Mis à sec toute une année, ce lac Côte-d’Or a retrouvé ses eaux et ses poissons

Il y a des étés où l’eau manque à l’appel. À Pont-et-Massène, à quatre kilomètres de Semur-en-Auxois, les habitants ont vécu bien pire: une année entière avec, sous les yeux, un fond de vallée nu, des berges pentues et la rivière ramenée à son lit d’origine. Le lac avait disparu.

Volontairement.

2015, l’année où on a vidé le lac pour réparer un barrage de 24 mètres

Les Voies navigables de France ont mis la retenue complètement à sec pendant une bonne partie de 2015. Objectif: injecter du béton à la base de l’ouvrage, moderniser les vannages, poser une membrane d’étanchéité sur la paroi amont. Le chantier a été évalué à 14,5 millions d’euros, l’équivalent du budget annuel d’investissement de l’établissement pour toute la région Centre-Bourgogne.

La remise en eau a commencé en novembre 2015 et s’est étirée jusqu’au début de l’été suivant. Le lac a été ré-empoissonné. Puis inauguré le 22 novembre 2016.

Aujourd’hui, personne ne devine, en arrivant par la route, qu’il a fallu tout vider pour le garder.

Ce que la crue de mai 2013 a fait passer par le barrage

Deux ans plus tôt, le problème était exactement inverse. Les pluies de mai 2013 ont fait grimper le niveau au point d’ouvrir les vannes de sécurité au maximum. Par le barrage est passé trois fois le volume de la retenue, avec un pic à 90 m³/s.

Semur, en contrebas, a eu les pieds dans l’eau, et une partie des habitants de Pont-et-Massène a été évacuée.

L’année d’après, c’est la sécheresse qui a frappé: niveau trop bas, baignade fermée tout l’été par arrêté municipal, berges abruptes devenues glissantes une fois l’eau retirée. Trop d’eau, puis pas assez. Les travaux ont permis de remonter la cote maximale de 20 m à 21,60 m, celle qui prévalait jusqu’à la fin des années 1990.

Un lac de 1883 qui n’a jamais eu vocation à faire rêver

Rien ici n’est naturel. Le barrage a été bâti entre 1878 et 1882, le lac mis en eau en 1883, et son premier métier était de soutenir l’étiage du canal de Bourgogne et de contenir les crues de l’Armançon. Une retenue d’ingénieur, six kilomètres de méandres suivant la vallée sinueuse.

Le paysage, lui, a pris le dessus. Une dizaine de petits bois bordent aujourd’hui les rives, entre Flée à l’ouest et Montigny-sur-Armançon au sud. L’eau file en longs serpentements sous la lumière rase du matin, la rive s’enfonce vite, et la profondeur moyenne de 21 m ne se soupçonne pas depuis le bord.

Je trouve ce contraste plus intéressant que bien des lacs naturels: un ouvrage utilitaire du XIXe qui a fini par ressembler à une vallée boisée.

12 km de tour du lac, et une fenêtre de baignade qui se referme à la mi-septembre

Le sentier de 12 km boucle le tour complet, inscrit au plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée. Vous garez la voiture côté Pont-et-Massène, où la communauté de communes a aménagé un vaste parking et un camping avec restaurant. Le site porte les labels Station verte de vacances et Tourisme et handicap, avec pontons et embarcations adaptés.

Peut-on se baigner au lac de Pont ?

Oui, mais du 15 mai au 15 septembre seulement, en zone surveillée. Hors de cette période, la baignade est interdite par arrêté préfectoral. Pédalo, canoë et aviron partagent la même saison; le ski nautique dispose de sa propre zone, plus loin du barrage.

Peut-on y pêcher pendant l’été ?

Non. La pêche est interdite pendant toute la période où la baignade est autorisée. Elle reprend donc quand les baigneurs s’en vont, c’est-à-dire à l’arrière-saison, sur un lac ré-empoissonné après la vidange.

Pour qui ce lac vaut le détour

Ce n’est pas une destination de carte postale, et tant mieux. C’est un lac pour ceux qui aiment marcher une demi-journée au bord de l’eau sans croiser grand monde, pour les familles qui veulent une plage surveillée à quatre kilomètres de Semur-en-Auxois, pour les pêcheurs d’automne. En septembre, la baignade s’arrête, les bois virent, et les 12 km du tour deviennent la meilleure raison de venir.