Ce lac de 25 hectares reste gelé 6 mois par an – seuls 70 lacs l'entourent

À 2 192 mètres d'altitude, le silence ne se brise que par le vent qui ride l'eau turquoise du lac d'Aumar. Ce joyau glaciaire de 25 hectares reste gelé six mois par an, ignoré des foules qui envahissent Gavarnie. Pourtant, il trône au cœur de la plus forte concentration de lacs d'Europe : plus de 70 miroirs d'altitude éparpillés dans une réserve naturelle où les pins à crochets battent des records de hauteur. Séparé de son jumeau, le lac d'Aubert, par une langue de terre de 200 mètres seulement.

Un archipel de 70 lacs glaciaires sculpté par les glaciers quaternaires

Le parking du lac d'Orédon grouille d'activité dès 9h30. La navette obligatoire serpente entre les pins à crochets centenaires, la plus haute forêt de cette espèce en Europe. Ces arbres tordus par le vent colonisent les pentes jusqu'à des altitudes record.

Deux cents mètres après le lac d'Aubert, l'Aumar apparaît. Vingt-quatre mètres de profondeur maximale dans un cirque de granite poli par les glaciers quaternaires. Le bassin versant de 209,8 hectares culmine à 2 663 mètres, dominant un paysage lunaire de moraines et pelouses d'altitude.

Le GR10 longe la rive sud, désert hors haute saison. Autour, les Laquettes et le lac de Cap de Long ponctuent ce sanctuaire glaciaire de 2 313 hectares protégés depuis 1936.

Six mois de gel et des eaux qui changent de couleur chaque heure

Un lac dimictique aux eaux turquoise changeantes

L'Aumar brasse ses eaux deux fois par an, au printemps et à l'automne. Six mois de gel transforment le lac en miroir de glace de novembre à avril. Le dégel révèle des eaux d'un turquoise laiteux, chargées de particules glaciaires en suspension.

La couleur varie selon la lumière. Vert émeraude au soleil de midi. Bleu cobalt sous les nuages. Argent au crépuscule. Comme l'explique un responsable du suivi EDF : "Le Lac d'Aumar est un lac dimictique, formé par retrait glaciaire. Durée du gel : 6 mois."

Des pins à crochets qui défient l'altitude européenne

Les pins à crochets forment des sculptures naturelles, leurs troncs tordus par des décennies de tempêtes. Entre les arbres, tourbières et zones humides abritent une flore arctique-alpine. Drosera carnivore, androsace des Pyrénées, saxifrages rares prospèrent dans ce milieu protégé.

Le laboratoire de biologie d'Orédon, fondé en 1922, a étudié ces écosystèmes pendant un siècle. Cette recherche a contribué à la création de la réserve naturelle, bien avant le Parc national des Pyrénées.

Vidéo du jour

De l'hydroélectricité du XIXe siècle à la réserve naturelle de 1936

Les barrages EDF et le canal de la Neste

En 1864, le projet d'augmenter le débit du canal de la Neste déclenche l'aménagement hydraulique du Néouvielle. Les travaux sur le lac d'Orédon entre 1869 et 1884 ajoutent 17 mètres de hauteur au barrage naturel. Volume final : 7,27 millions de mètres cubes.

Ces chantiers transforment les sentiers de bergers en voies carrossables. Après 1945, la centrale hydroélectrique de Pragnères exploite ces réservoirs d'altitude. Aujourd'hui, EDF suit l'Aumar comme "lac sentinelle" pour mesurer température, oxygène et gel.

Une réserve naturelle créée avant le Parc national

En 1936, la Société d'acclimatation crée la réserve du Néouvielle. Officialisée par décret en 1968, elle précède la création du Parc national des Pyrénées qui la gère désormais. Règles strictes : chiens interdits, silence obligatoire, camping réglementé.

Cette protection précoce a préservé l'intégrité des 70 lacs et de leur biodiversité unique. Comme le souligne Pyrénées Passion : "Il se situe au cœur de la Réserve Naturelle du Néouvielle, réputée pour sa concentration exceptionnelle de lacs de haute montagne — plus de soixante-dix !"

À 30% moins cher que les Alpes, et 50% moins de monde qu'à Gavarnie

Hébergement et accès depuis Saint-Lary-Soulan

Saint-Lary-Soulan et ses 4 800 habitants offrent hébergements à prix doux. Camping et gîtes 30-50 € la nuit, hôtels 70-100 €, chalets luxe 150-250 €. Soit 20 à 30% sous la moyenne montagne française.

Accès depuis Paris : 850 kilomètres en 9-10 heures de route. Train Paris-Tarbes 100-200 € l'aller-retour, puis bus vers Saint-Lary. Parking Orédon 5-10 € par jour, navette 5 € environ.

Gastronomie de vallée d'Aure : truite, garbure et fromage de brebis

Repas moyen 20-30 € dans la vallée d'Aure. Truite locale du lac, garbure traditionnelle, fromage de brebis type tomme. Spécialités : azinat montagnard, brochettes pyrénéennes 15 €, vins Madiran du Gers voisin.

Fêtes traditionnelles mi-août à Saint-Lary : transhumance, pastorale, artisanat pyrénéen. Coutellerie locale et bois sculpté perpétuent les savoir-faire montagnards.

Juin-septembre : la fenêtre où le lac révèle toute sa beauté

Meilleure période : juin à septembre. Accès facile, eaux turquoise, températures 5-15 °C selon l'altitude. Éviter juillet-août si possible : navette saturée, GR10 bondé. Juin et septembre offrent plus de solitude dans ce sanctuaire glaciaire.

Timing optimal : arrivée 9h30 première navette, retour 16h pour la lumière rasante. Automne magique : forêt de pins dorée, silence absolu, risque de neige précoce. Hiver totalement fermé, six mois de gel complet.

Vos Questions sur le lac d'Aumar, Hautes-Pyrénées, répondues

Peut-on se baigner dans le lac d'Aumar ?

Non, la réserve naturelle du Néouvielle interdit la baignade pour préserver la qualité de l'eau. EDF suit ce lac comme "sentinelle climatique" avec des capteurs au fond. L'eau glaciale 5-10 °C en été et la profondeur 24 mètres rendent toute baignade dangereuse.

Comment éviter la foule sur le GR10 vers l'Aumar ?

Partir avant 9h30 ou après 15h. Privilégier juin et septembre plutôt que juillet-août : 50% moins de randonneurs. Longer la rive sud du lac plutôt que le sentier direct depuis Aubert. Éviter absolument les week-ends de haute saison estivale.

L'Aumar est-il comparable aux lacs alpins suisses ?

Visuellement oui : eaux turquoise, cirques glaciaires, altitude 2 000-2 500 mètres rappellent l'Oeschinensee suisse. Mais densité unique : 70 lacs en périmètre restreint, record européen probable. Prix 30% inférieurs aux Alpes, foule divisée par trois. Culturellement pyrénéen : pastoralisme, garbure versus fondue alpine.

Au crépuscule, le Pic de Néouvielle projette son ombre sur l'Aumar immobile. Les pins à crochets se découpent en ombres chinoises. Le vent tombe. Dans six heures, le lac sera désert à nouveau, gardien d'un secret que même les Pyrénées jalousent.