« On fabriquait la poudre ici depuis 1870 » : cette anse méditerranéenne reconvertie en site naturel protégé

17 hectares de côte brûlée. Entre le cap Béar et le cap Oullestrell, une baie que les cartes appellent anse de Paulilles. On y fabriquait de la dynamite depuis 1870.

Aujourd’hui, les barques catalanes y reprennent du bois.

1870 à 1984 : quand la poudre remplaçait le sel

Paul François Barbe, industriel lorrain, a planté sa fabrique ici en 1870. Associé de Nobel en France. Le site a produit de la dynamite pendant plus d’un siècle, sous le nom de la dynamiterie Nobel de Paulilles.

En juillet 1991, la SNPE ferme les installations. Le Conservatoire du littoral rachète en 1998. Près de soixante-dix bâtiments démolis, neuf rénovés.

Le site ouvre au public en juin 2008, gratuit, avec un musée de plein air sur le patrimoine industriel et un atelier de restauration de barques catalanes.

Sept bâtiments subsistent. On les lit dans le paysage comme des vestiges qu’on n’a pas cherché à effacer.

3 km au sud de Port-Vendres : la route qui oublie l’autoroute

La route départementale 914 file le long de la côte entre Collioure et Banyuls-sur-Mer. Derrière le col de Las Portas, Paulilles apparaît sans annonce. Parking en hauteur, puis chemins aménagés à pied.

Le site est accessible, certains bâtiments adaptés aux personnes à mobilité réduite.

La baie abrite trois plages : Bernardi, del Mitg, Fourat. Des criques de sable et galets sous les promontoires rocheux. L’eau claire glisse sur des fonds propices au snorkeling.

Mais une partie de la baie est en zone de mouillage interdit, pour protéger les herbiers de posidonie et le coralligène.

Peut-on se baigner sans réserver ?

Oui. L’accès aux plages est libre. La surveillance est assurée en haute saison estivale, avec des horaires à vérifier sur place.

Les commodités de base fonctionnent en période estivale : douches, sanitaires, points d’eau. Le parking est payant en saison.

Quand l’eau vaut-elle le détour ?

De mai à septembre. L’eau monte à 21 °C en juin, le ciel tient clair. Juin reste le meilleur compromis : chaud sans la foule de juillet, les sentiers du littoral encore vides le matin.

Hors saison, l’anse garde son usage de promenade.

32 bâtiments construits, 7 debout : la mémoire qu’on a choisi de garder

Le musée de plein air ne reconstruit pas. Il laisse les ruines parler, ajoute des panneaux, une expo mémorielle. L’atelier de barques catalanes travaille le bois à l’ancienne, dans un coin du site où l’odeur de résine remplace celle qu’on imagine de la poudre.

Les vignes en terrasses descendent vers la mer. Chênes-lièges, pins d’Alep, oliviers. Des espèces endémiques du Roussillon poussent entre les pierres.

La prairie sous-marine de posidonies fait partie du réseau Natura 2000, avec ses prairies et ses sentiers balisés.

On ne vient pas ici pour une plage de station balnéaire. On vient pour le contraste : l’industrie de la guerre devenue parc naturel, la dynamite devenue barque, le silence où il y avait du bruit.

À 3 km de Port-Vendres, 45 min de Perpignan si vous prenez la côte. La route est lente, elle le mérite.