Plus haut que la Bonette, ce col de 2 764 m a coûté 600 ouvriers et 29 km de route à gravir

2 764 mètres. Le panneau arrive après 47,6 km de montée depuis Bourg-Saint-Maurice. La route a coûté 600 ouvriers et six années de travail. En juin, elle rouvre pour quelques semaines avant de redevoir piste de ski.

Plus haut que la Bonette : pourquoi ce col reste le record des Alpes

La cime de la Bonette culmine à 2 802 m, mais ce n’est pas un col. La route du glacier de l’Ötztal en Autriche monte à 2 829 m, mais elle ne traverse pas non plus. Le col de l’Iseran, lui, est signalé à 2 770 m par la voirie, porté à 2 764 m sur les cartes officielles. C’est le plus haut col de montagne routier de toutes les Alpes, et de France.

La distinction compte pour les cyclistes. Un col se grimpe des deux côtés, se mesure à la dénivellation cumulée, au kilométrage, à la régularité des pourcentages. L’Iseran cumule 1 955 m de dénivelé sur son versant nord, avec une pente moyenne de 4,07 % et des passages à 6,9 %. Le Tour de France l’a classé hors catégorie depuis 1992. Il l’a franchi huit fois, dont la dernière en 2019, neutralisée par un orage de grêle au sommet.

600 ouvriers, 29 km de route : la construction que l’on doit à l’entre-deux-guerres

Au XVIIe siècle, un sentier muletier passait par là. Les fromagers du Beaufortain l’empruntaient pour descendre leurs produits vers le Piémont, avant de franchir le Mont-Cenis. En 1912, on décide d’intégrer cet itinéraire à la route des Grandes Alpes. Les travaux commencent en 1929 : 29 kilomètres à tracer, 600 ouvriers mobilisés.

Le président Albert Lebrun inaugure la route le 10 juillet 1937. La Poste émet un timbre. L’année suivante, le Tour de France passe pour la première fois. En 1939, une chapelle sort de terre selon les plans de l’architecte Maurice Novarina, dédiée à Notre-Dame-de-Toute-Prudence. Elle est aujourd’hui labellisée Patrimoine du XXe siècle.

8 passages du Tour, 2 versants, 1 fin de course bouleversée

Le versant sud, depuis Bonneval-sur-Arc, est celui que Christian Prudhomme compare à l’Alpe d’Huez : 13 km de montée, des pentes similaires, mais le départ se situe à 1 800 m d’altitude. Le versant nord, depuis Bourg-Saint-Maurice, est le plus long col de France : 47,6 km, ou 48,00 km selon cols-cyclisme. Les deux premiers kilomètres depuis Val-d’Isère ne sont pas difficiles, puis une portion à 7 % précède le hameau du Fornet. Le vent, souvent de face dans cette section, bascule de dos après le pont Saint-Charles, au kilomètre 4,9.

Les moments marquants s’accumulent. Louison Bobet abandonne en 1959 après le sommet, pour son dernier Tour. Claudio Chiappucci dévale vers Sestrières en 1992 dans une chevauchée victorieuse. En 1996, la neige annule le passage. En 2019, Egan Bernal franchit le col en tête, mais la descente vers Tignes est neutralisée : grêle et coulée de boue rendent la route impraticable. Pas de vainqueur d’étape.

Peut-on rouler au col de l’Iseran sans être un cycliste professionnel ?

Oui, mais le versant nord demande une journée entière. Depuis Bourg-Saint-Maurice, compter 47,6 km d’ascension continue, avec des portions exposées au vent et des tunnels paravalanches. Depuis Val-d’Isère, le départ allégé à 16,1 km à 5,8 % reste exigeant à cette altitude. L’oxygène se raréfie dans le dernier kilomètre, affiché à 8 % de moyenne.

Le col est-il accessible en voiture ou uniquement à vélo ?

La route est ouverte aux véhicules en été, fermée l’hiver. Elle est imbriquée dans le domaine skiable de Val-d’Isère durant la saison hivernale, avec des remontées mécaniques jusqu’au glacier du Grand Pisaillas, au-dessus de 3 000 m. La prochaine ouverture réservée aux cyclistes est fixée au 21 juin 2026.

Comment y aller et quand y aller

Le col se situe en Savoie, entre les vallées de la Maurienne et de la Tarentaise, à proximité de Val-d’Isère et de Bourg-Saint-Maurice. Depuis Lyon, compter environ deux heures jusqu’à Bourg-Saint-Maurice, puis une montée de trois heures minimum en vélo, ou quarante-cinq minutes en voiture jusqu’au sommet.

La saison est courte : juin à septembre, parfois moins selon les conditions d’enneigement. Le col est inclus dans le parc national de la Vanoise depuis 1963, et protégé par un arrêté préfectoral de biotope sur 250 hectares. La réserve naturelle de la Bailletaz, créée en 2000 sur 495 hectares, borde le site. La pointe des Leissières, à 3 041 m, domine le passage.

En juillet, les trailers de l’Ice Trail Tarentaise passent par le col, en provenance du col des Fours à 2 976 m. Les randonneurs empruntent le sentier de la Grande traversée des Alpes, dont l’Iseran constitue le point culminant. Les tables d’orientation du belvédère de la Tête de l’Arollay, au kilomètre 12,6 depuis Val-d’Isère, permettent d’apercevoir le lac du Chevril et le mont Pourri à 3 779 m.

La route grimpe. Le vent frais reste, même en été, avec parfois des névés persistants. Les bornes kilométriques ont été calculées pour 2 770 m, mais le sommet officiel est à 2 764 m. Ce décalage de six mètres ne change rien à l’effort. Il fait partie de l’histoire du lieu.