« Ici, tout passe sous terre » : ce village de Savoie n’a laissé aucune parabole gâcher ses toits

Des toits de lauzes grises, des balcons de bois tournés vers le soleil, des ruelles qui sentent la pierre froide même en août. Voilà ce qu’on voit à Bonneval-sur-Arc. Et surtout voilà ce qu’on ne voit pas: pas une parabole, pas une antenne, pas un seul câble tendu entre les maisons.

Au fond de la Haute Maurienne, ce village savoyard a fait disparaître toute sa modernité sous terre, et le résultat ressemble à un décor. Pas étonnant que le cinéma soit venu y tourner.

Pas une antenne à l’horizon: comment le village a enterré sa modernité

La consigne est tenue depuis des décennies: pour préserver son aspect d’origine, Bonneval-sur-Arc a enfoui son électricité et ses télécoms en réseau souterrain. Aucun câble aérien, aucun pylône, aucune parabole accrochée aux façades. Le village est d’ailleurs labellisé parmi Les Plus Beaux Villages de France, et ce choix architectural y est pour beaucoup.

Le reste suit la même logique. Les maisons sont trapues, en pierres de taille liées à la chaux, avec des fenêtres étroites et verticales, sans volet. Sur la façade exposée au soleil court une « galerie », ce balcon de bois typique.

Certains y exposent encore des grebons, ces briquettes de fumier de mouton qui servaient autrefois de combustible. On ne fait pas plus authentique, pardon, plus concret.

Mon avis est tranché: c’est cette intransigeance qui sauve le village. Beaucoup de cités alpines ont laissé s’installer le désordre visuel du XXe siècle. Ici, vous photographiez n’importe quelle ruelle, rien ne vient gâcher le cadre.

285 habitants, une légende maudite et une chapelle du XIIe siècle

Le village compte 285 habitants aux derniers comptages de l’INSEE, répartis entre le vieux village et le hameau de Tralenta, avec ses commerces. Autant dire que le calme est une matière première locale. Mais c’est plus haut, à 4 km, que se cache le morceau de choix: l’Écot, un hameau perché à 2 000 mètres, avec sa chapelle Sainte-Marguerite bâtie au XIIe siècle.

La chapelle porte le nom de l’héroïne d’une légende que les anciens racontent encore. Selon la tradition, le hameau voisin de Faudan abritait des habitants si riches qu’ils jouaient aux boules avec des boules en or, et si égoïstes qu’ils refusèrent l’hospitalité à un vieillard transi, une nuit d’hiver. Seule une pauvre femme, Marguerite, lui ouvrit sa porte.

Dans la nuit, la montagne s’écroula sur Faudan. Tout le village disparut sous l’éboulis. Seule la maison de Marguerite fut épargnée.

Bonneval a aussi marqué les esprits bien au-delà de la vallée: il a servi de décor au film « Belle et Sébastien » de Nicolas Vanier, et il a représenté la région Rhône-Alpes au concours du Village préféré des Français 2015 sur France 2.

Peut-on skier à Bonneval-sur-Arc ?

Oui, et c’est même un petit modèle du genre. Les premières remontées mécaniques datent de 1967, et le domaine s’étage de 1 800 à 3 000 mètres d’altitude, avec environ 25 kilomètres de pistes. Une station à taille humaine, loin des usines à forfaits: pendant que la voisine Bessans choisissait le ski de fond, Bonneval optait pour le ski de piste sans mégalomanie.

Comment rejoindre le col de l’Iseran depuis le village ?

C’est simple: le village est littéralement au pied du col. La route qui monte de Bonneval aboutit au col de l’Iseran, 2 764 mètres, le plus haut col routier des Alpes, avant de redescendre vers Val-d’Isère. En été, c’est l’un des points forts de la Route des Grandes Alpes, et vous croiserez des cyclistes cramponnés à leurs guidons autant que des motards ravis.

À 42 km de Modane: quand monter, et pour qui

Bonneval-sur-Arc se niche, pardon, se tient au fond de la vallée de la Haute Maurienne, dans le parc national de la Vanoise, à 42 kilomètres au nord-est de Modane et une trentaine de kilomètres de Val-d’Isère, tout près de la frontière italienne. C’est la dernière commune de la vallée. Après, il n’y a plus que la montagne.

Le bon créneau dépend de vous. L’hiver, c’est le ski tranquille et les toits sous la neige. De juin à septembre, c’est la randonnée: le village est une étape du GR 5, la Grande Traversée des Alpes, et la porte d’accès au col de l’Iseran.

Si vous n’avez qu’une journée, montez à l’Écot le matin, flânez dans le vieux village l’après-midi.

Pour qui ? Les amoureux de villages qui n’ont pas cédé au béton, les familles qui fuient les grandes stations, les cyclistes en quête de cols mythiques. Les férus de vie nocturne, en revanche, passeront leur chemin, et c’est très bien ainsi.

Le soir, quand les derniers cars redescendent vers Modane, les lauzes prennent une teinte dorée et plus un fil ne barre le ciel. Deux cent quatre-vingt-cinq habitants. Une montagne entière pour eux seuls.