Ce village normand de 756 habitants a vu passer deux rois d'Angleterre, et son histoire fascine encore

Des colombages, des toits de tuile rose, une halle où la lumière filtre entre les poutres anciennes. Lyons-la-Forêt déroule ses ruelles comme un décor que le temps aurait oublié de démonter. On vient ici pour l’ombre de la grande forêt et le calme d’une place de village.

On repart avec une histoire de rois. Deux rois d’Angleterre, pour être précis.

Le village compte 756 habitants au dernier recensement de l’Insee. Peu de communes de cette taille peuvent raconter qu’un souverain anglais est mort entre leurs murs, et qu’un second y a célébré Noël en monarque triomphant. C’est pourtant exactement ce qui s’est passé ici, dans le Vexin normand.

1135: un roi d’Angleterre meurt dans ce village de l’Eure

L’histoire commence tôt. Dès 936, les textes mentionnent une résidence ducale à Lyons. Au milieu du XIe siècle, une forteresse s’y dresse, avec quatre grosses tours et quatre portes, chacune gardée par un seigneur différent.

Le village s’appelle alors Saint-Denis-en-Lyons.

En 1135, Henri Ier Beauclerc, roi d’Angleterre et duc de Normandie, meurt au château. Un souverain qui s’éteint loin de Londres, dans un village normand entouré de bois. La scène suffit à elle seule.

Puis vient 1189. Richard Cœur de Lion, tout juste couronné, tient à Lyons sa première cour de Noël. Il reviendra à plusieurs reprises après sa captivité, jusqu’à sa mort en 1199.

Deux rois, deux dates, un village minuscule. Je n’ai trouvé aucune commune normande de cette taille avec un tel pedigree.

11 000 hectares de forêt: le vrai palais des rois de France

Le 1er juillet 1202, Philippe Auguste prend Lyons. Le village devient français, et la suite ressemble à un défilé: trois séjours attestés de Philippe Auguste, quatre de saint Louis, dix de Philippe le Bel. Passionnés de chasse, les rois capétiens considèrent la forêt de Lyons comme l’une des plus belles du royaume.

Cette forêt existe toujours. La forêt domaniale couvre environ 11 000 hectares, et le village se tient presque en son centre, au point de lui avoir donné son nom et celui de toute la région, le pays de Lyons. Vous marchez littéralement sur les chemins de chasse des Capétiens.

C’est ça, le vrai monument du village: pas une pierre, un océan d’arbres.

Que reste-t-il du château des ducs de Normandie ?

Presque rien, et mieux vaut le savoir avant de venir. Les Anglais s’emparent de Lyons en 1419, pendant la guerre de Cent Ans, puis démantèlent le château en 1436. La forteresse royale a disparu.

Une trace tangible subsiste pourtant: l’ancien hôtel de la Maréchaussée s’appuie encore sur la porte du château du XIIe siècle et conserve des vestiges du rempart. C’est peu. Mais quand on sait ce que ces pierres ont vu, c’est bouleversant.

Halles du XVIIe siècle et église en damier: le village d’aujourd’hui

Le château a disparu, le village a tout gardé. Les halles, inscrites Monument Historique en 1927, datent du XVIIe siècle et ont été restaurées en 1776 par le dernier seigneur de Lyons, le duc de Penthièvre. L’église Saint-Denis, elle, mêle les XIIe, XVe et XVIe siècles, avec une façade et une nef en damier de grès et de silex.

Le cloître d’un couvent fondé en 1624 complète la visite.

Autour, les maisons à colombages font le reste. Le village est labellisé parmi Les Plus Beaux Villages de France et détient quatre fleurs au concours des Villes et Villages Fleuris depuis 2017. Pour une fois, les labels ne mentent pas.

Quelle saison choisir pour visiter Lyons-la-Forêt ?

Aucune fermeture saisonnière ne rythme le village: les ruelles et la forêt restent ouvertes toute l’année. L’été, le couvert des arbres garde la fraîcheur sur les chemins. À l’automne, la forêt change de couleur et le village se vide.

Le village se situe à l’extrême nord-est du d��partement de l’Eure, dans le Vexin normand. Comptez une journée: la matinée pour le village et ses halles, l’après-midi pour la forêt. Si vous aimez les lieux où l’histoire se lit sans panneau ni audioguide, vous êtes au bon endroit.

Sous la halle, la lumière traverse toujours les mêmes poutres. Les rois sont partis depuis huit cents ans. Le village, lui, n’a jamais bougé.