À égale distance du pôle Nord et de l’équateur, ce village corrézien dresse ses trois châteaux
Sur la crête, le vent arrive des deux côtés à la fois. En contrebas, deux vallées se perdent dans les prairies du sud corrézien, et là-haut, une silhouette de tours et de clochers se découpe comme si le Moyen Âge n’avait jamais rangé ses affaires. On est à Curemonte, et le village a une particularité géographique qui prête à sourire: le 45e parallèle nord le traverse, ce qui le place à égale distance du pôle Nord et de l’équateur, environ 5 000 km dans chaque direction.
La moitié du monde d’un côté, la moitié de l’autre. Et au milieu, trois châteaux.
Trois châteaux, trois églises, et seulement 219 habitants pour les garder
Le compte est simple, et il intrigue. Curemonte compte 219 habitants aux derniers comptages de l’Insee, et trois châteaux se dressent sur sa crête: le château des Plas, le château de Saint-Hilaire et le château de la Johannie. Trois seigneuries, sur un promontoire qui domine les vallées de la Sourdoire et du Maumont de plus de soixante mètres.
De quoi surveiller sérieusement le pays.
Le village y gagne son surnom: le « village des trois ». Car aux trois châteaux répondent trois églises, réparties entre le bourg et les hameaux alentour. Maisons nobles, halle ancienne, toitures qui s’étagent le long de la ligne de crête: l’ensemble est resté remarquablement intact, et Curemonte figure au label des Plus Beaux Villages de France.
Vous marchez dix minutes, vous avez tout vu. Vous y restez une heure, vous n’avez rien vu.
Attesté dès 860: mille ans d’histoire, et une écrivaine en 1940
Le nom de Curemonte appara��t dans les textes dès 860. C’est au XIe siècle que le village prend son essor, en passant dans la mouvance des vicomtes de Turenne, cette puissante famille qui régnait alors sur une bonne part de la région. La crête se hérisse de pierre, et elle ne changera plus beaucoup.
De cette époque date le plus ancien trésor du village: l’église Saint-Hilaire de la Combe, un édifice roman du XIe siècle, l’une des plus vieilles églises du département, probablement bâtie sur des fondations mérovingiennes. Elle est classée monument historique, tout comme l’église Saint-Barthélemy du bourg, inscrite, et celle de Saint-Genest, ancienne paroisse devenue musée d’art religieux.
L’histoire récente a son personnage, et il est inattendu. En 1940, Colette s’installe à Curemonte, fuyant un Paris occupé. C’est ici, face aux deux vallées, qu’elle écrit le début de son Journal à rebours.
Le village a aussi servi de décor au cinéma, notamment pour L’orange de Noël, tourné en grande partie sur place et au château. La crête fait visiblement bonne figure à l’écran.
Le Lou Pé dé Gril, c’est quoi au juste ?
Un apéritif fait de fleurs de pissenlit. Au mois d’avril, on récolte les pissenlits sauvages dans un lieu-dit de la commune, on les met à fermenter, et le tout suit un vrai travail de chai. Le résultat porte un nom occitan, Lou Pé dé Gril, littéralement « le pied de grillon », et affiche un côté floral très marqué adouci d’une pointe de douceur.
La commune produit aussi des pâtisseries à la noix, des confitures et des sirops.
À la frontière du Lot: quand monter sur la crête
Curemonte se niche, non, se plante fièrement à l’extrémité sud de la Corrèze, dans l’arrondissement de Brive-la-Gaillarde, tout près du Lot. Brive est la porte d’entrée la plus pratique pour rejoindre ce coin de campagne où le département bascule vers le nord quercynois.
La bonne fenêtre s’étend du printemps à l’automne. Avril a le charme de la récolte des pissenlits, l’été celui des pierres chaudes et des vues dégagées jusqu’au loin, l’automne celui des prairies qui dorment. Prévoyez la balade sans vous presser: le village se parcourt à pied, lentement, en levant le nez sur les tours.
C’est fait pour les amoureux de patrimoine médiéval, de photographie, et de ces endroits où le silence a de l’épaisseur.
Si vous passez par là un matin de brume, la crête émerge de la vallée comme une île. Trois châteaux, trois clochers, et deux cents âmes qui veillent dessus depuis mille ans. Le 45e parallèle a bon goût.