Le seul village picard où un peintre nabi a fait grimper les roses sur les murs en torchis depuis 1901
En juin, les rosiers grimpants de Gerberoy débordent sur les murs en torchis. Les rues pavées sentent la rose ancienne et la brique chaude. Ce village de l'Oise, labellisé Plus Beaux Villages de France, compte moins de 90 habitants à l'année. Il se trouve à peine à 100 km au nord-ouest de Paris. Pourtant, la plupart des Français ne l'ont jamais vu.
Un village de briques rouges et de roses à 100 km de Paris
Gerberoy occupe un plateau du Vexin normand, entre Beauvais et Gournay-en-Bray. On y arrive par des routes secondaires qui longent des champs de colza. Rien ne prépare à la rupture visuelle.
La rue principale est pavée, bordée de maisons à colombages et de façades en torchis rougeâtre. Les rosiers grimpent jusqu'aux fenêtres du premier étage. En semaine de juin, avant 9h, on ne croise personne.
Le village reçoit plusieurs dizaines de milliers de visiteurs chaque été. Moins de 90 habitants permanents, une fréquentation qui dépasse celle de beaucoup de sous-préfectures. Ce contraste donne le ton. Gerberoy est tout petit, et pourtant.
Le seul village où un peintre a transformé les ruelles en jardin collectif
C'est l'histoire d'un artiste qui a sauvé un village. Henri Le Sidaner, peintre post-impressionniste proche des nabis, arrive à Gerberoy à la fin du XIXe siècle. Il trouve un bourg semi-abandonné, abîmé par des siècles de conflits et d'exode rural.
Il achète une maison en ruine. Il replante des rosiers anciens, restaure des façades, dessine les perspectives des rues. Il convainc les habitants de suivre. En quelques décennies, Gerberoy devient ce qu'il est aujourd'hui. Un cas rare : un artiste qui transforme physiquement un village et laisse le décor intact après lui.
Le jardin Le Sidaner, un tableau en volume
Le jardin qu'il aménage sur les anciens remparts est encore là. Terrasses superposées, rosiers anciens en cascade, tonnelles de glycines. La lumière du soir effleure les buis et les pierres exactement comme dans ses toiles. Ses tableaux figurent dans les collections du Petit Palais à Paris et du musée des Beaux-Arts de Cambrai.
1900, la reconquête d'un village oublié
Le Sidaner peint Gerberoy pendant plus de 40 ans, jusqu'à sa mort en 1939. Il documente chaque saison, chaque lumière rasante. Le village est resté dans l'état où il l'a laissé. C'est ce qui le distingue des reconstitutions touristiques : Gerberoy n'a pas été restauré pour les visiteurs. Il a été aimé par un peintre, et cela se voit encore. D'autres villages classés Plus Beaux Villages de France, comme Sarrant dans le Gers, ont aussi préservé une singularité architecturale irremplaçable.
Ce qu'on fait à Gerberoy quand on ne veut pas rater juin
La Fête des Roses se tient chaque année le troisième dimanche de juin. En 2026, ce sera le 21 juin. Les habitants ouvrent leurs jardins, des expositions temporaires investissent les ruelles. C'est le moment le plus chargé de l'année.
La promenade des remparts et la rue Ferrière
Les remparts médiévaux se parcourent à pied en moins de 30 minutes. Arriver avant 10h change tout : les cars touristiques commencent à stationner après 11h. La rue Ferrière reste la plus photographiée, avec ses rosiers sur fond de torchis et ses volets en bois peint.
L'église Saint-Pierre, datée des XVe et XVIe siècles, conserve des éléments gothiques sobres. Les week-ends de juin, des producteurs locaux proposent confitures et produits à base de roses sur les places. Autour de Gerberoy, d'autres villages normands commencent à rejoindre la liste des Plus Beaux Villages de France.
Quand Gerberoy échappe à ses visiteurs
En semaine, avant 9h, Gerberoy redevient le village des 90 habitants. Les chats traversent les ruelles. Les pigeons font du bruit sur les toits. L'odeur des roses n'est partagée avec personne.
C'est ce que les guides locaux répètent depuis des années : "Venez un mardi matin, pas un dimanche après-midi." Le village existe vraiment à ces heures-là. Les potagers derrière les murs fleuris, le linge aux fenêtres, un vélo appuyé contre une porte. D'autres villages labellisés, comme celui du Loir-et-Cher avec ses 270 habitants, fonctionnent selon la même logique : extraordinaires à l'aube, envahis à midi.
Vos questions sur Gerberoy, Oise, Hauts-de-France, France répondues
Comment aller à Gerberoy depuis Paris, et quand y aller exactement ?
Gerberoy se trouve à environ 100 km de Paris, accessible en voiture via l'A16 puis les routes secondaires autour de Beauvais. Il n'y a pas de gare : la voiture est indispensable. La meilleure fenêtre de floraison s'étend de fin mai à mi-juin. Pour éviter la foule, privilégier les jours de semaine, de préférence avant 10h.
Quel lien entre Gerberoy et la peinture française ?
Henri Le Sidaner (1862-1939) a vécu et peint à Gerberoy pendant plus de quatre décennies. Ses toiles représentant le village figurent dans plusieurs collections publiques françaises, notamment au Petit Palais à Paris. Le village n'a pas changé depuis ses tableaux. C'est une coïncidence rare entre une œuvre peinte et un lieu réel encore intact.
Gerberoy vaut-il le détour si on a déjà visité Giverny ?
Giverny accueille plusieurs centaines de milliers de visiteurs par an, avec billetterie et parkings. Gerberoy n'a pas de billet d'entrée pour le village. Les deux jardins n'ont pas la même échelle : Monet à Giverny, Le Sidaner à Gerberoy. Gerberoy reste un village habité, pas un site muséifié. D'autres sites normands méconnus offrent ce même équilibre entre patrimoine vivant et nature préservée.
Fin de journée à Gerberoy. Des pétales roses reposent sur les pavés refroidis. Une fenêtre s'entrouvre au premier étage d'une maison à colombages. L'odeur des roses mêlée à celle de la terre mouillée monte doucement. Le dernier car est parti à 18h. Le village reprend son souffle.