Saint-Remy-en-Bouzemont : 45 caractères et le panneau de village le plus photographié de France
Dix syllabes à enchaîner d’un trait. Le panneau blanc à l’entrée du village aligne ses quarante-cinq caractères sans respirer, et c’est là que tout commence. Les voitures ralentissent, certaines s’arrêtent, quelqu’un sort pour la photo.
Saint-Remy-en-Bouzemont-Saint-Genest-et-Isson, dans la Marne, détient le toponyme de commune le plus long de France. Personne ne sait vraiment combien de voyageurs ont posé devant le panneau. Les Bouzemontois, eux, ont arrêté de compter.
45 caractères, 38 lettres, et trois villages fondus en un seul nom
Tout part d’une fusion décidée en 1836. À cette date, trois communes voisines, Saint-Remy-en-Bouzemont, Saint-Genest et Isson,acceptent de n’en former plus qu’une. La nouvelle entité hérite d’un nom à rallonge qui fait déjà sourire les administratifs et que la poste doit apprivoiser à chaque recommandé.
Le panneau d’entrée résume l’affaire. Trente-huit lettres utiles, sept traits d’union, et l’obligation administrative de cocher une case plus large que d’habitude sur les formulaires. Le village voisin de Saint-Germain-de-Tallevende-la-Lande-Vaumont partage presque le même nombre de lettres.
Mais ici, on a poussé l’exercice jusqu’à nommer trois saints et deux lieudits dans la même appellation. Aucune autre commune française ne dépasse ce nombre de caractères, traits d’union compris.
470 habitants, 733 hectares de forêt et trois hameaux à suivre
Au dernier recensement, 470 personnes vivent ici, sur un territoire d’un peu plus de 22 km². La densité reste très basse, autour de 22 habitants au km²,typique de cette Champagne humide où les villages s’espacent dans le bocage. Le finage s’étire du nord au sud, le long de l’Isson, ce petit affluent de la Marne long de 20 km qui draine cinq étangs.
Sur ces terres d’argile et d’alluvions, la forêt tient une place à part. Le Bois des Usages, à lui seul, couvre 733 hectares de la commune. C’est lui qui donne au ciel sa couleur quand on roule entre les hameaux, et c’est lui qu’on devine à l’horizon quand on s’arrête devant l’un des étangs, Corrée, Norrois, Pichot, Chansons ou Roises.
Le panneau, les grues, et la Ferme aux grues d’Isson
Le panneau, c’est l’argument-photo. Viennent ensuite les églises à pans de bois, le calvaire d’Isson daté du XVIe siècle, le château de la Motte et son Musée champenois, et les maisons traditionnelles que le bocage a protégées des vagues de démolition. Le Lion d’Or,plus ancien café du département de la Marne, a tenu jusqu’en 2014,1740 pour sa première mention.
Mais le vrai rendez-vous du village, aujourd’hui, c’est l’observatoire aviaire. La Ferme aux grues, à Isson, accueille chaque automne les milliers de grues cendrées qui font halte avant de poursuivre vers le lac du Der-Chantecoq tout proche. On vient voir le ciel s’emplir d’un bruit de soufflets, et repartir la tête pleine d’une migration qu’on ne soupçonnerait pas à 14 km d’une sous-préfecture.
Comment y aller et quand y aller
Saint-Remy-en-Bouzemont-Saint-Genest-et-Isson se trouve à 14 km au sud-est de Vitry-le-François,dans le département de la Marne (51),au code postal 51290. On y vient depuis Châlons-en-Champagne par la route, en comptant largement plus d’une heure de petites départementales à travers le bocage.
La meilleure saison reste le printemps et le début d’automne. Au printemps, les étangs se remplissent et les chemins du bocage sont praticables. À l’automne, les grues cendrées transforment le ciel en un ballet qu’on ne voit nulle part ailleurs en France à cette échelle.
L’été reste agréable, mais le bocage se fait plus discret,et la chaleur de la plaine champenoise s’installe.
Faut-il prévoir une journée entière pour la visite ?
Deux à trois heures suffisent pour faire le tour des trois hameaux, photographier le panneau, longer les étangs et pousser la porte du Musée champenois au château de la Motte. Pour la Ferme aux grues,il faut venir en fin d’après-midi à l’automne, moment où les oiseaux se posent.
Peut-on dormir ou se restaurer sur place ?
Le village dispose d’un bureau de poste et d’un centre d’incendie et de secours, mais le plus ancien café du département a fermé ses portes en 2014. Pour la table et la nuit, mieux vaut viser Vitry-le-François ou les communes du lac du Der-Chantecoq, à quelques kilomètres.
Quand l’administration s’adapte au nom du village
Vivre dans la commune la plus nommée de France réserve quelques surprises administratives. La case du nom, sur les formulaires, déborde. Le cachet de la poste doit suivre une ligne en pointillé plus longue qu’ailleurs.
Le village de Bouzemont, lui,avait disparu dès 1793 sous le nom de La Fraternité,et Saint-Genest était devenu Blaiseval en 1794. Le retour au nom long date de 1836, et il a tenu depuis.
Chaque voyageur qui s’arrête devant le panneau prolonge un peu ce record de papier et de patience administrative. Les Bouzemontois n’ont pas prévu de le céder. Entre un calvaire du XVIe siècle et un bois de 733 hectares qui n’appartient qu’à eux,ils ont d’autres arguments.