Préservé du tourisme de masse, ce village étape de 1974 garde 36,37 km² de calme creusois

1 301 habitants. 36,37 km². Le barrage retient 57,3 millions de mètres cubes d'eau depuis 1926. Personne ne traverse Éguzon-Chantôme par hasard, il faut vouloir y aller.

La Creuse coule large ici, élargie par une retenue qui a noyé des prairies et des chemins. L'eau est calme, d'un vert profond qui change selon l'heure. En juin, le brouillard reste accroché aux rives jusqu'à 9h. En août, l'herbe jaunit sur les coteaux. C'est un climat d'été frais, 12,1 °C de moyenne annuelle, où la chaleur ne s'installe jamais vraiment.

1974, la fusion qui a fait un village étape

Éguzon et Chantôme existaient séparément jusqu'en 1974. Deux communes rurales, deux histoires, deux églises. La fusion a créé une entité de 36,37 km², avec un seul maire et deux noms sur le panneau d'entrée.

Le label Village étape est arrivé en 1998. Il désigne les communes où l'on s'arrête sur la route, pas où l'on arrive exprès. La preuve : l'autoroute A20 passe à 9 km, la gare d'Éguzon est sur la ligne Orléans-Montauban, et pourtant 1 301 habitants seulement vivent là en permanence. Les autres passent, prennent de l'essence, repartent.

Ce qui les retient parfois, c'est le lac. Le barrage d'Éguzon fait 58 mètres de haut. Derrière, l'eau s'étend sur plusieurs kilomètres, formant le lac de Chambon. La retenue a changé le paysage.

58 mètres de barrage et une colonie de chauves-souris que personne n'a vue

Le patrimoine naturel de la commune tient dans une donnée étrange : la seule colonie de reproduction connue en région Centre du Rhinolophe euryale, une chauve-souris à grandes oreilles. Elle vit dans la vallée de la Creuse, classée Natura 2000, où les falaises et les grottes offrent ce que le reste de la région a perdu.

On ne la voit pas. On ne l'entend pas. Les 934,4 mm de pluie annuelle moyenne, concentrés en automne et en hiver, rythment son hibernation. En été, elle chasse au-dessus du lac, invisible. Les trois zones naturelles d'intérêt écologique de la commune ne portent pas son nom sur les panneaux.

Le risque, ici, est ailleurs. Le barrage est de classe A, sujet à un plan de prévention des risques d'inondation. En 2020, un incident électrique au poste source du Champ de Roches a coupé le courant pendant plus de deux heures sur 270 000 foyers. La menace vient parfois de ce qui fait la force du lieu.

Comment y aller et quand partir

Depuis Châteauroux, 42 km de route départementale. Depuis Argenton-sur-Creuse, 17 km. La gare est desservie, l'autoroute proche. Pourtant l'accès reste rural : les routes D36, D45, D72 se croisent dans un paysage de prairies et de forêts qui occupe 26,8 % du territoire.

La saison idéale court de mai à juin. La pluviométrie est encore modérée, la végétation verte, les températures supportables. En juillet-août, la chaleur monte, 41 °C ont été relevés le 6 août 2003, mais l'été frais du climat océanique altéré limite l'accablement. L'automne et l'hiver apportent la pluie, 12,2 jours de précipitations en janvier.

Le lac offre des sentiers de randonnée, le GR 654 et le GR de pays du Val de Creuse traversent la commune, et des points de vue sur la retenue. Les vestiges du château du XIIe siècle, remaniés au XVe siècle et inscrits aux monuments historiques, dominent l'ancien village d'Éguzon.

Peut-on visiter le barrage ?

Le barrage d'Éguzon est une infrastructure active de production hydroélectrique. L'accès aux installations techniques n'est pas ouvert au public de manière régulière. Le site se contemple depuis les rives, les hauteurs, les sentiers qui le longent.

Y a-t-il des commerces et des logements sur place ?

Éguzon-Chantôme est une commune rurale à habitat dispersé, hors unité urbaine et hors attraction des villes. Les services sont limités : pas de grande surface, pas de chaîne hôtelière. Les hameaux, Argentières, Bousset, Chambon, Fressignes, l'Âge Laurent, la Braudière, la Couture, la Croix de Chambon, la Ferrière, la Feyte, la Gare, la Gigrasset, la Grenouillère, la Lande, la Nouzillère, Lavaud, le Bougazeau, le Pré Calé, les Jarriges, Messant, Peugueffier, Séjallas, portent des noms de terroir, pas de stations-service.

12,1 °C de moyenne et un record à −17,1 °C : le climat qui freine les foules

Le 6 février 2012, la température est tombée à −17,1 °C. C'est le même lieu qui atteint 41 °C en été. L'amplitude est celle du Centre de la France, loin des modérations océaniques pures. Les sols argileux, 82,6 % de la commune en aléa moyen ou fort, gonflent et se ressèchent. Les bâtiments en portent les traces.

Cette rudesse climatique explique le calme. Pas de station balnéaire, pas de résidence secondaire massive. Le lac de Chambon n'a pas la renommée du Bourget ni la couleur turquoise des lacs du Sud. L'eau est verte, profonde, opaque. Les plages sont rares, le tourisme reste discret.

Le monument aux morts de 1914-1918, inscrit en 2020, et les vestiges du château du XIIe siècle témoignent d'une histoire ancienne. Le Pont de Lavaud, site préhistorique parmi les trois plus anciens de France, remonte à une époque où la Creuse coulait déjà. Les Gaulois avaient un marché circulaire à Chantôme, le Canto-magus. Les mots ont changé, le paysage peu.

Éguzon-Chantôme se nomme Aguson e Chantòsma en occitan marchois, dialecte de transition avec le français du nord. C'est la limite nord de l'aire linguistique. Quelques kilomètres plus loin, on parle autrement. La commune marque une frontière invisible, linguistique, culturelle, comme le barrage en marque une autre, géographique, hydrologique.

Le matin, la brume se lève du lac. Les 1 301 habitants commencent leur journée. Les trains passent sans s'arrêter toujours. Le barrage continue de retenir 57,3 millions de mètres cubes. Les chauves-souris dorment dans leurs grottes. 36,37 km² de calme, ni plus ni moins.