Ce village du Vaucluse perché à 279 m sur un éperon rocheux a survécu à des traîtres payés en 1562
Les gorges de la Nesque débouchent sur un éperon qui coupe le paysage en deux. À 279 mètres, le village de Venasque s’y accroche, flancs abrupts, murailles en pierre calcaire, portes étroites. On comprend vite pourquoi deux sièges protestants, en 1562 et 1564, n’ont jamais réussi à le prendre. Même achetés, les traîtres ont été découverts. Certains pendus à Avignon. Un autre roué en place publique à Carpentras.
1562 : quand les assiégeants ont payé pour échouer
François de Beaumont, baron des Adrets, a tenté deux fois. Ses troupes ont campé dans la plaine. Elles ont cherché une brèche, une complicité, une porte mal fermée. Les Venasquais ont trouvé les traîtres avant eux. Le village est resté imprenable. Cette résistance n’est pas légende : elle figure dans les archives du Comtat Venaissin, où Venasque a dépendu des papes du XIIIe siècle jusqu’en 1791.
La tour de Pinet domine toujours la hauteur au-dessus de la route de Murs. Elle gardait le passage vers la vallée du Calavon, vers Gordes. Aujourd’hui, on la distingue depuis les remparts du village. Elle ne sert plus. Elle montre.
1 082 habitants, 1 723 en 1723 : le déclin puis le retour
La population de Venasque a chuté de plus de moitié entre le XVIIIe siècle et le milieu du XXe. En 1946, il restait 371 habitants. Les agriculteurs descendaient dans la plaine de Carpentras, près de leurs terres irriguées par la Nesque. Les maisons du village se vidaient, s’effondraient.
Le mouvement s’est inversé dans les années 1960. De nouveaux venus, français et européens, ont restauré les pierres. Certains s’y sont installés à l’année. D’autres ne viennent qu’une saison. Les « étrangers d’ici » et les « étrangers d’ailleurs » ont sauvé le village de l’abandon. En 2023, l’INSEE comptait 1 082 habitants, soit +6,92 % en six ans.
Comment Venasque tient sur son éperon
Le site est un cas d’école de défense naturelle. L’éperon rocheux aux flancs abrupts barre l’accès. Les gorges de la Nesque le protègent au nord. La plaine de Carpentras s’étend au sud, fertile, irriguée, productrice de primeurs expédiés dans toute la France. Les garrigues des monts de Vaucluse fournissaient le bois et le pâturage. L’eau courante n’est arrivée qu’entre 1959 et 1965. Avant, on allait à la fontaine.
Le sol calcaire, bien irrigué, a permis une spécialisation rare : la cerise de Venasque, labellisée, et le muscat de Venasque, AOC Ventoux. Les vignes et les cerisiers occupent les terres cultivables. Les fourrés de yeuses et les chênaies produisent des truffes.
Peut-on visiter Venasque sans voiture ?
Oui, mais avec une étape. La gare TER la plus proche est à Carpentras, à 11 km. Une petite navette monte au village depuis le bas. La gare TGV d’Avignon est à une trentaine de kilomètres. En voiture, on prend les CD 4 et 28 depuis Carpentras, direction sud-est.
Quand y aller pour éviter la foule et la chaleur ?
Le climat méditerranéen franc offre 2 600 heures d’ensoleillement par an. L’été est chaud et sec, avec seulement 2,7 jours de pluie en juillet. La température maximale enregistrée est de 42,4 °C le 28 juin 2019. Le printemps et l’automne sont plus cléments. La pluviométrie annuelle moyenne est de 731 mm, concentrée sur l’hiver.
42,4 °C en été, −13,2 °C en hiver : les extrêmes du Vaucluse
La station météo de Murs, à 9 km à vol d’oiseau, a mesuré les records. Le froid le plus vif : −13,2 °C le 12 février 2012. L’amplitude thermique annuelle atteint 17,2 °C. C’est du sec, du vent, du calcaire blanchi. En été, les rues du village offrent de l’ombre épaisse entre les murs. En hiver, le mistral passe dans les gorges.
Venasque est labellisé Les Plus Beaux Villages de France. L’église Notre-Dame conserve une Crucifixion de l’école d’Avignon, datée de 1498. L’Institut Notre-Dame de Vie, installé dans le village, attire régulièrement des retraitants. Le culte catholique est toujours célébré, rattaché au diocèse d’Avignon.
35,07 km², 63,8 % de forêt : ce que le territoire cache
L’occupation des sols, selon Corine Land Cover 2018, est dominée par les forêts et milieux semi-naturels : 68,4 % du territoire. Les zones agricoles hétérogènes représentent 18,6 %. L’urbanisation ne couvre que 3,3 %. On trouve des grottes préhistoriques dans la vallée de la Nesque, notamment la grotte de Unang, découverte en 1947 par Maurice Picard, et la grotte des Dents, vestige de l’âge du bronze.
Le nom même du village porte l’ancienneté du site. Vindasca au IVe siècle, Vennasca en 1044. Le suffixe -asque est ligure, du sud de la France jusqu’en Italie. Le premier élément Ven- pourrait signifier « montagne » en préceltique. On le retrouve dans le mont Ventoux, dans Vence, dans le port de Venasque en Haute-Garonne.
Depuis les remparts, le regard porte sur la plaine, les cerisiers, les vignes en rangs, le Ventoux au loin. La pierre est chaude l’après-midi. Le silence vient des gorges. On pense aux assiégeants qui ont replié leurs tentes, deux fois, sans jamais entrer.