Ce village d’Aveyron garde un clocher tors au-dessus de toits en carène

Le clocher se tord. Vraiment. Quand on arrive par la vallée du Lot et que Saint-Côme-d’Olt apparaît sur sa rive droite, c’est la première chose qui accroche l'œil: une flèche qui vrille au-dessus d’un vieux village rond, serré dans ses remparts.

Puis le regard descend, et ce sont les toits qui surprennent, bombés comme des coques de bateaux retournées. Ce village d’Aveyron, labellisé parmi Les Plus Beaux Villages de France, a gardé son Moyen Âge presque sans retouche, et il le montre sans faire semblant.

Un clocher qui vrille et des toits en coques de bateau: l’étrangeté qui frappe d’abord

L’église Saint-Côme-et-Saint-Damien porte l’un de ces clochers tors qu’on croise si rarement en France. Sa flèche tourne sur elle-même, et vous pouvez tourner autant que vous voulez autour de l’édifice: la torsion reste visible de partout, un peu provocante, comme si le village refusait de s’aligner. L’église est inscrite aux monuments historiques depuis 1927.

Autour, les maisons du bourg ancien se coiffent de ces fameux toits dits « en carène ». Le nom dit tout: la charpente gonfle comme la coque d’un navire mis à l’envers. Vus d’en haut, les toits du village forment un chapelet de courbes qui n’ont rien à voir avec les pentes raides des villages voisins.

C’est le détail qu’on retient. Vraiment.

Mon avis: venez tôt le matin. La lumière rase les toits, fait ressortir chaque gonflement de carène, et la flèche torse découpe net sur le ciel. À midi, tout ça s’aplatit.

600 ans sans toucher au plan circulaire: trois portes et des remparts intacts

Le bourg s’est construit en rond, resserré dans ses fortifications, et ce plan circulaire est resté tel quel depuis environ 600 ans. On y entre toujours par trois portes fortifiées, comme on le faisait au Moyen Âge. Peu de villages peuvent dire ça sans tricher un peu.

À l’intérieur de ce cercle, tout se visite à pied, lentement. Le manoir Renaissance des Sires de Calmont, élevé au XIIe siècle, dresse ses tours au milieu des ruelles. Le château de Castelnau, lui, remonte au XIIIe siècle et abrite aujourd’hui la mairie.

La Chapelle des Pénitents, ancien hospice de pèlerins, sert maintenant de lieu d’exposition. Quatre monuments historiques protégés au total, et un village qui n’a pas eu besoin de se reconstruire pour exister.

Je vous conseille de faire le tour des remparts avant de rentrer dans les ruelles. On comprend mieux la forme du village de l’extérieur, en longeant le mur, que de l’intérieur où tout s’entrelace.

Sur le chemin de Compostelle: la halte que les pèlerins du GR 65 connaissent par cœur

Saint-Côme-d’Olt se trouve directement sur le GR 65, la via Podiensis, la plus fréquentée des voies françaises vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Le village est même labellisé « Commune Halte », ce qui veut dire des services et un accueil pensés pour les marcheurs. Le sentier traverse la commune du nord-est au sud-ouest, entre le plateau de l’Aubrac et Estaing.

En saison, vous les verrez, bâtons à la main, sac léger, s’arrêter sous les portes fortifiées avant de repartir. Le village vit avec ce passage depuis des siècles, et ça se sent: l’accueil du marcheur fait partie de son caractère, pas de son marketing.

Le village est-il vraiment sur le chemin de Compostelle ?

Oui, sans détour. La via Podiensis passe par Saint-Côme-d’Olt, et le village est officiellement une étape du pèlerinage. Un tronçon commun des GR 6 et GR 65 traverse même la commune sur environ dix kilomètres.

C’est quoi exactement un toit « en carène » ?

Une charpente bombée qui évoque la coque d’un bateau renversé. Le village en compte plusieurs sur ses maisons anciennes, et c’est ce profil arrondi des toitures, vu depuis les hauteurs ou le belvédère du Calvaire, qui donne à Saint-Côme-d’Olt sa silhouette si singulière.

À 4 km d’Espalion: comment venir, et pourquoi fin mai change tout

Le village se niche dans le quart nord-est de l’Aveyron, en Occitanie, aux portes du Parc naturel régional de l’Aubrac. Comptez 4 km depuis Espalion, 19 km depuis Laguiole. La base idéale, c’est Espalion: vous y dormez, vous montez à Saint-Côme le matin, et vous prolongez par le plateau pour le couteau de Laguiole, l’aligot et les vaches Aubrac.

Pour la saison, le printemps et l’été s’imposent, avec un moment à part: la fête de la Transhumance, chaque année fin mai. Elle marque la montée des troupeaux vers l’Aubrac, une tradition inscrite au patrimoine de l’UNESCO, et le village s’en donne à cœur joie. Aux derniers comptages, 1 449 habitants vivent ici à l’année: le village reste un lieu habité, pas un décor figé.

Un dernier conseil: montez au belvédère du Calvaire, au sommet du Puech de Levade. De là-haut, le plan circulaire se lit d’un coup d'œil, les toits en carène se suivent en rond, et la flèche torse monte au milieu comme le pivot de l’ensemble. C’est la photo que vous rapporterez.

Le Lot coule au pied du village, les pèlerins passent, et le clocher continue de vriller au-dessus des coques de bateau. Six cents ans n’y ont rien changé.