Sous le lac du Chevril, l’ancien Tignes ressort tous les dix ans
On ne le voit presque jamais. Et pourtant, sous les eaux bleues du lac du Chevril, l’ancien village de Tignes repose depuis 1952. Au début des années 1950, la mise en eau du barrage a englouti le bourg historique.
Soixante-dix ans plus tard, il remonte à la surface environ tous les dix ans, le temps d’une vidange décennale.
Au-dessus de ce lac, à plus de 2 000 mètres d’altitude, une autre Tignes a poussé. Une station de ski bâtie à même la pente, étagée du hameau des Brévières à 1 550 m jusqu’au glacier de la Grande Motte à 3 456 m. Deux Tignes face à face, l’une engloutie, l’autre surgie de la montagne.
Le barrage du Chevril et la vallée disparue de 1952
Le village de Tignes a été noyé en 1952 lors de la mise en eau du barrage du Chevril. À l’origine, la commune vivait d’agriculture, regroupée autour de son bourg central et de plusieurs hameaux. La construction de l’ouvrage a tout balayé.
EDF, propriétaire du barrage, programme depuis des vidanges décennales pour entretenir l’installation. Lors de ces opérations, l’ancien Tignes réapparaît pendant environ trois mois. La dernière aurait dû se tenir en 2010, elle a finalement été repoussée à avril 2014.
EDF privilégie aujourd’hui des contrôles sous-marins, jugés moins coûteux qu’une vidange complète. L’ancien bourg reste donc le plus souvent invisible.
De 1 550 m à 3 456 m: deux Tignes étagées sur la pente
Le nouveau Tignes s’est reconstruit plus haut, en tirant parti de l’altitude. Les Brévières, à 1 550 m, restent le village le plus typique de la station. Le Lavachet et Tignes le Lac, autour de 2 050 à 2 100 m, forment le cœur animé avec ses commerces et le Lagon, la piscine de la station.
Au-dessus, Val Claret à 2 127 m est le hameau le plus élevé de la station, né en 1968. On y trouve les boîtes de nuit et l’architecture la plus contemporaine. Plus haut encore, le point culminant de la commune est l’aiguille de la Grande Sassière à 3 747 m.
Le domaine skiable Tignes-Val d’Isère se déploie sur cette colonne vertébrale.
Le glacier de la Grande Motte: skier à 3 456 m en plein été
Sur le glacier de la Grande Motte, la neige tient quand toute la France étouffe. Le téléphérique ouvre dès la mi-juin, et le ski d’été reste opérationnel jusqu’à fin août. Le 11 juillet 2026, des skieurs chaussaient encore sur les pentes, malgré la canicule sur la Savoie.
Le glacier fond de 3 à 4 mètres par an, ce qui rend la fenêtre de plus en plus courte.
Tignes a connu son record d’enneigement durant l’hiver 2017-2018. La fiabilité de l’enneigement reste l’un des arguments de la station, mais le ski d’été se pratique sous surveillance renforcée, les conditions de sécurité évoluant avec la fonte. Pour la saison en cours, 7 856 journées skieurs ont été vendues depuis le 20 juin 2026.
Comment y aller et quand y aller
Tignes se rejoint par la route depuis Bourg-Saint-Maurice: 30 km via la D 902 puis la D 87. Le TGV arrive à Bourg-Saint-Maurice toute l’année, avec des liaisons Eurostar et Thalys depuis Londres et Bruxelles en saison hivernale. Les aéroports les plus proches sont Lyon-Saint-Exupéry à 219 km, Genève à 208 km, Chambéry à 142 km.
L’hiver reste la saison reine pour le domaine skiable. L’été attire sur le glacier, mais aussi pour le VTT, la randonnée et les sports nautiques sur le lac. Une navette relie Le Lavachet, Tignes le Lac et Val Claret toutes les 30 minutes en hiver, 24h/24 en saison.
Les Brévières, eux, ne sont desservis que par une télécabine unique.
Le village englouti est-il visible aujourd’hui ?
Non. L’ancien bourg n’émerge que lors des vidanges décennales du barrage du Chevril, durant environ trois mois. En dehors de ces opérations, il reste sous l’eau.
La prochaine vidange n’est pas annoncée dans les notes disponibles.
Faut-il prévoir une voiture sur place ?
Les Brévières se trouvent à l’écart du domaine, uniquement desservis par une télécabine. Pour les autres secteurs (Le Lavachet, Tignes le Lac, Val Claret), un service de navettes gratuites circule en saison hivernale comme en été. L’aérodrome proche du col du Palet est accessible aux ULM et aux avions de tourisme sous réserve de qualification de montagne.
Le barrage du Chevril tient l’eau depuis 1952. Quelque part dessous, l’ancien clocher attend sa prochaine vidange, et avec lui, le visage originel d’une vallée que la montagne a engloutie.