À 20 km de Beaune, ce village de 242 habitants cache une abbaye du XIe siècle
Des falaises blanches émergent de la brume matinale, dominant une vallée où serpente le Rhoin. Au cœur de cette "petite Suisse bourguignonne", 242 habitants seulement gardent le secret d'une abbaye du XIe siècle et d'un patrimoine millénaire. Bouilland révèle ses trésors cachés à trois heures de Paris, sans la foule des grands sites.
Les ruines de l'abbaye Sainte-Marguerite se nichent sous les parois calcaires, témoins silencieux de neuf siècles d'histoire hospitalière. Cette ancienne communauté antonine soignait le "feu de Saint-Antoine" depuis 1098.
Les falaises blanches qui protègent 900 ans d'histoire
La D974 serpente depuis Beaune à travers le Val de Vergy. Vingt minutes suffisent pour rejoindre ce sanctuaire bourguignon niché à 350 mètres d'altitude. Les falaises calcaires dessinent un amphithéâtre naturel autour du village.
Les maisons de pierre aux balcons en fer forgé s'étalent le long du Rhoin. Leurs toitures en tuiles mécaniques reflètent l'architecture vernaculaire bourguignonne. Le lavoir central, coiffé de son toit en compluvium, marque le cœur du bourg.
Les 70,1% de forêts qui couvrent le territoire abritent une flore subalpine rare. Depuis les années 1930, ce paysage vaut à la commune son surnom poétique. À seulement 20 kilomètres de Beaune, l'ambiance change radicalement.
L'abbaye Sainte-Marguerite : le secret hospitalier des antonins
Un hôpital médiéval contre le "feu de Saint-Antoine"
L'abbaye Sainte-Marguerite naît vers 1098-1100 sous le patronage du seigneur de Vergy. Les moines antonins y établissent un hôpital pour traiter l'ergotisme, appelé "feu de Saint-Antoine". Cette maladie causée par des céréales infectées provoque des brûlures atroces.
Classée Monument Historique sous la référence PA00112150, l'abbaye conserve ses murs d'enceinte et ses fondations. La statue de Sainte-Marguerite trône aujourd'hui à l'Hôtel-Dieu de Beaune. Comme l'explique l'équipe du Centre Beaunois d'Études Historiques : "La magnifique statue de Sainte-Marguerite provenant de l'abbaye est aujourd'hui propriété de l'Hôtel-Dieu de Beaune."
Du paléolithique au XIIe siècle : 10 000 ans d'occupation
Les grottes de Cave O Muet et de Joux abritent les premiers habitants du Paléolithique. Le camp gallo-romain du Grand Chatelet et les sépultures burgondes des Ossères témoignent d'une occupation continue. L'évêque Rotmond mentionne le site en 937 : "Quoi qu'il en soit de la fondation de Bouilland, toujours est-il qu'on le trouve mentionné au Xème siècle."
L'église Saint-Martin dresse son clocher du XIIe siècle face aux falaises. Sa flèche du XVe siècle guide les visiteurs vers ce patrimoine classé comparable aux plus grands sites. Aucun château ne subsiste, mais l'évolution du refuge médiéval vers le village rural se lit dans chaque pierre.
Immersion dans la "petite Suisse bourguignonne"
Randonnées sous les falaises subalpines
Les sentiers partent du village vers les ruines de l'abbaye, distante d'un kilomètre. La flore subalpine colonise les fissures calcaires : espèces rares adaptées à l'altitude et à la roche. Comme l'observe Bernard Russo, photographe : "Les falaises qui dominent Bouilland renferment une flore subalpine."
L'obélisque aux victimes, orné de sa palme sculptée, marque un point de vue exceptionnel. La ferme des Buttes offre un panorama sur la vallée verdoyante. Ces falaises spectaculaires attirent bien moins de monde que les sites voisins, garantissant tranquillité et authenticité.
Gastronomie du terroir bourguignon
Les truites du Rhoin nagent dans les eaux vives qui traversent le village. Les bistrots locaux proposent bœuf bourguignon et fromages artisanaux pour 20 à 30 €. Les vignobles de Vergy AOC s'étendent à proximité, prolongement des paysages classés UNESCO.
L'artisanat forestier perdure avec les cabottes de vignerons, ces abris de pierre sèche parsemés dans les vignes. L'atmosphère monastique et l'accueil rural discret caractérisent cette Bourgogne préservée.
242 habitants, zéro foule : le contraste ultime
Beaune attire des centaines de milliers de visiteurs annuels. Bouilland en reçoit 90% de moins avec ses 242 résidents permanents. La population croît discrètement : +15,24% depuis 2016, signe d'une attractivité mesurée.
Les gîtes affichent 50 à 70 € la nuit, les chambres d'hôtes 80 à 110 €. Ces tarifs restent 15% inférieurs à la moyenne nationale. Le printemps et l'automne offrent les meilleures conditions : températures de 8 à 17°C et flore subalpine éclatante.
Le TGV Paris-Beaune en 2h15 puis 20 minutes de route suffisent. Cette densité patrimoniale dans un si petit territoire fascine les connaisseurs d'architecture religieuse.
Vos questions sur Bouilland, Côte-d'Or, Bourgogne-Franche-Comté, France répondues
Comment rejoindre Bouilland depuis Paris ?
TGV Paris-Beaune en 2h15 pour 50 à 80 €, puis taxi ou voiture de location pour 20 minutes via la D974. Coût total : 15 à 25 € de taxi. En voiture directe : 3h30 via l'A6, environ 60 € d'essence et 30 € de péage. L'aéroport de Dijon-Longvic se situe à 50 kilomètres.
Quelle est la meilleure saison pour visiter ?
Printemps et automne offrent les conditions optimales. Températures douces de 8 à 17°C, flore subalpine en fleur, sans la foule estivale. Le village reste paisible toute l'année avec moins de 300 visiteurs quotidiens estimés. L'hiver révèle l'architecture sous un autre jour.
Bouilland versus grands sites bourguignons : quels avantages ?
Patrimoine équivalent aux sites majeurs : abbaye classée, église du XIIe siècle, grottes paléolithiques. Mais 90% moins de touristes que Beaune ou Cluny. Prix inférieurs de 15 à 20% pour hébergement et restauration. Proximité des vignobles UNESCO et accès immédiat à la nature sauvage.
Le soleil décline derrière les falaises blanches, éclairant les pierres médiévales d'une lumière dorée. Dans la vallée, le Rhoin murmure entre les maisons de calcaire. Depuis 1098, ce secret bourguignon résiste au temps et aux foules.