Ce village de 189 habitants doit sa beauté à un architecte qui a sauvé son château en ruine

On ne vient pas à Belcastel pour cocher une case. On y descend, littéralement, parce que la route plonge vers l’Aveyron et que le village apparaît d’un coup, empilé sur sa pente, les toits de lauze serrés autour d’une masse de pierre plus haute que tout le reste. Le bruit de la rivière remplace celui du moteur.

Et puis on lève les yeux.

La ruine que personne ne voulait, et l’architecte qui l’a achetée quand même

Le château dominait le village depuis sa falaise, éventré, envahi, sans toit. Un tas de cailloux avec une vue. Dans les années 1970, l’architecte Fernand Pouillon l’achète et décide de le relever, pierre par pierre.

C’est ce chantier qui a redonné au village entier sa silhouette. Quand la forteresse a retrouvé ses murs et ses toitures, les maisons en contrebas ont cessé de ressembler à une nature morte, et Belcastel est redevenu un village qu’on regarde. Vous ne trouverez pas beaucoup d’endroits en France où l’on peut dire, aussi précisément, qui a sauvé le décor.

189 habitants, et une forteresse qui accueille des expositions

Ils sont 189 à vivre ici à l’année. C’est peu. Le château, lui, n’est pas devenu un musée figé: il se visite au titre de ses expositions, et cette manière de faire respirer un monument plutôt que de le mettre sous cloche change complètement l’ambiance d’une visite.

Le reste se parcourt à pied, forcément, parce que les ruelles montent et que la pierre y est partout, sur les façades comme sous les semelles. En bas coule l’Aveyron, franchi par un pont du XVe siècle qui reste le meilleur poste d’observation du village. C’est de là que la photo se fait toute seule, le château en haut, les toits qui dévalent, l’eau devant.

Peut-on visiter le château toute l’année ?

Il ouvre au titre de ses expositions, ce qui veut dire que le calendrier suit la programmation et non un horaire fixe de monument. Vérifiez auprès du village avant de partir, surtout si le château est la raison principale de votre venue.

Faut-il de bonnes chaussures ?

Oui. Belcastel est un village en pente, tout se fait à pied sur de la pierre, souvent inégale. Rien d’héroïque, mais oubliez les semelles lisses et les poussettes fines.

Entre Rodez et Villefranche-de-Rouergue, l’arrêt qu’on ne prévoit pas

Belcastel se trouve dans l'Aveyron, en Occitanie, posé sur la rivière du même nom, entre Rodez et Villefranche-de-Rouergue. Autrement dit, sur un axe que beaucoup de gens empruntent sans savoir ce qu’il y a en bas de l’embranchement.

C’est ce qui en fait une halte redoutablement efficace: quelques heures suffisent pour le pont, les ruelles et le château, et vous repartez avec l’impression d’avoir vu autre chose qu’une aire d’autoroute. Le village fait partie des Plus Beaux Villages de France, ce qui signifie aussi qu’en pleine saison, vous ne serez pas seul sur le pont.

Pour qui c’est vraiment fait

Pour ceux qui aiment les villages qu’on traverse lentement et les histoires de sauvetage. Si vous cherchez des terrasses animées jusqu’à minuit et une liste d’activités, passez votre chemin. Ici, l’événement de la journée, c’est la lumière qui descend sur la pierre en fin d’après-midi et le bruit de l’eau sous le pont.

Un village de 189 habitants n’a pas les moyens de s’offrir un tel château. Il en a hérité d’un homme qui a vu, dans un tas de ruines, autre chose qu’un tas de ruines. Le reste du village a suivi.