Oubliez Chambord et Amboise : ce château d’Indre-et-Loire se visite en marchant sur l’eau
On vient à Chenonceaux pour une raison très simple: ici, le château ne se regarde pas depuis la berge, on le traverse. Le Cher passe dessous, l’eau glisse contre la pierre, et c’est en marchant sur le pont-galerie qu’on découvre l’édifice. Il faut poser la voiture un peu plus loin que prévu, longer un mur de forêt, puis le village apparaît, blotti entre la rivière et les arbres.
334 habitants y vivent en 2023, et la plupart semblent avoir fait la paix avec le fait que tout le monde vient ici pour une seule chose.
Un château posé sur l’eau, pas à côté
Dans la vallée de la Loire, presque tous les châteaux se visitent depuis la terre ferme. Chambord s’arpente à pied sec, Amboise domine un fleuve qu’on regarde d’en haut. À Chenonceau, c’est différent: le bâtiment traverse le Cher d’une rive à l’autre.
Thomas Bohier, receveur des finances, a acquis le site en 1512 et a fait reconstruire le château jusqu’en 1521. Le résultat est un édifice Renaissance dont la silhouette s’allonge au-dessus de la rivière.
L’effet est immédiat quand on y entre. La galerie à double arche, soutenue par des piles plantées dans le lit du Cher, se parcourt à pied. On la traverse en quelques minutes, mais c’est là que le château se donne.
Les fenêtres s’ouvrent directement sur l’eau. La lumière entre par les deux côtés à la fois.
510 ans de pierre, 186 ans de protection
Le donjon d’origine, une tour ronde du XVe siècle, est le seul vestige du château précédent: Bohier a tout rasé sauf lui avant de reconstruire. Le parc a été classé en 1962, le château dès 1840, soit 130 ans après la fin de sa reconstruction Renaissance. C’est l’un des plus anciens classements au titre des monuments historiques en France.
Quatre immeubles de la commune sont aujourd’hui protégés: le château et son parc, la Maison des Pages du XVIe siècle inscrite en 1926, l’église Saint-Jean-Baptiste dont la nef a été reconstruite en 1515 avec une façade Renaissance (inscrite en 1947), et une maison de garde-barrière en brique et pierre de 1877, inscrite en 1984, dont les ouvertures rappellent les fenêtres gothiques du château voisin.
1096, la première trace du nom
Le village s’appelait Tomas de Chemuncellum en 1096, dans une charte du cartulaire de Noyers. Le nom viendrait du bas latin cella, la petite chambre, combiné avec le prénom Chenon. Le « x » final, muet, a été ajouté plus tard: c’est pour cela que la commune s’écrit Chenonceaux, avec un x, tandis que le château s’écrit Chenonceau, sans x.
Une propriétaire de l’époque révolutionnaire aurait, selon une tradition à confirmer, demandé la suppression de la lettre finale pour marquer sa différence.
Le Cher, lui, prend sa source à 714 mètres d’altitude à Mérinchal, dans la Creuse, et parcourt 365,5 km avant de rejoindre la Loire à Villandry. À Chenonceaux, il marque la limite sud de la commune.
Un village de 334 habitants dans la forêt d’Amboise
La commune s’étend sur environ 4,28 km² et reste très largement boisée: 58,1 % du territoire est couvert de forêts et milieux semi-naturels. Le bourg se situe sur la rive droite du Cher, en lisière de la forêt d’Amboise. C’est une commune rurale, sans unité urbaine, rattachée à l’aire d’attraction de Tours.
On y vient d’abord pour le château. Mais le village lui-même mérite qu’on s’y arrête: la Maison des Pages, les façades en pierre claire, la lumière qui filtre entre les toits. 334 habitants, un seul monument mondialement connu, et une attente assez longue en saison pour qu’on prenne le temps de s’asseoir à une terrasse.
Depuis Tours en moins d’une heure, toute l’année
Chenonceaux se trouve à environ 25, 30 km à l’est de Tours, dans le département d’Indre-et-Loire (37). On y accède par la route départementale qui longe la vallée du Cher. Le château accueille des visiteurs toute l’année, mais la forte affluence estivale impose souvent d’arriver tôt le matin ou en fin d’après-midi.
La commune fait partie du pays Loire Touraine, labellisé « Pays d’art et d’histoire » en 2008, premier territoire de la région à obtenir cette distinction.
Peut-on traverser le château à pied ?
Oui. La galerie qui enjambe le Cher fait partie du parcours de visite: on entre d’un côté du fleuve et on ressort de l’autre, avec l’eau qui coule sous les arches tout du long.
Le pont est-il praticable en toute saison ?
Le château ouvre ses portes toute l’année. Le Cher peut connaître des crues marquées, avec un débit mensuel moyen qui passe de 25,8 m³/s en août à 192 m³/s en février, mais cela n’affecte pas l’accès au monument lui-même.