Cette rivière de 66 km traverse 21 communes et cache un ancien lit de 4 km vers le Rhône

66,3 km d’eau qui ne se presse pas. Le Roubion glisse de la Drôme jusqu’au Rhône en traînant ses 21 communes comme une liste de noms oubliés des cartes Michelin. Quelque part avant Montélimar, son ancien lit continue seul vers le fleuve pendant 4 km, abandonné par le canal de dérivation.

C’est là que la rivière devient double, et que l’on comprend qu’elle a une mémoire.

960 m³/s en 1892 : le jour où Montélimar a failli disparaître sous le Roubion

Le régime est pluvial. Cela signifie simplement que la rivière répond à la pluie, pas à la fonte des neiges, et que ses humeurs sont imprévisibles. En octobre 1892, à Montélimar, le débit a atteint 960 m³/s.

Pour comprendre : un cours d’eau qui, le reste de l’année, coule paisiblement, s’est soudain mis à charrier l’équivalent d’un immeuble d’eau à chaque seconde.

Les crues historiques se concentrent en automne. Octobre et novembre comptent à elles seules 17 épisodes répertoriés, dont celui de 1951 à 590 m³/s et celui de 2003 à 790 m³/s. Les fonds ne sont pas stables au droit de Montélimar.

La rivière garde ses secrets, et les mesures précises restent difficiles. C’est peut-être ce qui fait son caractère : un cours d’eau domestiqué par un canal, mais dont l’ancien lit, ces 4 km vers le Rhône, rappelle qu’elle a connu d’autres époques.

Aujourd’hui, le tronçon entre Pont-de-Barret et l’est de Montélimar est classé Natura 2000. Les ramières, ces forêts alluviales qui bordent le lit, subsistent sur 621 hectares. La rivière n’est pas barrée ici.

Elle serpente, déborde, reconstruit ses berges. Un contrat de rivière Roubion, Jabron, Riaille, lancé en 2018, poursuit la restauration du milieu aquatique jusqu’en 2024.

21 communes, 32 affluents, et le silence de la source à 1 270 m

Le Roubion naît dans le Grand Bois, au-dessus de Chaudebonne, à 1 270 m d’altitude. Il finit à 72 m, après avoir traversé Bourdeaux, Pont-de-Barret, Montélimar, puis rejoint le canal de dérivation. Trois communes portent son nom : Bonlieu-sur-Roubion, Francillon-sur-Roubion, Saint-Gervais-sur-Roubion.

Le Jabron, 38,8 km, est son principal affluent gauche. Le rang de Strahler atteint 6, ce qui fait du Roubion un cours d’eau structurant, pas une simple rigole de montagne.

Le bassin versant couvre 610 km². Trente-deux affluents contributeurs sont référencés. L’Annelle, 14,7 km avec sept affluents, porte le rang de Strahler à 6.

C’est une géographie de l’échelle moyenne, ni torrent alpin ni fleuve majeur, mais un réseau complet qui draine toute une portion de la Drôme.

Autour de Montélimar, la rivière sert aux activités nautiques de loisir. Paddle, pédalo, canoë. Un sentier de randonnée longe le cours.

Les eaux sont décrites comme limpides, du moins en dehors des périodes de crue. La proximité de la ville, pourtant, ne laisse pas d’ambivalence : le Roubion est à la fois nature et périurbain, sauvage sur un tronçon, domestiqué sur l’autre.

Comment s’y rendre et quand y aller

Le Roubion traverse la Drôme. Montélimar est le point d’accès le plus simple, avec ses voies ferrées et autoroutières. Pour le tronçon amont, Bourdeaux et Pont-de-Barret sont les repères.

Le printemps et l’automne sont les saisons de balade. L’automne, précisément octobre-novembre, est aussi celui des crues historiques. La vigilance s’impose.

L’été permet la baignade et les activités nautiques, mais la chaleur peut réduire le débit. Le contrat de rivière en cours suggère que le milieu est encore en phase de restauration, et que certaines portions méritent plus d’attention que d’autres.

Peut-on se baigner dans le Roubion ?

Oui, aux abords de Montélimar, où des activités nautiques sont signalées. L’eau y est décrite comme limpide et agréable. En amont, le profil est plus sauvage, moins aménagé, et la baignade dépend des accès et des débits locaux.

Quelle est la meilleure période pour voir le lit ancien ?

Le lit de 4 km vers le Rhône, après le canal de dérivation, est observable en toute saison. Il ne dépend pas du débit actuel, puisqu’il est abandonné. La zone est située près de Châteauneuf-du-Rhône et Viviers, en Ardèche.

Le Roubion coule encore. Ses 66,3 km relient 1 270 m de source à 72 m de confluence, 21 communes, 32 affluents, et un ancien lit qui refuse de disparaître. En automne, il peut redevient ce qu’il était en 1892.

Le reste du temps, il suffit de le suivre à pied, de Bourdeaux à Montélimar, pour comprendre qu’une rivière de cette taille peut encore tenir toute une région dans sa main.