent les Arsais. Leur surnom est les Casserons. Le casseron est le « bébé » de la seiche, céphalopode décapode d’eau salée, fréquent sur l’île. Le nom a été porté officiellement depuis le 8 mars 1962, quand la commune est devenue « Ars-en-Ré ». Avant, c’était Ars. Durant la Révolution, La Concorde. Le toponyme viendrait du latin Arx, citadelle.
Comment y aller et quand y aller
Ars-en-Ré est sur l’île de Ré, à l’ouest de La Rochelle, dans la Charente-Maritime. L’accès se fait par le pont de l’île de Ré. La saison estivale concentre l’activité : plage sur la côte sud, digue protégeant les terres, port de plaisance plein. La plage s’étend jusqu’au phare des Baleines, à la pointe ouest de l’île. Le village est à 10,59 km², la promenade de bout en bout tient dans une matinée.
Peut-on visiter le port sans bateau ?
Oui. Le chenal et l’écluse sont visibles depuis la terre. Le bassin à flot de 250 places est accessible à pied, le port de la Criée de 130 places à l’entrée du chenal aussi. L’avant-port avec ses bouées et filières se voit depuis le bord. Aucune réservation n’est nécessaire pour regarder.
Le village est-il accessible sans voiture ?
Le pont de l’île de Ré est routier. Sur l’île, des pistes cyclables relient les communes. La Rochelle est le point de départ habituel, à une vingtaine de kilomètres par le pont. Pas de gare sur l’île. Bus et vélo sont les options locales. En été, le trafic est dense, l’arrivée tôt le matin est le conseil récurrent des habitués.
Le sel n’est plus chargé ici. Le port accueille des plaisanciers. Les marais salants produisent encore, mais le spectacle est ailleurs. 1 314 habitants, 550 places de bateau, 39,3 % de marais protégés. Ars-en-Ré ne grandit pas, ne décline pas. Le fier d’Ars pénètre les terres, l’écluse se ferme, l’eau reste.