Cette cascade du Jura se reconstruit sans cesse, mais un simple toucher suffit à l’abîmer
L’eau tombe en rideau large, et elle n’a pas l’air de faire du bruit pour rien: ici, chaque goutte construit. La cascade des Tufs, aux Planches-près-Arbois, dans le Jura, n’est pas un décor figé posé au fond d’une reculée. C’est un ouvrage en chantier permanent, une roche que la rivière fabrique elle-même, bassin après bassin, sans que personne ne lui demande son avis.
Vous arrivez par le village, vous marchez quelques minutes, et soudain l’éventail apparaît entre les arbres: un massif de tuf calcaire de 8 à 10 mètres de haut, étalé sur une quinzaine de mètres de large, traversé par la Cuisance. La première réaction est presque toujours la même, on a envie de s’approcher, de toucher, de mettre la main dans ces vasques claires. C’est précisément ce qu’il ne faut pas faire.
Un massif de tuf de 10 mètres qui se fabrique tout seul
Le tuf, c’est le contraire d’une ruine. Là où la plupart des roches s’usent sous l’eau, celle-ci naît de l’eau: la Cuisance dépose du calcaire au fil de son écoulement, et ces dépôts s’accumulent en un éventail qui grandit, se reforme, se redessine. La cascade que vous photographiez cet été n’est pas exactement celle qu’ont vue les visiteurs d’il y a dix ans.
Elle travaille sans relâche.
Le spectacle le plus délicat se joue en amont et tout autour du massif: des bassins naturels, les gours, créés par de petits barrages de tuf que la rivière édifie comme des digues miniatures. L’eau y dort une seconde avant de basculer au niveau suivant. C’est dentelle, c’est fragile, et c’est d’une logique implacable: la moindre pression abîme ce que le courant a mis du temps à façonner.
Le site se trouve à 350 mètres en aval de la petite source de la Cuisance, dans la reculée d’Arbois, ce vallon encaissé typique du relief jurassien. Le cadre est protégé: la cascade est classée en zone Natura 2000. Vous comprenez vite pourquoi en vous approchant, tout y paraît à la fois minéral et vivant.
Pourquoi un simple toucher suffit à abîmer la cascade
Voilà le paradoxe qui donne son sel à la visite. Cette roche qui paraît massive, presque sculpturale, se détériore au contact de la main. Le tuf est tendre, poreux, et le dépôt qui le compose se délite dès qu’on le touche, qu’on marche dessus, qu’on y plonge un pied.
Un geste anodin, multiplié par des milliers de visiteurs, et l’éventail s’effrite.
La règle est donc claire et sans appel: la baignade et même le barbotage sont interdits. Pas par excès de zèle, mais parce que chaque été de trempage sauvage coûterait à la cascade des pans entiers de sa silhouette. On regarde, on photographie, le site est d’ailleurs réputé très photogénique, et on garde les pieds au sec.
Peut-on se baigner dans la cascade des Tufs ?
Non, catégoriquement. La baignade et le barbotage y sont interdits, car les tufs sont des roches très fragiles qui se détériorent au simple toucher. Si vous cherchez un coin pour piquer une tête dans le Jura, ce n’est pas ici, venez plutôt les yeux grands ouverts.
600 mètres à pied depuis le village: l’accès le plus simple du Jura
Bonne nouvelle pour les jambes: la cascade se mérite à peine. Depuis le centre des Planches-près-Arbois, un fléchage mène au site, qui se trouve à 600 mètres à pied du parking, comptez une dizaine de minutes de marche tranquille. Pas de dénivelé héroïque, pas d’équipement à prévoir.
C’est une promenade, pas une randonnée.
Un détail à connaître avant de partir: un arrêté préfectoral du 18 février 2021 limite l’accès des véhicules aux abords du site. On ne vient donc pas coller sa voiture au plus près de la cascade, et c’est tant mieux, la fin du parcours se fait à pied, comme il se doit pour un lieu qui demande de la douceur.
Côté timing, un conseil d’expérience: le débit de la Cuisance varie selon la saison, et c’est lui qui fait le spectacle. Plus la rivière est généreuse, plus l’éventail ruisselle de partout et plus les gours débordent d’un bassin à l’autre. Un passage après des périodes pluvieuses offre un tout autre visage qu’à la fin d’un été sec.
Est-ce la même cascade qu’à Baume-les-Messieurs ?
Non, et la confusion est fréquente. Baume-les-Messieurs, ailleurs dans le Jura, possède aussi une cascade dite « des Tufs », alimentée par le Dard. Celle dont il est question ici coule sur la Cuisance, aux Planches-près-Arbois, près d’Arbois.
Deux sites, deux reculées, deux cascades, vérifiez votre GPS avant de prendre la route.
Pour qui cette halte est-elle faite ?
Pour les curieux de nature lente, ceux qui préfèrent comprendre ce qu’ils regardent plutôt que cocher un panorama. La visite est courte et se combine bien avec une journée autour d’Arbois. Les familles y passent un excellent moment, à condition d’expliquer aux enfants qu’ici, on regarde sans toucher, comme dans un musée où l'œuvre serait encore en train de se peindre.
La Cuisance continue son ouvrage quand les visiteurs repartent. Demain, la cascade aura encore changé, d’un fil de calcaire, d’un rebord de gour, d’un millimètre de tuf. C’est peut-être ça, la plus belle raison de revenir: ce site ne sera jamais deux fois le même.