Moins connu que le Léman, ce lac du Doubs protège 7 500 espèces sur des rives interdites depuis 1980

On ne vient pas ici pour l’étendue. Le lac de Remoray tient dans un creux de main, à 850 m d’altitude, entre deux forêts du Haut-Doubs qui le cachent presque des routes. L’eau est calme, d’un vert profond qui change selon l’angle du soleil.

Et surtout, elle est entourée de silence, celui qu’on ne trouve plus sur les bords du Léman ni du lac de Saint-Point, son voisin pourtant si proche.

La différence s’explique dès qu’on pose le pied sur la rive. 1980, année de création de la réserve naturelle nationale. 330 hectares de site protégé.

7 500 espèces recensées, dont 250 espèces d’oiseaux. La quasi-totalité des rives est interdite au public. Seule une plage de 10 hectares échappe à l’interdiction, car elle existait déjà avant la réserve.

C’est ici, et nulle part ailleurs, que vous pourrez vous baigner.

À 20 km de Pontarlier, un lac qui a choisi de rester invisible

Le lac de Remoray s’appelait autrefois lac Savoureux. Il occupe une cuvette d’origine glaciaire, séparée du lac de Saint-Point à la fin de la dernière ère glaciaire par un cône alluvial du Doubs. L’eau arrive par la Drésine et le Lhaut, deux ruisseaux sans prétention, et repart par la Taverne, qui rejoint le Doubs en aval après quelques centaines de mètres.

Jusqu’à la fin des années 1970, le lac était privé. Sa mise en vente a failli le transformer en lotissement. Les communes de Remoray-Boujeons et de Labergement-Sainte-Marie, avec le SIVOM, l’ont acheté en 1980.

La réserve naturelle nationale a été créée le même jour. 426,69 hectares de protection totale. En 2021, le site a rejoint le label Ramsar pour les zones humides d’importance internationale.

Le résultat est une mosaïque de milieux que l’on traverse sans les toucher : lac, marais, tourbières, prairies, forêts, anciennes gravières. L’altitude, entre 850 et 980 m, crée des conditions humides d’altitude rares en France. La flore est typique des zones de marais.

Les botanistes y trouvent des espèces que les cartes ne reproduisent plus ailleurs.

227 espèces d’oiseaux, et vous ne marcherez pas sur la rive pour les voir

La règle est simple : tout accès au lac est interdit, sauf la base de loisirs de Labergement-Sainte-Marie. Pas de canoë, pas de paddle, pas de promenade le long de l’eau. Les barques de pêche se louent à proximité, mais aucune autre embarcation n’est autorisée sur le lac.

Le conservateur Bruno Tissot le rappelle quand il le faut : la plage est un héritage, pas une concession.

Les jumelles sont le seul outil recommandé. Foulques, grèbes huppés, fuligules, sarcelles, et neuf espèces protégées au niveau européen. Les papillons y sont 48 espèces, les libellules 40.

Quarante-deux mammifères, dont le lynx, le renard, le blaireau. Le tout petit plan d’eau de la Seigne, qui jouxte le lac, permet une balade aménagée et accessible en poussette. C’est le compromis : voir sans entrer.

La Maison de la Réserve, installée en 1986 dans une usine désaffectée, surplombe le lac à cinq minutes à pied. Six salles d’exposition ludiques et interactives. Des soirées nature.

Des balades naturalistes. L’architecture se veut respectueuse de l’environnement, dans les matériaux comme dans le choix des volumes. On y comprend pourquoi le lac mérite qu’on ne s’y baigne pas partout.

Se baigner dans un lac où la baignade est presque interdite

La plage surveillée de Labergement-Sainte-Marie est le seul point de contact autorisé. L’été, elle fonctionne avec une base de loisirs complète : aires de jeux, tables de pique-nique, stade de foot. Les enfants s’y retrouvent.

Les familles étendent leur serviette sur une bande de sable qui n’a pas changé de place depuis avant 1980.

Le belvédère des deux lacs, accessible à pied ou en voiture, offre le point de vue manquant. En hauteur, le patchwork apparaît : prairies, tourbières, forêts, les deux lacs côte à côte. Remoray et Saint-Point, l’un sauvage et l’autre plus domestiqué, séparés par une mince ligne de terre et d’histoire.

Peut-on visiter le lac sans se baigner ?

Oui, et c’est même le meilleur usage. La Maison de la Réserve est ouverte toute l’année pour les expositions et les balades naturalistes. Le plan d’eau de la Seigne permet une promenade en boucle.

Le belvédère des deux lacs ne demande aucune réservation. L’hiver, le lac gèle parfois en surface. Le silence est différent, plus dense.

Combien de temps faut-il pour une première découverte ?

Deux heures suffisent pour la plage, la Maison de la Réserve et le belvédère. Une demi-journée permet d’ajouter la balade de la Seigne et d’observer les oiseaux depuis les points aménagés. Le lac de Saint-Point, à quelques minutes, justifie de prolonger si vous cherchez du voile, du canoë ou des pédalos.

Mais ce serait changer de registre.

Depuis Pontarlier, 20 km de route qui montent et se resserrent

Le lac se trouve au sud-ouest de Pontarlier, dans le département du Doubs. La route monte vers les hautes chaînes du Jura, les prairies se font plus rares, les forêts de sapins prennent le relais. Labergement-Sainte-Marie est la commune d’accès pour la plage.

Remoray-Boujeons, 466 habitants, partage l’autre rive sans y donner accès.

La meilleure saison dépend de ce que vous venez chercher. Juin et juillet pour la baignade avant l’affluence d’août. Avril et mai pour les oiseaux de passage et les premières libellules.

Septembre pour la lumière basse qui allonge les ombres sur l’eau. L’hiver, la Maison de la Réserve reste ouverte. Le lac, gelé ou non, garde sa couleur verte même sous la neige.

Il n’y a pas de grand parking, pas de signalétique touristique agressive. Le lac de Remoray a été acheté en 1980 pour ne pas devenir autre chose. Il est resté ce qu’il était : un creux glaciaire, une eau profonde de 27 mètres, un lieu où 7 500 espèces vivent parce que 330 hectares ont été retirés de la carte des loisirs.

La plage de 10 hectares est le seul endroit où vous poserez les pieds. C’est assez. C’est le contrat.