Un lac de 48 km² où 268 120 grues se rassemblent : pourquoi novembre est le mois à ne pas manquer
268 120 grues cendrées. Le 3 novembre 2019, les bénévoles de la LPO ont compté ce record absolu sur les rives du lac du Der-Chantecoq. Entre 200 000 et 350 000 transitent chaque année. Personne ne s’y attend à deux heures de Paris.
48 km² artificiels : le plus grand lac de France métropolitaine n’a pas été fait pour les oiseaux
Le lac du Der-Chantecoq s’étend sur 48 km² à la limite de la Marne et de la Haute-Marne. Sa capacité nominale atteint 350 millions de m³. Il est le plus grand lac artificiel de France métropolitaine en superficie.
Conçu pour protéger Paris des inondations après les crues de 1910 et 1924, il régule le débit de la Marne. Les 20,3 km de digues entourent un plan d’eau peu profond : 18 m au maximum, quatre à sept mètres en moyenne. Trois villages ont été engloutis pour sa construction entre 1967 et 1974 : Chantecoq, Champaubert-aux-Bois et Nuisement-aux-Bois.
De nos jours, il ne reste de ces communes que l’église de Champaubert, aujourd’hui sur la presqu’île du même nom. La mairie-école, l’église et son cimetière, la maison du forgeron et un pigeonnier de Nuisement-aux-Bois ont été reconstruits au Village Musée du Der à Sainte-Marie-du-Lac-Nuisement.
Pourquoi novembre 2019 a battu tous les records européens
Le 3 novembre 2019, les conditions météorologiques ont bloqué la migration au sud. Les grues cendrées se sont amassées sur le lac. 268 120 ont été comptabilisées au départ des dortoirs. C’est le record absolu pour une espèce européenne.
Ce chiffre dépasse l’ancien record du site, 206 582 grues le 11 novembre 2014. Il place le lac du Der au 1er rang européen et 10e mondial pour l’observation de cette espèce. Le 30 octobre 2019, déjà, 194 720 grues s’étaient rassemblées alors que la météo se dégradait.
Entre 20 000 et 30 000 grues hivernent sur place. Les autres repartent. Le spectacle des vols au lever et au coucher du soleil, quand les oiseaux quittent ou rejoignent les dortoirs, dure des heures.
200 espèces d’oiseaux et une eau qui disparaît chaque été
Le site compte plus de 200 espèces d’oiseaux. Outre les grues, on y observe le pygargue à queue blanche, la grande aigrette, le grèbe huppé, la sterne pierregarin. 45 espèces de libellules, 40 mammifères, 20 amphibiens et plus de 200 espèces de végétaux complètent ce catalogue.
L’hydrologie du lac suit un rythme contraire aux saisons touristiques. Il se remplit du 1er novembre au 30 juin, puis se vidange du 1er juillet au 31 octobre pour le soutien d’étiage de la Marne et de la Blaise. Le 1er novembre, il ne reste que la tranche morte nécessaire aux poissons. Les vasières alors découvertes attirent les limicoles.
Les deux bassins nautiques, séparés des digues principales, restent pleins même pendant la vidange. La pêche à la carpe, notamment les carpes miroir et cuir, donne au lac une renommée européenne. On y trouve 15 espèces de poissons blancs et 9 espèces de poissons carnassiers.
Comment y aller et quand y aller
Le lac est à 10 km de Saint-Dizier et Montier-en-Der, 20 km de Vitry-le-François, 100 km de Reims et 190 km de Paris. Les villages de Giffaumont-Champaubert au sud et Sainte-Marie-du-Lac-Nuisement au nord servent d’accès.
Octobre à mars pour les grues cendrées. Novembre concentre les pics de migration. Juillet à octobre pour la baignade et les sports nautiques, mais le lac principal est alors vidangé : seuls les deux bassins nautiques restent pleins. Les observatoires de Chantecoq et Champaubert, ainsi que ceux des étangs voisins, facilitent l’observation de l’avifaune.
Peut-on observer les grues sans équipement spécialisé ?
Oui. Les observatoires construits sur les sites de Chantecoq et Champaubert sont accessibles au public. Les bénévoles de la LPO mènent les comptages matin et soir. Le spectacle des vols au lever et au coucher du soleil est visible à l'œil nu, bien que des jumelles améliorent l’expérience.
Le lac est-il accessible en transport en commun ?
Non directement. Le lac se situe en zone rurale du Perthois. L’accès se fait par voiture depuis Saint-Dizier ou Vitry-le-François. Les pistes cyclables des abords, utilisées par 65 000 personnes en 2005, offrent une alternative pour les derniers kilomètres.
En 2005, le lac a attiré 1 100 000 touristes. C’en était la deuxième destination touristique de la Marne, après Reims. 70 000 personnes avaient visité les plages cette même année. Plus de 70 % des vacanciers étaient français, 24 % de Lorraine. Les Belges, Britanniques et Néerlandais formaient le peloton des visiteurs étrangers.
Le 7 mai 2013, le lac s’est rempli de manière exceptionnelle. À 8 h, le volume d’eau absorbable a atteint 361,94 millions de m³ sur les 364,50 millions maximum. Le prélèvement a été arrêté à 23 h. Le lac faillit déborder.
Les grues reviennent chaque automne. Les digues tiennent. L’eau monte et descend selon les besoins de Paris. 268 120 oiseaux un soir de novembre, et le silence après leur départ.