Ce village de Touraine a vu un exilé polonais racheter son château en 1849, sa famille y vit encore

Il faut pousser la porte du village par le bas, depuis la rivière, pour comprendre ce que Montrésor a de particulier. Le coteau monte sec, les façades de tuffeau prennent la lumière, et là-haut, au bout d’un éperon rocheux, le château tient encore la vallée de l’Indrois. On vient ici pour ça: le silence, l’eau, la pierre chaude, et une histoire qui ne ressemble à aucune autre en Touraine.

Un exilé polonais débarque en 1849 et rachète le château

Le comte Xavier Branicki arrive dans ce coin d’Indre-et-Loire en 1849. Homme d’affaires et écrivain, exilé loin de la Pologne, il achète le château, le restaure, et fait de ce village de quelques centaines d’âmes son point d’ancrage. Il ne s’est pas contenté de restaurer des murs.

Il y a installé une collection d’art, d’objets et de souvenirs liés à son pays perdu, dans un logis Renaissance posé sur les vestiges d’une forteresse médiévale. Puis il est devenu mécène de sa commune, et maire pendant dix ans. Un exilé polonais élu par des paysans tourangeaux: l’histoire vaut le détour à elle seule.

Et le plus étonnant tient en une phrase. Sa famille habite toujours le château.

Avant les Branicki, Foulques Nerra et un conseiller de quatre rois

Le premier donjon a été ordonné par Foulques Nerra, comte d’Anjou, dans la première moitié du XIe siècle. Le site était choisi pour sa verticalité: un éperon rocheux au-dessus d’un méandre, avec une pente qu’on a même accentuée artificiellement au pied des murs pour mieux se défendre. Le bourg, lui, est venu se blottir en contrebas, bien plus tard.

Puis vient Imbert de Batarnay, conseiller de quatre rois de France, qui introduit la Renaissance ici à la charnière des XVe et XVIe siècles. Le château, mais aussi la collégiale Saint-Jean-Baptiste, qui domine encore les toits. C’est ce feuilletage qui donne au village sa densité rare: forteresse, Renaissance, Pologne, sur un territoire qui tient dans un mouchoir de poche.

309 habitants, cinq monuments historiques: la plus petite commune du département

Montrésor compte 309 habitants et aligne cinq monuments historiques. C’est la plus petite commune d’Indre-et-Loire, et elle figure parmi Les Plus Beaux Villages de France. L’industrie drapière qui la faisait vivre s’est éteinte au XIXe siècle, et la halle des Cardeux, avec sa toiture à la Mansart, en garde la mémoire au milieu du bourg.

Le village a longtemps perdu ses habitants avant de se stabiliser en misant sur son patrimoine. Ça se sent: on marche dans des ruelles vivantes, pas dans un décor sous cloche. Plusieurs maisons ont leurs caves creusées dans le tuffeau jaune du coteau, certaines sont même partiellement troglodytiques.

Comment y aller et combien de temps y rester

Montrésor est à 16 km de Loches et à environ 47 km au sud-est de Tours, par la D 760 qui traverse le bourg. Aucune route à grande circulation ne passe par là, et il n’y a plus de train depuis 1949. Autant dire qu’on y vient exprès.

Le stationnement au village est gratuit.

Comptez deux à quatre heures pour le château, la collégiale et une vraie promenade le long de l’Indrois. Le duo qui fonctionne le mieux sur une journée reste Montrésor plus Loches. Et pour repartir avec quelque chose: le macaron de Montrésor.

Quelle est la meilleure période pour venir ?

Le village se visite toute l’année. Mais la rivière commande l’ambiance: de janvier à mars, l’Indrois est en hautes eaux, avec un maximum en janvier et des crues parfois violentes. En août, à l’inverse, le débit tombe au plus bas.

Peut-on visiter avec une poussette ?

Le bourg est annoncé accessible aux poussettes et aux personnes à mobilité réduite, mais méfiez-vous du relief: entre la rive de l’Indrois et le haut du village, il y a une quinzaine de mètres de dénivelé sur une pente raide. Le château, lui, se vérifie sur place selon les zones.

Pour qui ce village est fait

Si vous cherchez l’animation d’Amboise ou les cars de Chenonceau, passez votre chemin. Montrésor est un village de promeneurs lents, de gens qui aiment lever la tête vers une collégiale gothique et redescendre vers l’eau sans programme. Un après-midi suffit, et pourtant on y traîne.

Le soir, la lumière rase attrape le tuffeau au-dessus du méandre. Le château est toujours habité. Depuis 1849, la même famille y allume la lumière.