Ce village du Vaucluse où 769 habitants cultivent le plus ancien vignoble écrit de France depuis 611

La pierre blanche du village monte en escalier sous le Ventoux. Chaque ruelle semble plonger dans les vignes qui ont poussé ici depuis une charte de 611, la plus ancienne trace écrite d’un vignoble lié à une appellation dans la région. C’est Séguret, 769 habitants, et une histoire du vin qui commence quatorze siècles avant notre ère.

Une charte de 611 et 517 ans sous la bannière papale

Le monastère de Prébayon naît en 611, fondé pour des moniales. L’évêque Artemius de Vaison accorde alors une charte à l’abbesse Rusticule, compagne de la reine Radegonde. Ce document mentionne des vignes dans les domaines du monastère. C’est la première écriture connue qui attache un vignoble à une appellation précise dans ce coin de Provence.

Le village enchaîne ensuite 517 ans d’administration papale, de 1274 à 1791. Le Comtat Vénaissin devient pontifical, et Séguret vit sous cette autorité jusqu’à la Révolution. En 1365, le vignoble d’Olonne fournit déjà un « vin de requête », fort renommé. Le fief viticole devient marquisat en 1755, érigé par Benoît XIV.

En 1685, une première confrérie de vignerons voit le jour ici. Elle place une femme à sa tête, la « baylesse », dans une structure mixte qui compte chambellan, épistolière, argentier, archiviste, maître de ripailles, cellerier, bouteiller. Cette confrérie renaît en 1984, héritière directe, avec deux chapitres annuels dont celui de la fête des vins.

À 250 m d’altitude, entre Dentelles et Ouvèze

Séguret s’accroche à l’extrémité ouest des Dentelles de Montmirail, première avancée des Alpes dans la vallée du Rhône. Le bourg domine une plaine alluvionnaire qui descend vers l’Ouvèze, limite ouest de la commune. Les sols calcaires du Tithonien, dernier étage du Jurassique, portent les vignes. Les forêts occupent 47,3 % du territoire, les cultures permanentes 46,8 %.

Le château féodal en ruine surplombe encore le village, sa tour visible depuis la plaine. Les ruisseaux de Malmont et du grand Alizié découpent les flancs des Dentelles. Le mistral souffle 120 à 160 jours par an, à plus de 90 km/h en rafale moyenne, parfois au-delà des 110 km/h. Il assainit le vignoble, balaie les orages violents de l’été, impose un rythme.

Quel temps fait-il en été pour visiter les vignes ?

Les étés sont chauds et secs, méditerranéens, entrecoupés d’épisodes orageux parfois violents. Le record de chaleur atteint 40,5 °C le 5 août 2003. Les hivers restent doux, la neige rare. Le −12,8 °C du 5 janvier 1985 marque l’extrême froid. Quarante-cinq jours de pluie supérieure à 2,5 litres par mètre carré, 660 litres d’eau au total, année après année.

769 habitants, 1 253 en 1861 : la courbe d’un village viticole

La population culmine en 1861 avec 1 253 habitants, puis décroît jusqu’à 769 Ségurétains recensés en 2023. La commune s’étend sur 21,15 km² à 250 mètres d’altitude. Elle reste rurale à habitat dispersé, hors unité urbaine, dans l’aire d’attraction de Vaison-la-Romaine.

La cave coopérative de Roaix-Séguret, fondée en 1960, est la plus récente du département. Les vins accèdent à l’appellation côtes-du-rhône villages en 1966, décret modifié en 1999 et 2009. Les vins hors AOC peuvent revendiquer le label vin de pays de la Principauté d’Orange, après agrément. L'œnotourisme structure l’accueil : dégustation, caves, rencontres avec propriétaires, randonnées dans les vignobles.

Comment accéder à Séguret depuis la vallée du Rhône ?

L'autoroute A7 passe à proximité. Trois routes départementales desservent la commune : la D23 vers Sablet, la D977 traversant la plaine nord-sud, la D88 partant du bourg vers le nord. La gare la plus proche historique, sur la ligne d’Orange à Buis-les-Baronnies, a fonctionné de 1907 à 1952. Aujourd’hui, Vaison-la-Romaine reste le repère urbain le plus proche.

Le label Plus Beaux Villages et la pierre qui résiste

Séguret porte le label Les Plus Beaux Villages de France. Le village médiéval s’organise en gradins, les maisons blotties sous la ruine du château. Les ruelles tournent, débouchent sur des échappées de vignes, de Ventoux, de ciel où le mistral trace sa ligne. L'œnotourisme y est structuré : charte de qualité des caveaux, trois catégories d’accueil, panneau à l’entrée des adhérents.

La Confrérie des Chevaliers du Gouste-Séguret intronise encore, parmi ses membres, des figures du vin et des lettres. Daniel Ceccaldi, Jean Ferniot, Éric Champ, René Grosso, Corinne Le Poulain, Jean Raspail, Pierre Tchernia ont reçu cette distinction. Deux chapitres par an, Saint-Vincent et fête des vins, maintiennent le lien entre le village et sa plus ancienne histoire.

En fin de journée, la lumière couche sur les dalles calcaires une couleur de miel ancien. Les vignes descendent en rangs serrés vers l’Ouvèze. Quelque part dans ce paysage, une charte de 611 continue de tenir.