Pourquoi ce village viticole de Côte-d’Or s’est-il longtemps appelé Santenay-les-Bains ?

On monte à Santenay pour le vin, on y reste pour autre chose. L’air sent la pierre chaude et la vigne, les façades du haut village tournent le dos à la plaine, et un vieux bâtiment aux allures d’établissement de bains rappelle qu’ici, longtemps, on ne venait pas seulement remplir sa cave. On venait boire l’eau.

Avant le vin, l’eau: quand le village s’appelait Santenay-les-Bains

Le village a porté ce nom parce qu’il a vécu du thermalisme. Ses eaux avaient une réputation, ses établissements de bains recevaient du monde, et la commune a fini par accoler la mention à son nom comme une enseigne. Rien à voir avec une coquetterie touristique tardive.

Aujourd’hui, ce passé ne saute pas aux yeux. Il se lit dans le bâti, dans l’échelle de certaines constructions qui semblent trop grandes pour un village de 820 habitants. Un village viticole ordinaire n’a pas ce genre d’architecture.

Celui-ci en a gardé la trace, un peu comme une station balnéaire qui aurait perdu sa mer.

12 Premiers Crus au bout de la Côte de Beaune

Santenay ferme la Côte de Beaune par le sud, juste avant que la Saône-et-Loire ne prenne le relais. Chassagne-Montrachet le borde au nord, les Maranges au sud. Autant dire un carrefour, mais un carrefour discret, celui devant lequel les cars passent souvent sans ralentir.

L’appellation, reconnue en 1937, compte douze climats classés en Premier Cru. Les Gravières, La Comme, le Clos de Tavannes: des noms qui ne disent rien au grand public et beaucoup aux amateurs. Le Pinot noir domine largement, avec des rouges charpentés mais buvables jeunes, sur la cerise noire et les épices.

Une part plus réduite de Chardonnay donne des blancs vifs, parfois sur la noisette.

Et c’est là mon avis tranché: à qualité comparable, Santenay reste l’une des rares portes d’entrée abordables de la Bourgogne des grands noms. Les villages voisins ont pris la lumière, et les prix avec.

Quelle différence entre un Santenay village et un Premier Cru ?

Le village se boit relativement jeune, sans attendre. Le Premier Cru vient d’une parcelle classée, avec davantage de structure et de profondeur, et il gagne à patienter quelques années en cave. Sur l’étiquette, la mention Premier Cru est suivie du nom du climat.

Santenay-le-Haut, Santenay-le-Bas: un village en deux morceaux

La commune vit sur deux ensembles distincts. En haut, les vieilles rues et les murs de vigne. En bas, l’autre partie du village.

Ce dédoublement explique beaucoup de la silhouette du lieu, cette impression d’un bourg qui n’a jamais choisi entre les coteaux et la plaine.

Le château de Santenay, devenu Château Philippe le Hardi, tient l’autre bout de l’histoire, celle du vignoble et de ceux qui l’ont façonné. Depuis les coteaux, la vue porte loin sur les rangs de vigne. C’est le genre d’endroit où l’on s’arrête cinq minutes et où l’on reste une heure.

À 20 km de Beaune, l’étape que les itinéraires oublient

Santenay se trouve dans la Côte-d’Or, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Beaune, près de Chagny. Le village s’insère naturellement sur une boucle œnologique qui relie Meursault, Puligny-Montrachet et Chassagne-Montrachet avant de basculer vers les Maranges.

La voie verte qui traverse le secteur change complètement l’expérience. À vélo, on avance au rythme des parcelles, on lit les noms sur les bornes, on s’arrête où l’on veut. Le village et ces itinéraires restent accessibles toute l’année.

En pleine saison, arriver tôt reste la meilleure façon d’avoir les rues pour soi.

Peut-on visiter sans être connaisseur en vin ?

Oui, et c’est même une bonne porte d’entrée. Le vignoble se parcourt à pied ou à vélo sans rien connaître aux appellations, et les deux parties du village se visitent librement. Les noms de climats deviennent vite plus parlants une fois qu’on les a vus inscrits dans le paysage.

Le paradoxe d’un village qui a changé de métier

Une commune de 820 habitants qui a été station thermale, puis qui vit du vin: le basculement est rare, et il se sent encore. Santenay n’a pas la carte postale figée de certains villages bourguignons plus photographiés. Elle a mieux: une double vie visible dans ses murs.

C’est un lieu pour ceux qui aiment comprendre un paysage autant que le regarder. Pour ceux qui préfèrent une dégustation où l’on prend le temps de parler à celle ou celui qui verse. Venez pour Les Gravières, restez pour le reste.

L’eau, elle, est toujours là, quelque part sous les vignes.