Là où un village d’alpage vivait encore en 1960, un grand lac de Savoie s’étend aujourd’hui

La route monte, la lumière accroche l’eau, et les pentes donnent au lac de Roselend l’air d’avoir toujours été là. Pourtant, sous cette étendue turquoise, un village d’alpage a disparu. L’été, de juin à septembre, la haute montagne rend ce contraste encore plus troublant.

Le lac de Roselend, en Savoie, attire par ses reflets et ses routes de cols, mais son paysage raconte d’abord une disparition. Vous regardez une retenue d’eau; en 1960, des familles vivaient encore à cet endroit.

En 1960, le village d’alpage de Roselend disparaît sous l’eau

La mise en eau de 1960 engloutit Roselend, le village d’alpage qui a donné son nom au lac. Quinze alpages voisins disparaissent aussi sous la retenue. Le décor actuel garde donc une absence au milieu de ses rives.

Cette histoire change la façon de regarder l’eau. Le lac n’est pas une simple halte au bord de la route: il recouvre un lieu habité, remplacé par une surface calme où les reliefs se reflètent quand le ciel se dégage.

Je trouve que c’est là que Roselend devient le plus fort. La beauté du site ne gomme pas le village englouti; elle le rend presque impossible à oublier.

Un barrage de 150 mètres derrière l’immensité du lac

Le barrage de Roselend atteint 150 mètres de haut. Sa construction commence en 1955 et s’achève en 1962, avec l’édification d’une nouvelle chapelle de Roselend près du barrage.

La retenue peut contenir 187 millions de m³ d’eau. Face à cette masse, les lacets et les alpages paraissent plus petits, mais le barrage impose sa ligne de béton entre les pentes.

L’eau part ensuite à travers le massif par une galerie de 12,5 km. Elle rejoint la vallée de l’Isère avant une chute de 1 200 mètres vers l’usine souterraine de La Bâthie.

Ce n’est pas une histoire décorative. Le lac de Roselend est un paysage fabriqué pour l’hydroélectricité, et cette fonction reste visible dès que l’on s’approche de l’ouvrage.

Peut-on se baigner dans le lac de Roselend ?

Non, la baignade est interdite au lac de Roselend. Les activités nautiques pratiquées librement, comme le canoë ou le paddle, le sont aussi. Mieux vaut y venir pour la route, les rives et les vues sur les sommets.

Entre le col du Pré et le cormet de Roselend, une route d’été

Le lac se trouve sur le territoire de Beaufort-sur-Doron, dans le Beaufortain, entre le col du Pré et le cormet de Roselend. Arêches-Beaufort est tout près. Les routes étroites de montagne ferment l’hiver sous la neige.

La période de juin à septembre est donc la fenêtre la plus simple pour découvrir le site. En plein été, le bleu de l’eau tranche avec les pentes, et l’air garde cette fraîcheur qui fait oublier la chaleur des vallées.

On y accède par Beaufort et le col du Méraillet, ou depuis Bourg-Saint-Maurice par le cormet de Roselend. Prenez votre temps: ici, le trajet fait partie de l’escale.

Le lac de Roselend se visite-t-il à pied ?

Oui, un tour du lac existe. Il fait environ 17 km, avec un dénivelé annoncé d’environ 588 mètres, pour une durée estimée entre cinq heures trente et six heures. C’est une sortie de montagne, pas une promenade improvisée.

Au bord de l’eau, le regard revient forcément vers les pentes et le mur du barrage. Puis il revient sous la surface, là où Roselend vivait encore avant que le lac ne prenne toute la place.