Près d’Arles, cette zone humide protège 20 % des butors étoilés français

Le vent passe dans les roseaux, l’eau affleure puis se retire, et le regard accroche d’abord une ligne de marais avant de comprendre l’ampleur du lieu. Aux Marais du Vigueirat, près d’Arles, vous n’êtes pas devant un simple décor camarguais, mais dans une zone humide qui protège une part rare de la vie sauvage française.

On en parle maintenant pour une raison simple, le site change avec l’alternance d’hivers humides et d’étés plus secs, et cette respiration fait partie du spectacle. C’est aussi ce qui rend ce refuge si fort pour les oiseaux d’eau, au point d’abriter 20 % des effectifs français de butor étoilé, un chiffre qui donne tout de suite une autre dimension à la balade.

Près d’Arles, le refuge où le butor étoilé trouve encore de la place

Le fait le plus marquant est là. Dans cette zone humide située à proximité de Mas-Thibert, sur la commune d’Arles, le butor étoilé trouve un refuge majeur à l’échelle du pays. Vous venez peut-être pour une promenade de nature, mais il faut le dire nettement, l’intérêt du site dépasse largement la simple sortie du jour.

Ce poids vient d’un habitat très précis, la plus grande roselière protégée et non exploitée du littoral méditerranéen. Elle couvre environ 250 hectares et sert d’abri à des oiseaux d’eau dans un paysage qui alterne marais doux, marais salés, étangs, prairies humides et forêts inondées. Ici, le silence a une utilité.

Le lieu compte aussi parmi les grands espaces humides à préserver sur ce littoral. Ce n’est pas une formule vide, vous le sentez vite sur place, parce que l’espace reste ouvert, mouvant, traversé d’eau, de roseaux, de joncs et de lisières qui changent selon la saison.

3 500 espèces et plus de 310 oiseaux, mais le vrai choc est visuel

Les chiffres sont impressionnants, mais ils n’ont de sens que lorsqu’ils prennent corps devant vous. Plus de 3 500 espèces animales et végétales ont été recensées ici, avec plus de 310 espèces d’oiseaux, et pourtant le site ne donne jamais l’impression d’une collection rangée sous vitrine.

Ce que vous voyez d’abord, c’est une mosaïque. Un plan d’eau chargé de scirpes, des roseaux qui ferment l’horizon, des joncs dans les marais doux, puis plus loin la ligne des Alpilles en arrière-plan. À mon avis, c’est là que le lieu frappe le plus, dans cette sensation d’espace vivant plutôt que dans l’accumulation de noms d’espèces.

Les Marais du Vigueirat ne se résument d’ailleurs pas aux oiseaux. Mollusques, reptiles, amphibiens, mammifères, poissons, tout cela cohabite dans un ensemble humide qui fonctionne comme une mécanique lente, jamais figée, toujours dépendante du niveau d’eau.

Entre le Grand Rhône et les canaux, une eau gérée presque au millimètre

Le site se trouve en rive gauche du Grand Rhône, entre le canal d’Arles à Bouc et le canal du Vigueirat, à la jonction de la Camargue et de la plaine de la Crau. Cette position explique beaucoup. Vous êtes dans un espace où l’eau décide encore du rythme.

Le fonctionnement repose sur une gestion active, avec des hivers humides et des étés plus secs, pour maintenir l’équilibre écologique. C’est moins spectaculaire qu’un belvédère ou qu’une plage, mais c’est autrement plus fascinant, parce que tout le paysage dépend de cette variation.

Des travaux sur les ouvrages hydrauliques et sur l’ouverture des milieux se poursuivent sur la période 2024-2026. Ils visent à adapter les niveaux d’eau et à éviter que certains secteurs se ferment trop, un enjeu décisif dans un marais où chaque changement de niveau transforme les habitats.

Peut-on visiter les Marais du Vigueirat sans guide ?

Oui, le site se découvre en visite libre, mais aussi avec des formules guidées. Vous pouvez choisir des sentiers aménagés, ou des visites à pied, en calèche ou à cheval selon les saisons, ce qui permet d’adapter la sortie à votre envie du moment.

Mas-Thibert, sentiers et observatoires, le bon angle pour une vraie visite

Sur place, le plus intéressant est de regarder comment le lieu a été ouvert au public sans perdre sa raison d’être. Des observatoires, des tours panoramiques et des cabanes pédagogiques permettent d’observer les oiseaux sans casser la distance qui fait la valeur du marais. Franchement, c’est la bonne mesure.

Un des accès de découverte libre passe par les Sentiers de l’Étourneau, annoncés à 3 km. Ce format change tout si vous voulez une première approche, parce qu’il donne assez d’espace pour entrer dans le paysage sans transformer la sortie en randonnée lourde.

Le site se trouve à proximité de Mas-Thibert, sur la commune d’Arles, dans les Bouches-du-Rhône. Vous y allez pour marcher, regarder, attendre un peu, parfois revenir sur vos pas, mais pas pour cocher un spot en dix minutes. Il faut accepter cette lenteur.

Qu’est-ce qu’on vient chercher ici, au juste ?

On vient d’abord pour voir une grande zone humide encore tenue par ses équilibres. Si vous attendez un lieu d’animation continue, vous risquez d’être déçu, mais si vous aimez observer un paysage qui change avec l’eau, le détour est très juste.

Pourquoi ce marais parle autant de nature que de voyage

Les Marais du Vigueirat couvrent autour de 1 200 hectares sur leur cœur de site, dans un ensemble plus vaste de zones humides. Pourtant, ce n’est pas la taille qui reste en mémoire. Ce qui revient, c’est cette impression d’un territoire à la fois ouvert et retenu, où rien n’est décoratif.

Vous pouvez y voir une destination de naturaliste, bien sûr, mais ce serait trop étroit. À mes yeux, c’est aussi une vraie escale de paysage, parce qu’on y lit la Camargue autrement, non pas par la carte postale, mais par le mouvement de l’eau, la densité des roseaux et les lointains qui se dessinent puis s’effacent.

Le soir baisse, les roseaux foncent, les plans d’eau se lissent. Et tout à coup, près d’Arles, ce marais ne ressemble plus à une réserve sur une carte, mais à un monde entier.