Plus mystérieux que Roselend, plus industriel que Chalain, ce lac de 0,497 km2 a alimenté Paris en glace
300 000 tonnes de glace par an. Un lac de 0,497 km² dans l’Ain a alimenté Paris, Lyon, Marseille et Alger entre 1865 et 1917. Aujourd’hui, les vestiges de ce chantier industriel du XIXe siècle se découvrent au bord d’une eau qui monte et baisse de 4 à 5 mètres selon les saisons.
20 à 30 wagons par jour : comment une glace de lac a traversé la France
Les glacières de Sylans naissent en 1865. Joachim Moinat, propriétaire d’un café à Nantua, constate que la glace du lac de Sylans est d’une pureté exceptionnelle. Il fait construire un premier bâtiment en bois pour stocker la glace destinée à son établissement. Un second suit en 1875, avec des murs à double paroi remplis d’un mètre de sciure.
Vers 1880, la production atteint 300 000 tonnes par an. L’ouverture de la voie ferrée La Cluse-Bellegarde en 1882 transforme l’affaire. Chaque jour de l’été, 20 à 30 wagons partent vers Paris, Lyon, Marseille, Toulon, Alger. Chaque wagon transporte 10 tonnes de glace, recouvertes de toile de jute, de paille, d’une bâche. Sur 10 tonnes expédiées, 8 arrivent intactes à Paris.
En 1885, Moinat vend à la Société des glacières de Paris. De nouveaux bâtiments en pierre sortent de terre entre 1890 et 1910. Logements, bureaux, cantine, écurie, ateliers de réparation. Le site devient l’un des plus importants chantiers de glace du XIXe siècle.
22 m de profondeur, 584 m d’altitude : un lac qui change de niveau et de direction
Le lac de Sylans mesure 2 km de long sur 0,25 km de large. Sa profondeur atteint 22 m. Il occupe une partie de la cluse de Nantua, cette vallée creusée par les glaciers. Mais le lac lui-même est plus jeune : un éboulement de falaise au Moyen Âge a comblé la vallée, barrant le cours d’eau.
Ce détail change tout. L’eau s’infiltre à travers l’éboulement, ressort aux sources du ruisseau de la Doye, direction Nantua. En été, lors des périodes sèches, le niveau chute de 4 à 5 mètres. Par temps humide, le passage souterrain ne suffit plus. Le lac déborde alors vers l’autre côté de la cluse, par le ruisseau le Combet, la Semine, la Valserine, Bellegarde-sur-Valserine.
Le lac a deux exutoires possibles. Il change de direction selon la pluie.
1900 et la fin : la glace artificielle, les hivers doux, la guerre
La fabrication de glace artificielle à partir de 1900 marque le début de la fin. Les hivers moins rigoureux de 1911 à 1913 accélèrent le déclin. La Première Guerre mondiale achève l’exploitation en 1917. Les bâtiments sont vendus en 1925.
Aujourd’hui, des vestiges subsistent. Des restaurations en cours ont permis de redécouvrir l’organisation des entrepôts. Le site n’est pas un musée. C’est un lac où l’on vient pêcher, marcher, observer le niveau fluctuer.
Comment y aller et quand y aller
Le lac se trouve sur les communes du Poizat-Lalleyriat et des Neyrolles, dans l’Ain. Depuis Nantua, prendre la D1084 direction Bellegarde-sur-Valserine. Même route depuis Bellegarde, direction inverse. Par autoroute, sortie 9 de l’A40 (Nantua, les Neyrolles).
La saison n’est pas définie par un calendrier touristique. Le lac révèle ses vestiges de glacières à toute période. L’été, la baisse de niveau de 4 à 5 mètres expose davantage de berges. Les périodes humides offrent le spectacle du débordement vers Bellegarde, ce second exutoire que peu de lacs possèdent.
Peut-on visiter les vestiges des glacières ?
Des restaurations sont en cours. Les vestiges ne sont pas aménagés en site touristique classique, mais ils sont accessibles et visibles au bord du lac. L’Office de tourisme de l’Ain peut préciser l’état actuel des travaux.
Le lac est-il accessible en transport en commun ?
Les sources ne mentionnent pas de ligne de bus directe. La voiture reste le mode d’accès pratique, par la D1084 ou l’autoroute A40.
La glace de Sylans a alimenté Paris jusqu’en 1917. Les wagons ne passent plus. Les bâtiments en pierre tiennent encore. Le lac continue de monter et de baisser, de changer de direction selon la pluie, indifférent aux 300 000 tonnes qui partaient chaque année vers le sud et la capitale.