Pourquoi une statue de l’Amour tient-elle la massue d’Hercule sur un îlot de Versailles ?
Sur l’îlot, l’eau isole une rotonde claire et silencieuse. Sous sa coupole, un jeune Amour s’applique à tailler son arc dans une arme de héros. Le geste surprend, mais il résume tout le décor imaginé pour le jardin anglais du Petit Trianon: ici, la force d’Hercule finit entre les mains de Cupidon.
Le Temple de l’Amour a été conçu pour cette scène précise. Vous le découvrez au détour de la rivière artificielle, dans le parc du château de Versailles, avec le Petit Trianon tout proche et les arbres qui referment doucement la perspective.
Sur l’îlot, l’Amour transforme la massue d’Hercule en arc
La statue montre L’Amour se taillant un arc dans la massue d’Hercule. Hercule incarne la force; Cupidon lui prend son arme pour fabriquer l’instrument qui inspire l’amour. Le titre du temple vient de cette sculpture placée au centre du pavillon.
La figure visible aujourd’hui est une réplique réalisée par Louis-Philippe Mouchy, d’après une œuvre d’Edmé Bouchardon. Elle mesure 1,75 mètre. Sa présence donne au bâtiment son rôle: encadrer une apparition, plutôt qu’abriter un culte.
Le choix a quelque chose de malicieux. La massue, lourde et guerrière, devient une pièce de bois que l’Amour façonne avec calme. Dans ce jardin de promenade, l’image remplace les discours.
Douze colonnes corinthiennes pour isoler une seule statue
La rotonde compte douze colonnes corinthiennes sous une coupole décorée d’attributs de l’Amour. Les colonnes laissent passer le regard depuis les rives, mais elles créent aussi un seuil autour de la statue. On l’aperçoit avant d’entrer.
Le marbre blanc veiné du sol et la pierre sculptée attrapent la lumière sans alourdir l’édifice. Rien ne ferme vraiment la vue. L’eau, les pelouses et le petit pavillon se répondent depuis les deux berges.
Le temple est une fabrique de jardin. Ces édifices n’étaient pas destinés à l’habitation: ils ponctuaient la marche, provoquaient une surprise et donnaient au paysage un décor à regarder.
1777-1778: Richard Mique construit une scène visible du Petit Trianon
Édifié en 1777-1778 par l’architecte Richard Mique, le Temple de l’Amour prend place sur l’une des îles de la rivière artificielle, à l’est du jardin anglais. Marie-Antoinette pouvait l’apercevoir depuis les fenêtres du château du Petit Trianon.
Le jardin anglais remplaçait l’ancien jardin botanique de Louis XV. À la géométrie stricte des jardins à la française succédait une promenade aux lignes plus libres, avec une rivière, des pelouses et des fabriques choisies pour arrêter le regard.
Le temple fut achevé en juillet 1778. Une fête brillante y fut donnée quelques semaines plus tard, le 3 septembre.
Le pavillon s’est ensuite dégradé sous la végétation, avant une restauration complète menée en 2005-2006. Les colonnes avaient besoin d’être consolidées. L’îlot a retrouvé sa silhouette nette.
Peut-on entrer dans le Temple de l’Amour ?
Oui, le Temple de l’Amour est accessible au public dans le cadre du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. Il se trouve dans le jardin anglais du Petit Trianon, au sein du Domaine de Marie-Antoinette.
Dans le jardin anglais du Petit Trianon, la promenade mène à l’îlot
Le temple ne se cherche pas parmi les grandes perspectives du château. Il faut rejoindre le jardin anglais du Petit Trianon et suivre la rivière artificielle jusqu’à l’îlot. L’arrivée compte autant que le monument: la rotonde apparaît derrière les branches, détachée au bord de l’eau.
Vous pouvez prendre le temps de tourner autour des rives avant de vous approcher. Depuis l’extérieur, les colonnes encadrent la statue; depuis l’intérieur, le jardin devient un vaste fond de scène. C’est le meilleur point de vue.
Le Temple de l’Amour est-il un édifice religieux ?
Non. Le Temple de l’Amour est un pavillon décoratif de promenade. Son vocabulaire emprunte à l’Antiquité, mais sa fonction reste celle d’une fabrique: créer une scène dans le paysage autour de la statue de l’Amour.
Entre les colonnes, l’Amour garde son arc levé. La massue d’Hercule, elle, a déjà changé de mains.