Ce village de 671 habitants vend 943 kg de cèpes en 15 minutes quand Sarlat croule sous un million de touristes

Un jeudi matin d'octobre sous la halle de Villefranche-du-Périgord. Les cagettes de cèpes frais s'empilent par centaines. L'odeur de sous-bois humide mêlée aux parfums de noisette flotte dans l'air. En quinze minutes, 943 kg s'évaporent. Un record qui révèle l'un des secrets les mieux gardés du Périgord noir.

Cette bastide fondée en 1261 vend plus d'une tonne de cèpes par jour en saison. Pourtant, elle reste dans l'ombre totale. Pendant que Sarlat croule sous un million de visiteurs annuels, Villefranche-du-Périgord et ses 671 habitants vivent au rythme authentique des saisons.

Une bastide de 1261 que le temps a oubliée

La D660 serpente entre les forêts de châtaigniers. Soudain, le village apparaît. Pierre ocre dorée, tuiles canal rouges, silence presque irréel après l'agitation de Sarlat à 40 km.

Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis, fonde cette bastide en 1261 près de l'église de Viel-Scieurac. Le plan en damier typique se dessine encore parfaitement. Place centrale à arcades, rues qui se coupent à angle droit, 8,5 hectares inscrits comme site protégé en 1986.

Les maisons des XIIIe et XIVe siècles bordent la place de la Halle. Leurs arcades de pierre témoignent de l'architecture maîtrisée des bastides. La halle reconstruite en 1818 conserve ses colonnes toscanes et les anciennes mesures à grain gravées dans la pierre.

L'église Notre-Dame-de-l'Assomption surprend par sa façade néogothique. Paul Abadie, l'architecte du Sacré-Cœur de Montmartre, la dessine en 1864. Un détail que peu de visiteurs remarquent, faute de visiteurs.

Le marché aux cèpes que les initiés se disputent

« Fondé en 1259, référence nationale », précise l'Office de Tourisme Sarlat Périgord Noir. Les chiffres donnent le vertige. Certains jours de septembre, plus de 750 kg de cèpes disparaissent en un quart d'heure sous la halle.

Plus d'une tonne par jour en pleine saison

Les producteurs arrivent à 8h. Cagettes pleines, balance à l'ancienne, négociations discrètes. Les prix oscillent entre 15 et 20 €/kg, montant parfois à 25 € les années de pénurie.

Vidéo du jour

Le record reste gravé dans les mémoires locales : 943 kg écoulés en quinze minutes. Un témoignage de cueilleur résume l'ambiance : « Et ben tout est parti. Donc c'est que ça s'est bien passé. On espère en avoir d'autres demain. »

Châtaignes, noix et foie gras : l'autre trésor

Le marché révèle d'autres richesses. Châtaignes transformées en crèmes et marrons glacés. Noix du Périgord, huiles artisanales, foie gras des fermes environnantes. Le Musée des Traditions, créé par Jean Troussel natif du village, préserve ces savoir-faire ruraux du XIXe siècle.

« Villefranche-du-Périgord est également réputée pour ses marchés aux cèpes et aux châtaignes », confirme le guide Bouzic-Périgord. Une réputation qui dépasse rarement le cercle des connaisseurs.

Vivre comme au Moyen Âge sans les inconvénients

Tout se parcourt à pied en dix minutes. De la halle à l'église, des remparts aux fontaines extérieures. Les ruelles étroites révèlent des détails cachés : fenêtres à meneaux, encadrements sculptés, volets de bois patinés.

Se perdre dans les ruelles à arcades

« Admirez au niveau de la place de la Halle, les splendides maisons bâties sur arcades datant des XIIIe et XIVe siècles », recommande l'Office de Tourisme. Les galeries couvertes abritent encore quelques commerces de proximité.

La rue des Remparts garde des traces des fortifications construites dans les années 1290. La fontaine et le lavoir, à l'extérieur de l'ancienne enceinte, rappellent la vie d'avant l'eau courante. Comme cette vallée d'Occitanie qui cache 500 peintures, Villefranche révèle ses trésors aux curieux.

Randonnées en forêt de châtaigniers

« Cette randonnée vous mènera autour de la bastide à travers les cultures et les forêts de châtaigniers », indique Dordogne Pleine Nature. Sentiers gratuits, panoramas sur les vallons du sud Périgord, silence total hors saison touristique.

L'automne transforme les châtaigneraies en palette dorée. Attention cependant : la cueillette reste interdite sur terrain privé sans autorisation des propriétaires.

80 € la nuit quand Sarlat facture 130 €

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Hébergement à Villefranche : 50 à 130 € la nuit pour deux personnes. Sarlat ou Monpazier : 80 à 180 € pour un standing équivalent. Menu complet avec cèpes : 25 à 40 €.

Accès par TER depuis Bordeaux en 3h30 pour 20 à 30 €. Voiture recommandée pour rayonner vers Monpazier à 15,5 km, le château de Biron à 16 km, Belvès à 17 km. Période optimale : septembre-octobre pour les cèpes et les châtaignes, mai-juin pour le climat doux et la tranquillité.

« Villefranche affiche fièrement son identité de plus ancienne bastide du Périgord noir », précise Périgord ULM. Une identité préservée par l'absence de foules touristiques. Comme ce village qui cache 6 mégalithes, l'authenticité naît parfois de la discrétion.

Vos Questions Sur Villefranche-du-Périgord,Dordogne,Nouvelle-Aquitaine,France Répondues

Quelle est la meilleure période pour le marché aux cèpes ?

Fin août à octobre, avec un pic en septembre. Arriver tôt le matin entre 8h et 10h pour le meilleur choix. Vérifier l'agenda de l'office de tourisme Périgord Noir – Vallée Dordogne car les dates dépendent des pousses naturelles.

Villefranche-du-Périgord ou Monpazier : quelle bastide choisir ?

Monpazier reste « très certainement la bastide la plus célèbre et la mieux conservée du Périgord » selon l'office de tourisme. Plus de commerces, plus de restaurants, mais aussi plus de touristes. Villefranche offre l'authenticité, la vie locale préservée et le marché aux cèpes unique. Comme ce village au moulin à huile de noix, elle privilégie les traditions vivantes.

Peut-on visiter Villefranche-du-Périgord sans voiture ?

Gare TER de Villefranche-du-Périgord sur la ligne Bordeaux-Sarlat. Tarif environ 20 à 30 € depuis Bordeaux. Village compact, tout accessible à pied. Location vélo ou voiture possible à Sarlat pour visiter les alentours. Comme cette ville provençale aux vestiges romans, l'essentiel se découvre à pied.

Une fin d'après-midi d'automne. Les dernières cagettes de cèpes rangées sous la halle. Lumière dorée sur les arcades de pierre ocre. Le parfum de sous-bois flotte encore dans l'air. Villefranche-du-Périgord retourne à son rythme médiéval, loin du monde moderne qui l'ignore.