Près de Serre-Ponçon, une centaine de colonnes coiffées surgissent au-dessus d’un village

Au-dessus des toits de Théus, le regard accroche d’abord une pente claire, puis des silhouettes minérales dressées dans le vallon. À quelques minutes de Serre-Ponçon, on vient ici pour voir une scène presque irréelle, surtout quand la lumière découpe chaque forme et laisse le village en contrebas.

Le bon moment, c’est justement quand l’air est net et que les belvédères restent accessibles. Vous n’avez pas besoin d’aimer la géologie pour être saisi, mais il faut accepter une chose, ce lieu se regarde autant qu’il se marche.

Au-dessus de Théus, la Salle de Bal aligne une centaine de colonnes

La promesse est là, tout de suite. Au-dessus du village, la « Salle de Bal » rassemble une centaine de Demoiselles Coiffées, serrées les unes contre les autres, comme une foule pétrifiée sur le flanc de la montagne.

Leur forme frappe immédiatement. Chaque colonne est faite de roches friables, avec au sommet un bloc plus résistant qui protège la partie juste dessous pendant que l’érosion grignote le reste. C’est simple à comprendre sur place.

Et très fort à voir.

Le site principal est inscrit depuis 1939, et on comprend vite pourquoi. Depuis les hauteurs, les colonnes n’ont rien d’un détail perdu dans le paysage, elles imposent une vraie présence, presque une mise en scène naturelle au-dessus de la vallée de la Durance.

Une pente, de l’eau, du temps, et soudain ces coiffes en équilibre

Ici, rien n’est lisse. Les Demoiselles Coiffées naissent dans des matériaux tendres déposés par les glaciers, un mélange de blocs, de graviers, de sables et d’argiles que l’eau attaque peu à peu sur les pentes.

Le détail qui change tout tient dans cette coiffe rocheuse. Là où un gros bloc couvre le sol, la matière en dessous résiste mieux, pendant qu’autour l’érosion pluviale et torrentielle creuse, emporte, déchausse. La colonne apparaît alors presque à rebours, comme si le paysage retirait tout sauf l’essentiel.

Je trouve ce mécanisme bien plus fascinant qu’une simple curiosité de bord de route. Vous voyez d’un coup le travail du relief, et vous voyez aussi sa fragilité, avec ces formes debout qui semblent solides alors qu’elles viennent justement d’un terrain friable.

La légende du vallon donne une autre lecture à ces silhouettes

Le lieu ne se contente pas d’être spectaculaire. La tradition locale raconte que des jeunes filles venues danser au Mardi Gras dans le vallon de Vallauria auraient été pétrifiées, condamnées à rester là pour une valse immobile dans cette fameuse Salle de Bal.

L’histoire a le mérite d’ajouter une seconde image à la première. Quand vous regardez ces colonnes de loin, certaines paraissent isolées, d’autres groupées, d’autres encore presque penchées comme si le mouvement avait été stoppé en plein élan. La légende tient bien au paysage.

Depuis la terrasse de la Salle de Bal, inaugurée en 2018, cette impression devient encore plus nette. On prend de la hauteur, on laisse les yeux aller de colonne en colonne, puis le décor s’ouvre derrière, avec la vallée et les reliefs qui élargissent la scène.

Depuis les belvédères, le vrai spectacle tient autant au regard qu’à la marche

Il faut lever les yeux. L’accès par les hauteurs change vraiment l’expérience, parce qu’on ne découvre pas seulement quelques colonnes, on lit l’ensemble, avec ses alignements, ses vides, ses ruptures de pente et ce fond de vallée qui remet l’échelle en place.

Deux belvédères permettent cette lecture d’ensemble, puis des circuits balisés prolongent l’approche à pied. C’est à mon sens la bonne façon d’entrer dans le site, d’abord l’effet panoramique, ensuite le sentier, pour sentir comment ces formes occupent le terrain au lieu de les consommer en un arrêt photo.

Si vous poursuivez un peu plus haut en voiture, le panorama s’ouvre encore davantage, jusqu’au Mont Colombis, 1734 m. Mais le cœur du sujet reste en contrebas, dans ce vallon où les colonnes semblent surgir d’un seul mouvement au-dessus du village.

Accès libre, 4 km de boucle, et une visite qui demande de bonnes conditions

On est dans les Hautes-Alpes, au-dessus de Théus, dans la vallée de la Durance. L’accès se fait par la route qui traverse le village, puis par la D53A jusqu’aux belvédères et aux parkings. Ensuite, la marche commence vraiment.

Le circuit annoncé le plus direct fait 1h30, avec +320 m. Ce n’est pas une promenade molle. Mieux vaut venir avec de bonnes chaussures et garder un peu de temps devant soi, parce que les points de vue donnent envie de s’arrêter souvent.

L’accès est libre toute l’année, sous réserve de conditions d’enneigement et d’une météo favorable. C’est la bonne nuance à garder en tête, le site se mérite un peu, et c’est aussi ce qui le protège d’une visite trop automatique.

Combien de temps dure la montée ?

La boucle de référence donnée sur place annonce 1h30 pour 4 km et +320 m. Sur ce terrain, mieux vaut prévoir davantage si vous comptez profiter des belvédères et prendre le temps de regarder le vallon.

C’est payant ?

Non, l’accès est libre. La seule vraie contrainte, c’est la météo, avec une ouverture toute l’année seulement si les conditions d’enneigement et de terrain restent favorables.

On repart avec une image très nette. Au-dessus du village, les colonnes restent là, coiffées, fragiles en apparence, obstinées dans la pente. Certaines vues s’oublient vite.

Pas celle-là.