Des moutons au bord de la mer : ce havre de la Manche dissimule 4 km de prés salés derrière son cordon dunaire
Le pré salé s’étend derrière la dune comme une prairie tombée du ciel. Des moutons paissent entre deux eaux, la Vanlée d’un côté, la Manche de l’autre. On les regarde depuis le cordon dunaire, le sable chaud sous les pieds, l’herbe salée à l’horizon.
4 km de prés salés où les moutons remplacent les baigneurs
Le havre de la Vanlée est un pré salé de 4 km de long2 km de large. L’eau douce de la rivière y rencontre la marée, créant des prairies humides où l’on fait de l’élevage de moutons. Ce n’est pas un spectacle qu’on attend sur la côte normande. On vient pour la plage, on découvre des herbivores.
La Vanlée elle-même file sur 16 km depuis sa source à Hudimesnil avant de se jeter ici dans le golfe de Saint-Malo. Elle traverse quatre communes, mais c’est à Bréhal qu’elle livre son paysage le plus improbable. Le domaine marin du havre est ce qu’on appelle un véritable pré salé, une expression qui sonne comme un oxymore jusqu’à ce qu’on l’ait vu.
Le cordon dunaire qui protège cette scène a une histoire plus récente. En 1967, une tempête violente a détruit de nombreuses maisons à Saint-Martin-de-Bréhal. Sous l’impulsion du docteur Jean Sesboüé, un enrochement de 2,1 km a été construit en 1970 pour endiguer les assauts de la mer. Il tient encore. Derrière lui, les moutons continuent de paître.
3 487 habitants, deux visages et une plage de 3 km
Bréhal se partage entre le bourg et la station balnéaire de Saint-Martin-de-Bréhal. La commune compte 3 487 habitants au recensement de 2024. Le hameau de la plage s’étire sur 3 km de côte, entre Coudeville-sur-Mer et Bricqueville-sur-Mer. L’été, il grossit d’une population invisible qui campe, loue, surfe.
La station s’est développée à partir du XIXe siècle, avec la mode des bains de mer. En 1904, une route a été inaugurée entre le bourg et la plage. Aujourd’hui, on y pratique le windsurf, le kitesurf, la voile. Le sable est long, la pente douce, le vent régulier. C’est une côte pour les planches plus que pour les falaises.
Le bourg, lui, garde le profil d’un bourg rural normand. Le plateau culmine à 71 m d’altitude. On trouve des grès et des schistes primaires, quelques puits à eaux ferrugineuses. L’église actuelle date du XIXe siècle, mais une église plus ancienne dépendait de l’abbaye de Hambye au Moyen Âge. Les moines du Mont-Saint-Michel y avaient des droits, notamment sur les marais. Le lien avec le Mont n’est pas géographique, il est féodal.
Comment y aller et quand y aller
Bréhal se trouve à 10 km au nord de Granville et à 20 km au sud de Coutances, sur la côte ouest du Cotentin. Depuis Paris, la ligne de train s’arrête à Granville. Des bus relient la gare à Bréhal et à Saint-Martin-de-Bréhal. En voiture, on quitte la RN 171 ou la RN 24bis, devenues routes départementales.
La meilleure saison pour la plage et les sports nautiques court de juin à septembre. Pour le pré salé de la Vanlée, l’automne et le printemps offrent des lumières basses qui découpent les moutons contre l’eau. L’été, la chaleur est modérée, la température annuelle moyenne avoisine les 12 °C. Le record de chaleur, 40,4 °C, a été atteint le 18 juillet 2022. Ce n’est pas la norme.
Peut-on voir les moutons de près ?
Le pré salé est un espace agricole, pas un parc d’attractions. On observe depuis les chemins qui longent le cordon dunaire ou depuis les rives de la Vanlée. Les moutons appartiennent à des éleveurs, ils ne sont pas là pour le spectacle. Respecter les clôtures, rester sur les sentiers.
La plage est-elle surveillée ?
Saint-Martin-de-Bréhal est une station balnéaire équipée. La plage de 3 km dispose de postes de secours en saison, de clubs de voile, de locations. L’enrochement de 1970 protège toujours l’arrière-plage. Après la tempête de 1967, on n’a pas reconstruit n’importe comment.
Le bourg de Bréhal vaut le détour pour qui aime les églises rurales et les plaques de cocher. Une plaque commémorative honore les soldats alliés tombés sur la commune lors de la libération du 30 juillet 1944. Un film amateur de M. Lefrançois documente le passage des convois américains ce jour-là. L’histoire locale n’est pas abstraite, elle a laissé des traces visibles.
Le soir, le vent tombe sur le pré salé. Les moutons regagnent l’enclos, la marée remonte dans la Vanlée. On entend le clapotis de la Manche de l’autre côté de la dune. Quelque part entre les deux eaux, un lieu que personne n’attendait.