En 1895, 82 goélettes quittaient ce port breton pour l'Islande – aujourd'hui personne ne le visite

Ce matin-là, 82 goélettes quittaient le port de Paimpol vers l'Islande. L'année 1895 marquait l'apogée d'une épopée maritime extraordinaire. Paimpol était alors le premier port de France à la pêche au large.

Aujourd'hui, les bassins à flot accueillent des voiliers de plaisance. Les maisons d'armateurs du XVIIe siècle veillent sur ce patrimoine oublié. Pourquoi cette capitale morutière reste-t-elle dans l'ombre de Saint-Malo ?

Quand Paimpol régnait sur les mers du Nord

En 1852, l'armateur Louis Morand envoie la première goélette vers l'Islande. Le brick-goélette Occasion ouvre une route qui transformera Paimpol. Les résultats dépassent toutes les espérances.

Quarante-trois ans plus tard, 83 armements dont 80 islandais mobilisent 1 200 marins. Ces hommes partent en février pour six mois de mer. Ils affrontent l'Atlantique Nord dans des voiliers de 20 à 30 mètres.

Le port s'équipe rapidement. Le premier bassin à flot s'achève en 1884. Le second bassin, terminé en 1902, sépare les quais par le quai neuf. Entrepôts, docks et grues à vapeur complètent l'infrastructure en 1920.

L'héritage architectural des armateurs

Place du Martray : le cœur médiéval

La Place du Martray porte le plus ancien millésime de Paimpol : 1581. Cette maison de pierre témoigne d'une prospérité ancienne. Les demeures du XVIe siècle entourent cette place historique depuis le Moyen-Âge.

La Maison Jézéquel, rue des Huit Patriotes, dresse sa structure en bois depuis le XVe siècle. Classée Monument Historique en 1930, elle abritait un porche au rez-de-chaussée. La cinquième génération de la famille Jézéquel la tient depuis 1886.

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De la corsaire à l'abbaye

Paimpol fut port corsaire durant la Guerre de Cent Ans. Les Anglais en firent une place de sûreté en 1591. Cette position stratégique attirait déjà les puissances maritimes.

L'Abbaye de Beauport, fondée en 1202, fut classée monument historique en 1907. Les moines cisterciens recevaient des terres du seigneur de Goëlo Alain. L'État racheta l'abbaye pour la préserver.

Vivre l'âme maritime de Paimpol aujourd'hui

Sur les traces de Pierre Loti

Pierre Loti immortalisa Paimpol en 1886 avec "Pêcheur d'Islande". Son héroïne Gaud Mével habitait rue de l'Église. Cette maison, aujourd'hui salon de coiffure, conserve la mémoire littéraire du port.

La rue des Islandais était l'ancien quartier latin maritime. Les armateurs recrutaient leurs équipages dans ces ruelles. Les marins y racontaient leurs aventures islandaises entre deux campagnes.

Entre port de plaisance et patrimoine vivant

Après la morue, le port s'orienta vers la pêche et la plaisance. Les voiliers-écoles Étoile et Belle Poule font escale occasionnellement. Ces répliques de goélettes raviven la mémoire maritime.

Les restaurants servent encore la morue selon les traditions. Cette gastronomie héritée de la Grande Pêche côtoie les spécialités bretonnes. L'artisanat local perpétue les savoir-faire maritimes ancestraux.

Ce que même les Bretons ignorent sur Paimpol

Le premier port de France à la pêche au large vit aujourd'hui dans l'ombre. Saint-Malo attire les foules avec ses remparts. Concarneau expose sa Ville Close. Paimpol préserve une authenticité plus discrète.

Cette commune résulte de la fusion en 1960 de Paimpol, Plounez et Kérity. Moins de touristes signifie des tarifs plus accessibles et un patrimoine intact. Les maisons d'armateurs restent habitées, non transformées en musées.

Vos questions sur Paimpol, Côtes-d'Armor, Bretagne, France répondues

Comment rejoindre Paimpol depuis Paris ?

Paimpol se situe à environ 450 km de Paris par la route. La gare TGV de Guingamp dessert ensuite Paimpol par TER. La période optimale s'étend de mai à septembre, hors affluence estivale.

Que reste-t-il de l'époque des Islandais ?

L'architecture préservée témoigne de cette époque : maisons d'armateurs, bassins à flot, quais historiques. Le Monument aux Morts, œuvre d'André Vermare, honore les disparus. La culture maritime locale perpétue ces traditions.

Paimpol vs Saint-Malo : quelle différence ?

Saint-Malo mise sur ses remparts et son tourisme de masse. Paimpol cultive l'authenticité de la Grande Pêche avec moins de foule. Les tarifs restent plus abordables et le patrimoine plus accessible aux visiteurs.

La brume matinale caresse les bassins à flot désormais silencieux. L'odeur d'iode porte encore l'écho des 82 goélettes parties vers l'Islande. Paimpol dort, préservant son âme de premier port maritime français.