Méconnu des touristes, ce village du Vaucluse garde 1 306 habitants sous un ciel étoilé certifié
1 306 habitants. 27,19 km² de garrigue et de vignes. Le village s’étire au pied du mont Ventoux, protégé de la violence du mistral par ses 1 910 m. Personne ne vient ici par hasard. Il faut quitter la D 942 à Mazan, remonter doucement, et accepter que le GPS n’ait plus rien de pressé à dire.
2019 : le double label que personne n’attendait dans le Vaucluse
En 2019, Villes-sur-Auzon devient Capitale Régionale de la Biodiversité. La même année, il obtient le label « village étoilé ». Deux distinctions environnementales rares, jamais données à la légère.
Le label « village étoilé » exige l’extinction de l’éclairage public en deuxième partie de nuit. Pas de réduction. Pas d’exception. Le ciel doit redevenir lisible, avec ses constellations et sa voie lactée. C’est une contrainte technique autant qu’une promesse faite aux habitants : leurs nuits redeviendront noires.
La biodiversité, elle, se mesure autrement. 70,2 % du territoire reste couvert de forêts et de milieux semi-naturels. L’Auzon traverse le village, ruisseau souvent à sec, furieux parfois après l’orage. Le mont Ventoux barre l’horizon à l’est. Les gorges de la Nesque commencent à quelques kilomètres. C’est un réseau de vie silencieux, que la Capitale Régionale a obligé à cartographier et protéger.
1376 : les vignerons du Ventoux apparaissent dans les archives du Vatican
L’identité des premiers vignerons du Ventoux est connue par un acte conservé aux archives secrètes du Vatican. En 1376, Guillaume III Roger de Beaufort entre à Carpentras comme nouveau recteur du Comtat Venaissin. Pour les agapes, deux habitants de Villes fournissent 460 litres de vin rouge et 385 litres de vin blanc.
Le village s’appelait alors Villa, au pluriel, à cause des domaines agricoles gallo-romains qui parsemaient le vallon. En 1414, au premier cadastre des États du Comtat Venaissin, Villes figure en sixième position pour le nombre de pieds de vigne. Quatre fois plus de terres de labour, mais déjà une vocation.
L’AOC Ventoux n’arrive que le 27 juillet 1973. Avant cela, les vignerons ont constitué un syndicat en 1939, obtenu le label VDQS en 1953. La cave coopérative TerraVentoux, née dans les années 2000 de la fusion de « La Montagne Rouge » et des « Roches Blanches » de Mormoiron, regroupe aujourd’hui la production.
L’église Saint-André a remplacé en 1854 l’édifice primitif du centre ancien. Sur sa façade, « République Française » est gravé de part et d’autre de l’entrée, avec « Liberté Égalité Fraternité » sur le linteau. Une décision municipale, pas un héritage de 1793. Le village a changé de nom le 9 juin 1918, devenant Villes-sur-Auzon. Le suffixe précise ce que l’Auzon, intermittente, suggère déjà.
20 km de Carpentras, 40 km d’Avignon : l’accès et le moment
La route départementale 942 traverse la commune, venant de Mazan, montant vers les gorges de la Nesque. L’autoroute A7 est la plus proche, la gare TGV celle d’Avignon. À 20 km de Carpentras et 40 km d’Avignon, Villes-sur-Auzon reste une commune de la couronne de l’aire d’attraction carpentrassienne.
La station météo de Murs, à 12 km à vol d’oiseau, enregistre 13,3 °C de moyenne annuelle et 757,8 mm de précipitations. L’été est sec, très ensoleillé, venté. Le mistral, appelé ici « manjo-fango », mangeur de boue, sèche les vignes après l’orage et dégage le ciel. Le Ventoux, barrière de 1 910 m, en atténue les excès.
Le village se visite toute l’année. Les randonnées pédestres et cyclistes partent vers le Ventoux ou les gorges. Le festival de jazz estivale occupe le village pendant plusieurs soirs. Les commerces restent : alimentation, droguerie, quincaillerie, coiffure, bars, restaurants. Des artisans s’y sont installés, facteurs de flûte, bijoutiers d’art, mosaïstes.
Peut-on observer les étoiles sans équipement spécial ?
Oui. Le label « village étoilé » garantit un ciel suffisamment dégagé pour que la voie lactée soit visible à l'œil nu, hors période de pleine lune. L’extinction nocturne de l’éclairage public est totale, pas partielle. Il suffit de s’éloigner de quelques lampes résiduelles, celles des commerces ou des habitations, pour retrouver une obscurité quasi complète.
La biodiversité se voit-elle depuis le village ?
Non directement, mais elle se lit dans le paysage. 57,9 % de forêts, 12,4 % de garrigues, 24,2 % de cultures permanentes. Les espaces boisés et semi-naturels dominent. Le contraste est visible entre la plaine du Comtat, cultivée à l’ouest, et les contreforts des monts de Vaucluse, sauvages à l’est. Les randonneurs croisent des milieux que la Capitale Régionale 2019 a obligé à inventorier.
La population a connu son apogée en 1851 avec 1 567 habitants. Elle est tombée à 706 en 1950. Depuis, elle remonte lentement : 1 306 en 2023. Le village ne cherche pas à grandir. Il cherche à maintenir ses commerces, ses artisans, ses nuits sans lumière.
En août, le ciel reste dégagé. Le mistral souffle, sec et régulier. Les vignes mûrissent sous le Ventoux. À minuit, les lampadaires s’éteignent. Les 1 306 habitants dorment, ou regardent le ciel. Les visiteurs, rares, font de même. Personne n’a besoin d’être prévenu. C’est dans le règlement du label.