Là où la France se divise en deux, ce village du Vercors reste un secret à 1h de Grenoble

Imaginez deux gouttes de pluie tombant au même endroit. L’une file vers le sud, l’autre vers le nord. Elles ne se reverront jamais, avalées par deux fleuves qui se jettent dans la même rivière après avoir contourné un morceau de montagne par des chemins opposés.

Cette frontière invisible passe sous les pieds des habitants de Lans-en-Vercors, un bourg perché à environ 1 020 m d’altitude, là où le plateau du Vercors bascule doucement vers la cuvette grenobloise.

On y arrive par une route qui serpente dans les gorges du Furon, 30 km de lacets depuis Sassenage pour 800 m de dénivelé. À vol d’oiseau, Grenoble n’est qu’à 12 km. Par la route, il faut compter une bonne quarantaine de minutes.

Assez pour sentir déjà l’air changer, les épicéas remplacer les platanes, le bruit de la vallée s’évanouir.

Une ligne de partage des eaux traverse le bourg

Au cœur du village, un axe invisible sépare la France en deux bassins versants. La Bourne prend sa source à l’est, aux Jailleux, à 1 038 m d’altitude, et s’écoule vers le sud en méandres paresseux dans le val de Lans. À sa sortie de la commune, vers Villard-de-Lans, elle affiche un débit moyen de 13 m³/s.

Son nom, à l’origine Borna puis Burna, signifie d’ailleurs « frontière »: la rivière a longtemps marqué les limites entre paroisses, communes et départements.

Le Furon, lui, naît à 1 293 m d’altitude dans la Combe-Claire, en contrebas du gîte des Allières, et file droit vers le nord. Il dévale les gorges, traverse Engins, et finit sa course dans l’Isère, plus bas dans la cuvette grenobloise. À sa confluence avec le Bruyant, son débit moyen atteint 0,40 m³/s, modeste mais régulier.

Trois cours d’eau, tous affluents en rive gauche de l’Isère, et pourtant ils ne se croiseront jamais.

La ligne qui sépare ces deux mondes suit le versant ouest de la Combe-Claire puis la route départementale 106, traversant le bourg d’est en ouest. Pour qui sait lire une carte, marcher dans Lans-en-Vercors revient à marcher sur une crête hydrographique. Le sol calcaire, peu filtrant, laisse l’eau filer vite, façonnant ces zones humides caractéristiques que la commune tient à protéger: la Bourne, le Furon et le Bruyant sont classés en réservoirs biologiques.

Un village construit sur un ancien lac glaciaire

Avant d’être une station, Lans-en-Vercors était un fond de lac. Lors des glaciations de Riss, il y a environ 300 000 à 120 000 ans, un glacier barre la vallée et retient les eaux. Quand les glaces reculent, un vaste marécage s’installe, laissant des terres humides qu’on devine encore dans les prairies plates du val.

C’est sur la crête rectiligne qui barre la vallée au niveau de l’Olette que le bourg s’est construit, perché au-dessus de ces sols fragiles.

En arrivant par la route, on découvre des maisons aux pignons à redents, typiques de l’architecture locale, serrées autour de l’église Saint-Barthélemy dont une partie date du XVIIe siècle et figure à l’inventaire des Monuments historiques. La commune compte 2 652 habitants en 2023, une population plutôt jeune, avec un taux de chômage deux fois et demie moindre que la moyenne nationale. Beaucoup descendent chaque matin travailler à Grenoble et remontent le soir, dans un ballet devenu routine.

Le point culminant de la commune, le Pic Saint-Michel, s’élève à 1 966 m au-dessus du val. Il fait partie de cette crête orientale qui sépare Lans de la cuvette grenobloise, souvent enneigée même au printemps, visible depuis le bourg comme un rempart blanchâtre. À l’ouest, la forêt de Guiney monte jusqu’à 1 659 m, boisée et plus douce, puis s’abaisse progressivement vers le col de la Croix-Perrin, à 1 218 m.

Quatre saisons, mille façons de ralentir

L’hiver, Lans-en-Vercors devient station. Le domaine Montagnes de Lans aligne 24 km de pistes de ski alpin entre 1 400 m et 1 807 m, desservies par 12 remontées mécaniques. Plus haut, le plateau qui a accueilli les épreuves de ski de fond et de biathlon des JO de Grenoble en 1968 reste l’un des plus grands domaines nordiques de France, partagé avec Autrans, Corrençon et Méaudre, suspendu entre 1 000 m et 1 800 m d’altitude.

L’été, la même montagne se parcourt à pied, en VTT ou en trail. Les gorges du Bruyant, le Val de Lans, le plateau des Ramées, le col de l’Arc ou le belvédère du Vertige des Cimes offrent des itinéraires contrastés, entre falaises blanches, sapinières et alpages. Le plateau calcaire garde cette lumière particulière du Vercors, à la fois crue et adoucie par l’altitude.

L’automne tire les visiteurs vers les forêts de hêtres et les derniers marchés, avant que la neige ne referme le massif. Le printemps, enfin, réveille les ruisseaux et fait baisser le débit de la Bourne alors que la fonte s’amorce. Le festival Voyages en scène, chaque année, ponctue la saison culturelle d’un rendez-vous devenu repère pour les habitués.

Une porte d’entrée discrète du Vercors

Lans-en-Vercors se trouve à 30 km au sud-ouest de Grenoble, 65 km de Valence et 120 km de Lyon, accessible en 1h30 par l’A480 puis la route du Vercors. La D531 depuis Sassenage reste la voie la plus directe pour qui vient de la vallée. Le bourg dispose de commerces, d’hébergements et de restaurants, ainsi que d’une vie associative dense qui compense l’éloignement hivernal.

Pour qui cherche un coin de Vercors sans l’effervescence de Villard-de-Lans, à 9 km au sud, Lans-en-Vercors coche une case rare: un village de 2 652 habitants posé sur une frontière que personne ne voit mais que chaque ruisseau raconte.

Peut-on venir sans voiture à Lans-en-Vercors ?

Le bourg reste difficile d’accès en transports en commun depuis Grenoble. La voiture, via la D531 depuis Sassenage, reste la solution la plus pratique pour rejoindre le village et rayonner sur le plateau.

Quelle est la meilleure saison pour randonner ?

De juin à octobre, les sentiers autour du Pic Saint-Michel, des gorges du Bruyant et du plateau des Ramées sont praticables sans matériel spécifique. En hiver, le ski nordique sur le plateau des JO 1968 et le ski alpin sur le domaine Montagnes de Lans prennent le relais, entre 1 400 m et 1 807 m d’altitude.