À 39 km de Dijon, ce bourg de l’Auxois domine encore une enceinte néolithique
Sur la montagne de Myard, le vent ne souffle pas comme en bas. Il glisse sur une crête allongée que les hommes ont coupée il y a plus de 5 000 ans. Aujourd’hui, le rempart de pierres sèches court toujours sur 180 mètres, bouche l’horizon, et garde les ombres de ceux qui s’y abritaient.
À ses pieds, Vitteaux étale ses toits et la Brenne, comme si rien n’avait bougé depuis le matin du monde.
On vient rarement à Vitteaux pour le bourg. On vient pour ce qui le surplombe. Le Camp Myard, éperon barré néolithique, reste l’un de ces lieux que les cartes sous-estiment et que les guides traversent sans s’arrêter.
Mais une fois la côte gravie, le silence devient épais. Le promeneur entre dans une enceinte de 4 hectares, cernée par un mur sans porte. Tout autour, des plateaux.
Au loin, l’Auxois, ses bois, ses prairies.
180 mètres de rempart sans entrée: l’éperon que les Néolithiques ont verrouillé
L’éperon barré est une solution ancienne, presque évidente. Là où la montagne de Myard s’avance naturellement vers le sud, les bâteliers du Néolithique moyen ont fermé l’accès par un rempart sec. Les datations au carbone 14 situent l’occupation entre -3225 et -2400 avant J.-C. Le mur ne mesure que 180 mètres de long, mais il barre toute la largeur du plateau.
Sa hauteur initiale est estimée à 4 mètres, pour une largeur comprise entre 2,30 m et 2,80 m. La pierre a été extraite sur place, le parement ajusté à la main, l’intérieur bourré de pierraille.
Aucune porte. Pour entrer, il fallait escalader ou contourner par les côtés escarpés. Certaines habitations, de 4 à 6 mètres de large, étaient adossées au rempart.
Murs de pierre parfois enduits d’argile, charpentes de bois, planchers surélevés possibles. Un village entier, construit comme une forteresse sans clef. Vers le milieu du IIIe millénaire, un incendie a tout ravagé.
Le site est classé Monument Historique depuis le 22 janvier 2004, et un parcours de 2 km, jalonné de panneaux, raconte aujourd’hui ce que les cendres ont laissé.
1 054 habitants au pied d’un mur de 5 000 ans: le contraste qui frappe à l’arrivée
Au pied de la montagne de Myard, Vitteaux aligne ses maisons. Le bourg compte 1 054 habitants au recensement de 2023, niché dans la vallée de la Brenne, à 335 mètres d’altitude. On est à 39 km à vol d’oiseau au nord-ouest de Dijon, et à 19 km au sud-ouest de Semur-en-Auxois.
Au premier regard, c’est une petite ville bourguignonne classique: ruelles, commerces, rue principale fréquentée.
Mais il suffit de lever les yeux. La montagne de Myard ferme l’horizon, et le rempart néolithique se devine dans la végétation. Au cœur du bourg, on traverse encore des vestiges de fortifications médiévales, des tours, des hôtels particuliers des XVe et XVIe siècles, hérités de la châtellenie des ducs de Bourgogne.
Le passé écrit sur la pierre, en deux langues très différentes: le gaulois des hauteurs, et le français des ducs.
45 minutes à pied dans le bourg, 2 km sur la crête: l’escale qu’on peut faire en une journée
On commence par le centre ancien. Le parcours de découverte, long d’environ 45 minutes à pied, enchaîne fortifications, tours et ruelles. C’est là qu’on mesure ce qu’un bourg de Côte-d’Or a su garder: maisons médiévales, demeures Renaissance, perspectives que les ingénieurs des XVIIe et XVIIIe siècles n’ont pas redressées.
On monte ensuite au Camp Myard. Le sentier est court, 2 km en plein air, et les panneaux remplacent ce que le feu a effacé. Au sommet, le panorama ouvre sur l’Auxois, ses bois, ses prairies.
Au retour, à 4 km sur la route de Pouilly-en-Auxois, une église gothique des XIIIe-XIVe siècles, au chœur flamboyant et au portail fort, ferme la boucle. Au parc municipal, une soucoupe volante de l’artiste Sylvie Fleury signe le détour le plus inattendu du voyage.
Depuis Paris en 3 h, depuis Dijon en moins d’une heure: comment on y arrive
Vitteaux se rejoint par l'A6/E15, puis l'A38, qui dessert directement la commune. Depuis Dijon, il faut compter moins d’une heure par la route. Un itinéraire cycliste, qui reprend le tracé d’une ancienne ligne de chemin de fer, relie Posanges au nord.
Les circuits pédestres ont été aménagés autour des deux pôles majeurs du secteur: l’éperon barré de Myard, et les roches de Saffres.
La meilleure saison va d'avril à octobre. Le parcours de crête se fait à pied sec, et la lumière d’été allonge les ombres du rempart. Le centre-bourg, lui, se visite toute l’année.
En 1861, Vitteaux a absorbé Cessey-lès-Vitteaux, et la gare ferroviaire locale a fonctionné pour les voyageurs de 1891 à 1953, avant que la ligne ne soit déclassée le 14 février 1992. Aujourd’hui, on vient à Vitteaux par la route, et on y reste parce qu’on a vu le mur d’en haut.
Peut-on suivre le parcours du Camp Myard avec des enfants ?
Oui. Le sentier de 2 km est jalonné de panneaux explicatifs et reste accessible à des enfants habitués à marcher, à condition de prévoir de bonnes chaussures pour la montée.
Faut-il réserver pour visiter le site ?
Non. Le parcours du Camp Myard est en accès libre, en plein air, toute l’année. Le centre-bourg se découvre également sans réservation, à pied, en suivant le parcours de découverte de 45 minutes.
Sur la crête, le soir tombe tôt quand les nuages s’accrochent à Myard. Le rempart garde sa ligne, intacte depuis cinq millénaires. En bas, les 1 054 habitants de Vitteaux rallument leurs lumières.
Personne ne regarde plus le mur. Mais il est toujours là.