Méconnu des cinéphiles, cette ville de 40 km² a vu passer Milla Jovovich et Mia Wasikowska

40 km² de Normandie profonde, et personne ne s’y arrête par hasard. Sées attend le visiteur qui sait ce qu’il cherche : une cathédrale gothique du XIIIe siècle, trois bourgs médiévaux qui se disputaient autrefois le pouvoir, et ces façades de pierre où Milla Jovovich a campé en Jeanne d’Arc. La ville ne se découvre pas en passant.

Il faut quitter l’A28, prendre la sortie, et laisser les clochers apparaître au-dessus des terres arables.

Pourquoi Sées
  • Cathédrale gothique du XIIIe siècle
  • Trois bourgs médiévaux
  • Façades de pierre de Jeanne d'Arc
  • Coherence architecturale du XIIIe au XVIIIe

4168 habitants, un siège épiscopal depuis 440 : ce que Sées garde du Haut Moyen Âge

Sées est le siège du diocèse de Séez depuis le Haut Moyen Âge. La ville a été christianisée vers 440 par saint Latuin, premier évêque, et cette lignée n’a jamais été interrompue. Le cérémonial d’installation des évêques, conservé des XIVe au XVIIe siècles, en dit long sur le pouvoir temporel de l’Église ici : l’évêque arrivait à cheval, se faisait déchausser par le propriétaire d’une maison face à la cathédrale, et traversait la ville sur du linge blanc étendu jusqu’à l’autel.

Trois bourgs se partageaient autrefois le territoire : Bourg-l’Évêque autour de la cathédrale, Bourg-le-Comte autour du château à motte, Bourg-l’Abbé autour de Saint-Martin. Chacun avait ses fortifications, ses intérêts, ses murailles. Les pierres de ces dernières ont servi à réédifier la cathédrale vers l’an 1000.

Aujourd’hui, les ruelles du centre ancien gardent cette géographie triple, même si les enceintes ont disparu.

Fondation du diocèse
440siège épiscopal depuis le Haut Moyen Âge, jamais interrompu

Le Palais d’Argentré, résidence des évêques au XVIIIe siècle, domine encore l’espace. La basilique de l’Immaculée Conception complète le tableau religieux. Mais c’est la cathédrale Notre-Dame, avec ses vitraux et sa structure gothique, qui reste le point de repère visuel : on la voit de loin, dans le plat paysage de l’Orne.

Luc Besson et Sophie Barthes ont choisi ces rues : ce que le cinéma a vu à Sées

Le titre promet des tournages. Les voici. Luc Besson a filmé ici des scènes de Jeanne d’Arc avec Milla Jovovich.

Sophie Barthes a posé sa caméra dans les mêmes rues pour Madame Bovary, avec Mia Wasikowska. Deux époques, deux univers, même décor de pierre.

Population
4168habitants dans 40 km² de Normandie profonde

On ne vient pas à Sées pour un studio. Il n’y en a pas. On vient parce que la ville offre ce que les décors naturels ne parviennent pas à imiter : une cohérence architecturale du XIIIe au XVIIIe siècle, des places qui tiennent la lumière, des façades qui résistent au temps sans avoir été nettoyées pour les touristes.

Les cinéastes l’ont compris avant les guides.

La ville est classée Petite Cité de Caractère. Ce label, ici, ne fait pas le poids face aux images : une caméra suffit à prouver ce que les comités ont validé.

Tournages à Sées
Luc Besson : Jeanne d'Arc avec Milla Jovovich|Sophie Barthes : Madame Bovary avec Mia Wasikowska

23 km au nord d’Alençon, 45 min de Caen : comment arriver sans se perdre

La voie la plus simple est l’A28, qui relie Rouen à Tours. Depuis Rouen, comptez 1h25. Depuis Caen, 45 min par l’A88 et la voie rapide en direction de Falaise.

La gare de Sées est desservie par le TER Normandie, ligne Caen-Le Mans-Tours. C’est pratique, mais peu de trains s’arrêtent : vérifier les horaires avant de compter sur le rail.

La ville se trouve dans le parc naturel régional Normandie-Maine, à proximité de la forêt d’Écouves et des sources de l’Orne. L’altitude est de 188 m, le climat océanique avec des étés frais. La température moyenne annuelle avoisine 11 °C, les précipitations 775 mm.

Rien d’extrême, mais cette fraîcheur est précieuse en été quand le sud de la France suffoque.

La meilleure saison dépend de ce qu’on cherche. Il y a toujours un événement, jamais la foule de juillet en Dordogne.

Peut-on visiter la cathédrale librement ?

Oui, l’accès est libre aux horaires d’ouverture. Pas de billetterie contraignante, pas de réservation obligatoire. Le silence y est différent de celui des cathédrales saturées : on entend ses pas sur les dalles, et les vitraux projettent leur lumière sans concurrence.

Combien de temps faut-il pour voir le centre ancien ?

Une demi-journée suffit pour le cœur de la ville, une journée complète si on veut pousser jusqu’à la forêt d’Écouves ou suivre l’Orne à sa source. Les 40 km² de la commune offrent des balades agricoles, mais le périmètre intéressant reste concentré. C’est une escale, pas un séjour de semaine.

La légende du coq d’or et ce que les habitants n’ont pas oublié

La ville antique, Sagium, devait sa richesse à un coq d’or qui apparaissait à minuit. C’est une légende, évidemment. Mais elle dit quelque chose de l’identité locale : cette terre a été convoitée depuis longtemps, pour ses sources, sa position sur une voie romaine, son statut de cité épiscopale.

Les pièces de monnaie romaines, les chapiteaux corinthiens, le four de potier du IIIe siècle découvert en 1991 : le sol garde les traces. Les habitants, eux, gardent le nom. Sagien, le gentilé.

Il remonte aux Sagii, tribu gauloise installée près des sources de l’Orne. Le nom de Sées lui-même procède de cette racine, pas d’un saint ni d’un seigneur.

Les trois bourgs médiévaux ne se disputent plus le pouvoir. L’évêque, le comte, l’abbé ont laissé la place à 4168 habitants et à quelques milliers de visiteurs qui passent, photographient, repartent. La ville ne courtise pas.

Elle n’a pas besoin de plus.

La cathédrale est là depuis le XIIIe siècle. Les cinéastes sont venus, ont tourné, sont repartis. Les façades n’ont pas changé entre les deux visites.

C’est probablement ce que Sées vend le mieux : une constance que l’on ne trouve plus guère, ni dans le cinéma, ni ailleurs.