« On a construit la station avec l’argent des barrages » : ce village d’Oisans vit au rythme de l’eau
L’eau de Grand’Maison descend en courbes blanches vers la vallée, deux lacs jumeaux qui n’existaient pas avant la main de l’homme. Tout en bas, blotti contre la pente, Vaujany regarde passer cette manne depuis quarante ans. 357 habitants, et chaque vivant porte sur ses épaules une dette de 142 000 euros.
Le village le plus endetté de France en 2024. Et pourtant, on y vit, on y skie, on y randonne. On y vient même en été chercher la fraîcheur des cascades.
142 000 euros par habitant: le prix d’une station née de l’eau
Le barrage de Grand’Maison, le barrage du Verney. Deux retenues hydroélectriques installées au-dessus du village, et qui reversent chaque année environ 15 millions d’euros à la commune. C’est cette rente qui a transformé Vaujany, à partir des années 1980, en station de sports d’hiver reliée au domaine de l’Alpe d’Huez.
Auparavant, on vivait là d’agriculture de montagne et d’élevage. Le tourisme a pris le relais, mais à crédit. En 2021, l’endettement par habitant dépasse un peu les 142 000 euros.
En 2024, Vaujany est la commune la plus endettée de l’hexagone. Un paradoxe que les 357 résidents vivent sans drame apparent: les remontées tournent, la patinoire fonctionne, le centre aquatique accueille les curieux.
Vous parcourez les ruelles, vous longez les chalets, rien ne laisse deviner la fragilité comptable. La lumière glisse sur les façades. La cascade de La Fare, plus haut, tombe vers la via ferrata.
L’illusion tient, presque parfaite.
Le 13 janvier 1989: la tragédie que le village porte encore
Le dernier essai avant l’ouverture au public. Le téléphérique Vaujany-Alpette, censé hisser les skieurs vers le domaine de l’Alpe d’Huez, déraille. La cabine chute.
8 techniciens, âgés de 16 à 31 ans, perdent la vie ce 13 janvier 1989. Une stèle, en contrebas de la gare d’arrivée, garde leur mémoire.
L’accident est lié à un défaut de conception de l’entreprise Poma. En février 2025, France Inter y a consacré un épisode d’affaires sensibles. Mais sur place, vous croiserez peut-être des habitants qui se souviennent.
Ici, la station s’est construite vite, et cette mémoire-là fait partie du prix à payer.
Pic Blanc, 3 330 m: le domaine skiable que Vaujany a rejoint par câble
Le village est relié au grand domaine skiable de l’Alpe d’Huez, qui propose environ 250 km de pistes. Les remontées modernes grimpent vite, au-delà de 2 800 mètres, puis rejoignent le Pic Blanc à 3 330 m via le domaine commun.
Pour qui cherche l’ambiance d’une station à taille humaine, loin des usines à ski, Vaujany joue cette carte. L’Office de tourisme, la patinoire, le bowling, le petit train estival, les clubs pour enfants: tout l’argumentaire d’un séjour familial, été comme hiver. Le Festival de Scrabble s’y tient chaque année en août, détail qui dit bien l’esprit du lieu.
Cascade de La Fare, via ferrata et cyclisme: la saison verte qui rattrape l’hiver
En été, le village change de visage sans perdre son cadre. La cascade de La Fare accueille une via ferrata et des voies d’escalade, idéales pour qui veut jouer avec la verticalité. Les sentiers de randonnée partent dans toutes les directions, sur un territoire qui s’étire de 752 m à 3 464 m d’altitude.
Les cyclistes, eux, connaissent la montée. Vaujany a servi d’arrivée à la cinquième étape du Paris-Nice 1994, avec un succès de Pascal Richard. Le Critérium du Dauphiné et la Grande Boucle Féminine y sont également passés.
La route qui serpente depuis Grenoble figure parmi les ascensions que les amateurs recherchent.
Peut-on venir en été sans réserver ?
Oui. Les hébergements y sont généralement plus abordables entre juin et août qu’en haute saison ski. La haute saison hivernale se concentre sur la fin de l’hiver et le printemps, quand le domaine est entièrement ouvert.
Comment accéder au village sans voiture ?
Vaujany se situe à l’écart des grands axes routiers, à environ 55 km à l’est de Grenoble, dans l’Isère. Pas de gare sur place: la voiture reste le moyen le plus simple, ou les navettes organisées depuis les stations voisines. Le Pic Blanc, lui, se rejoint via le domaine skiable commun.
Le village est perché, mais l’argent de l’eau coule vers lui. Demain, la neige, la dette, les huit noms gravés sur la stèle. Et la lumière qui glisse encore sur les façades.