Le seul coin de Marseille où une centaine de cabanons se transmettent en secret depuis des générations

Une centaine de cabanons. Une plage de 536 m². L’eau reste claire à quelques kilomètres d’un million d’habitants. La calanque de Sormiou tient ce paradoxe depuis des générations, sans que les guides en disent long.

Je suis passée par la Cayolle en juin, avant que les barrières ne se lèvent. La route descend vers le port protégé par sa digue. Les cabanons apparaissent en contrebas, serrés les uns contre les autres, peints en blanc ou en ocre, avec des portes que des familles ouvrent depuis des décennies.

100 cabanons transmis en secret : la règle que Marseille a failli changer en 1992

La calanque de Sormiou fait partie des rares calanques habitées du massif. En 1992, un projet de modification du plan d’occupation des sols de Marseille visait à élargir les possibilités d’urbanisation. Les cabanonniers, qui voulaient conserver leurs acquis, se sont fédérés en une Association des calanquais de Sormiou. Ils ont réussi à limiter l’urbanisation.

Les cabanons se transmettent de génération en génération. Ce n’est pas un marché immobilier classique. C’est un système de filiation et de cooptation que les habitants ont défendu contre un plan de la ville. Le petit port, protégé par sa digue, continue de fonctionner comme il le fait depuis longtemps.

En 1998, un incendie d’origine criminelle a dévasté la calanque. Les cabanons ont tenu. La transmission continue.

536 m² de plage : pourquoi l’eau reste claire malgré Marseille

La plage de Sormiou mesure 61 mètres de long pour une surface totale de 536 m². C’est minuscule. L’orientation sud-est expose le sable au soleil de l’après-midi. La surveillance des baignades fonctionne du 8 juin au 2 septembre, de 9 h à 18 h, avec des nageurs sauveteurs et une vigie de la police nationale.

Comme sur toute la côte est de la Méditerranée française, l’eau est particulièrement claire. Ce qui surprend ici, c’est la proximité : quelques kilomètres seulement d’une agglomération d’un million d’habitants. Les parois immergées et les fonds conservent une richesse écologique animale et végétale que la ville n’a pas effacée.

La calanque est encadrée par deux presqu’îles : la crête de Sormiou au sud-ouest, la crête de Morgiou au nord-est. Cette double barrière géographique protège l’eau du courant et du vent dominants. Trois îles se trouvent à proximité : Riou, Plane et Jaïre. Le cadre est fermé, presque circulaire.

Comment y accéder : la Cayolle en voiture, ou les sentiers depuis les Baumettes

La calanque se situe dans le 9e arrondissement de Marseille. L’accès en voiture se fait par la Cayolle, hors saison estivale uniquement. En été, l’accès est réglementé. La fréquentation est forte : c’est l’une des calanques les plus fréquentées par les Marseillais.

À pied, des sentiers partent des Baumettes. La randonnée pédestre est balisée. La calanque constitue un point de départ ou de passage pour de nombreux itinéraires. L’escalade est également pratiquée sur les parois.

La plage dispose d’une zone réservée uniquement à la baignade, de deux pédalos, et d’une zone de départ d’activités nautiques. Un restaurant gastronomique est présent sur place. La plage est ouverte tous les jours, avec une demi-journée de fermeture annuelle.

Peut-on se garer facilement en été ?

Non. L’accès voiture est réglementé pendant la saison estivale. Il faut compter sur les sentiers depuis les Baumettes ou anticiper les restrictions. Les habitués arrivent tôt, hors juillet-août, ou utilisent les transports en commun jusqu’au départ des randonnées.

La baignade est-elle surveillée toute l’année ?

Non. La surveillance par des nageurs sauveteurs et une vigie de la police nationale a lieu du 8 juin au 2 septembre, de 9 h à 18 h. Hors cette période, la baignade se fait sans surveillance officielle. L’eau reste claire, mais le relief sous-marin demande de la prudence.

La calanque de Sormiou est aussi un lieu de fiction. La carrière de pierre a servi de décor pour la série Draculi & Gandolfi de Guillaume Sanjorge. Dans le livre Paresse pour tous d’Hadrien Klent, le personnage d’Emilien Long loue un cabanon où il s’installe pendant le confinement du printemps 2020, au moment d’écrire sur le droit à la paresse au XXIe siècle.

Le matin de juin, avant que les barrières ne se lèvent, le port est silencieux. Les cabanons sont fermés à clé ou entrebâillés. Quelqu’un sort une ligne. L’eau est plate, verte vers le fond, bleue vers le large. 536 m² de sable. 100 cabanons. Une ville de un million d’habitants à quelques kilomètres. Personne n’entend le bruit.