Ce village de 340 âmes a vu 140 maisons détruites en 1944 et refuse de mourir

La route sinueuse du Vercors dévoile soudain le plateau de Vassieux. À 1 300 mètres d'altitude, un village de 340 âmes s'étend sur l'éperon calcaire. Pas de foule, pas de commerces touristiques envahissants. Juste le silence de la montagne et une mémoire qui refuse de mourir.

Ici, en juillet 1944, 140 maisons sur 150 ont été détruites. Pourtant, Vassieux-en-Vercors existe toujours. Ce village garde un secret ancestral : transformer la tragédie en force vitale.

Un plateau calcaire qui porte la mémoire dans sa pierre

Le poljé de Vassieux s'étire sous le ciel. Cette dépression karstique allongée forme un amphithéâtre naturel de 48,25 km². Les scialets et lapiaz marquent le calcaire blanc de leurs cicatrices géologiques.

L'altitude oscille entre 1 028 et 1 654 mètres. Le But de Nève culmine à 1 656 mètres, dominant le paysage de sa silhouette austère. En 1944, cette géologie particulière a servi de refuge aux maquisards.

Le terrain d'atterrissage "Taille Crayon" subsiste encore. Ce village de 210 habitants garde des remparts templiers que Carcassonne ignore, mais Vassieux porte ses cicatrices à ciel ouvert. Chaque pierre raconte une résistance millénaire.

Ce que 140 maisons détruites ont enseigné à la France

Les combats du 21 au 24 juillet 1944 ont transformé Vassieux en brasier. Plus de 600 résistants et une centaine d'Allemands sont morts. La population civile a payé : 201 tués, 41 déportés, 573 maisons détruites.

Le sacrifice de juillet 1944

L'église, la mairie, l'école ont disparu dans les flammes. Sur 150 maisons, 140 ont été anéanties. Vassieux-en-Vercors est devenue l'une des cinq communes Compagnon de la Libération.

Vidéo du jour

Cette distinction ne récompense pas la victoire. Elle honore le sacrifice absolu d'une communauté qui a choisi de résister jusqu'au bout.

La reconstruction comme acte de résistance

Après 1944, le plateau aurait pu devenir un mémorial désert. Plus de 1 500 maquisards ont repris le combat au sein des 6ème BCA et 11ème cuirassiers. Le village a été reconstruit pierre par pierre.

La Place des Martyrs témoigne de cette architecture de la Reconstruction. Sobre, fonctionnelle, mais porteuse de dignité. À 20 km de Beaune, ce village de 242 habitants cache une abbaye du XIe siècle, mais Vassieux expose sa renaissance au grand jour.

Marcher dans les pas de ceux qui ont choisi de rester

Trois sites forment le circuit mémoriel. Tous accessibles à pied depuis le centre. Le temps nécessaire pour absorber l'émotion, laisser les histoires résonner dans l'air froid du plateau.

Le circuit des trois mémoires

La Nécropole Nationale regroupe 187 tombes de maquisards et civils. Créée en 1948, elle expose des panneaux de portraits de l'époque 1940-1945. Les structures métalliques d'un planeur DFS 230 rappellent l'assaut aérien allemand.

Le Mémorial de la Résistance, au col de La Chau, domine la plaine à 1 300 mètres. Inauguré en 1994, il a reçu le label "Architecture contemporaine remarquable" en avril 2024. Un castrum de 2 000 ans restauré par un seul homme pendant 6 ans à 87 mètres au-dessus de la Sioule raconte aussi une renaissance, mais celle de Vassieux reste collective.

Le musée de la préhistoire : l'autre mémoire du plateau

L'atelier de taille de silex, classé monument historique, révèle l'occupation préhistorique du plateau. Avant d'être un bastion de résistance, Vassieux abritait des tailleurs de pierre.

Cette continuité millénaire donne une perspective. La résilience humaine ne date pas de 1944. Elle traverse les âges, inscrite dans le calcaire du Vercors.

Pourquoi on ne repart jamais tout à fait de Vassieux

Le soir, quand les visiteurs repartent, le plateau retrouve son calme. 340 habitants permanents vivent ici, non pas dans le passé, mais avec le passé. Aucun discours héroïque, aucune mise en scène excessive.

L'émotion de Vassieux n'est pas spectaculaire. Elle est diffuse, présente dans l'air froid, dans les noms gravés sur les tombes. Ce village de 2 500 habitants accueille 1 million de pèlerins chaque année, mais Vassieux préfère la contemplation silencieuse. On repart transformé, sans toujours savoir dire pourquoi.

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Quelle est la meilleure saison pour visiter Vassieux ?

L'été offre les meilleures conditions climatiques pour marcher. Juillet coïncide avec les commémorations et les expositions temporaires "L'Été 1944..." programmées jusqu'en juin 2025. Le printemps et l'automne sont plus calmes, propices à la contemplation. L'hiver est rigoureux mais magnifique pour ceux qui cherchent le silence total.

Combien de temps faut-il pour visiter les sites majeurs ?

Une journée complète minimum. 2 heures pour le Mémorial et le musée départemental, 1h30 pour la nécropole et l'exposition de portraits, 1 heure pour le Musée de la Préhistoire. Prévoir une demi-journée supplémentaire pour explorer les 4 728 hectares de terres et forêts du plateau karstique.

Vassieux est-il un village touristique classique ?

Non. Vassieux n'est pas une destination de loisir mais un lieu de mémoire vivante. Pas de commerces envahissants, pas de foule. C'est une expérience sobre qui demande au visiteur d'être actif dans sa réflexion. Idéal pour ceux qui cherchent du sens plutôt que du divertissement.

Le dernier regard avant de quitter le plateau : les drapeaux français claquent doucement dans la nécropole. Le vent souffle sur les herbes hautes du poljé. Un village de 340 âmes refuse de laisser mourir la mémoire de 600 résistants.