« On nous appelle les grenouilles » : ce village béarnais doit son surnom à ses 48 km de ruisseaux
Ici, on entend l’eau avant de la voir. Un ruisseau fredonne derrière un pré, un autre longe la route, un troisième coupe un hameau entre deux granges. À Aramits, dans la vallée béarnaise de Barétous, l’eau est partout, au point d’avoir collé un surnom aux habitants.
On les appelait les grenouilles.
Le village se tient au piémont des Pyrénées, dans une cuvette de prairies et de bois que les cartes montrent striée de lignes bleues. Vous ne verrez pas de grand lac ni de rivière majestueuse: plutôt un maillage obstiné de petits cours d’eau, de rigoles, de zones humides. C’est justement ça, le personnage.
48 km de cours d’eau: le réseau qui a valu son surnom aux habitants
La commune compte 48 kilomètres de réseau hydrographique, un chiffre étonnant pour un territoire rural de cette taille. Le Joos, le Vert, la Mielle, le Littos, le Bitole y coulent, rejoints par une ribambelle de petits arrecs aux noms qui chantent: Arrec Bugalaran, Arrec Dragon, Arriou de Soulou.
Le Joos prend sa source plus au sud, traverse le village et file rejoindre le gave d’Oloron. Le Bitole, lui, se jette dans le Vert sur le territoire même de la commune. L’eau se croise, se recroise, s’attarde dans les fonds humides.
Les anciens n’ont pas cherché de métaphore compliquée: les gens des marécages, c’étaient des grenouilles.
Le surnom est resté. Venez un soir de juin, quand les prairies fument un peu après la pluie, et vous comprendrez d’où il vient. Le concert monte des fossés tout seul.
Un nom attesté en 1270 qui veut dire « lieu des vallées »
Le village apparaît sous la forme Aramiçs dès 1270, dans les titres de la vallée d’Ossau. Pour la toponymiste Brigitte Jobbé-Duval, le nom vient du basque aran, la vallée, associé au suffixe collectif -itz: « lieu des vallées », ou tout simplement « confluent ». Difficile de rêver meilleure étiquette pour un village où les ruisseaux se rejoignent sans arrêt.
Aramits s’adosse à un relief doux mais réel: le sommet de Souek culmine à 623 mètres, le Soum d’Unars à 604. Autour, les forêts et les milieux naturels couvrent plus de la moitié de la commune. Il pleut souvent ici, en toutes saisons, comme dans toutes les Pyrénées atlantiques.
C’est ce qui fait ce vert intense, ces prairies grasses, ces marais. Et ces grenouilles, donc.
Mon conseil: ne cherchez pas un monument spectaculaire, il n’y en a pas. Le spectacle, c’est ce mariage de l’eau et du pré, un paysage de bocage de montagne que la vallée de Barétous a gardé presque intact.
Peut-on venir à Aramits sans voiture ?
Oui, et c’est une bonne surprise pour un village de montagne. La ligne de bus 848 du réseau interurbain des Pyrénées-Atlantiques, qui relie Oloron-Sainte-Marie à la station de la Pierre-Saint-Martin, s’arrête dans le village. En voiture, la RD 919 mène directement à Oloron.
À 14 km d’Oloron-Sainte-Marie: le camp de base discret de la Barétous
Le village se situe à 14 kilomètres d’Oloron-Sainte-Marie et 47 par la route de Pau. Il compte 659 habitants aux derniers comptages de l’Insee, répartis en habitat dispersé: des fermes, des hameaux, des maisons béarnaises éparses entre les prés plutôt qu’un bourg compact.
C’est un camp de base, pas une destination-événement. L’hiver, la station de ski de la Pierre-Saint-Martin se tient à une vingtaine de kilomètres. Au printemps et en été, la vallée de Barétous devient un terrain de randonnée tranquille, loin des sentiers saturés de la haute montagne.
Quelle saison choisir pour y aller ?
Tout dépend de ce que vous cherchez. Mai à septembre pour la randonnée et les prairies en fleur, l’hiver si vous combinez le séjour avec le ski. Les soirs d’été, après une averse, restent le meilleur moment pour entendre le village raconter son surnom.
Aramits ne joue pas la carte de la carte postale. Il vit bas, au ras de l’eau, entre les haies et les ruisseaux. Le soir tombe sur les prés, le Vert murmure sous le pont, et les grenouilles reprennent leur refrain, comme elles le font depuis que le village porte leur nom.