En 1854, cette impératrice espagnole transforme un port de 1 500 âmes en capitale du surf – 20 % moins cher que Nice

En 1843, Victor Hugo découvre un petit port basque de 1 500 âmes. « Ce village blanc à toits roux et à contrevents verts posé sur des croupes de gazon », écrit-il dans son journal de voyage. Vingt-cinq ans plus tard, empereurs et aristocrates européens se pressent dans cette même bourgade transformée. Une impératrice espagnole venait de révéler le secret qui ferait de Biarritz la « Reine des Plages ». Aujourd'hui, derrière l'image surf moderne, douze monuments classés racontent cette métamorphose impériale méconnue, accessible 20 % moins cher que la Côte d'Azur.

Le village oublié que Victor Hugo découvrit en 1843

Les pêcheurs baleiniers rentrent au port après trois mois en mer. L'odeur du goudron mélange aux embruns atlantiques. Les filets sèchent sur les façades blanches aux contrevents verts.

En 1843, Biarritz compte exactement 1 500 habitants. Ils vivent de la chasse à la baleine depuis le Moyen Âge. Les derniers harpons disparaîtront au XVIIe siècle, remplacés par le commerce des guérites de plage.

Hugo note la simplicité des lieux. Falaises calcaires jaune-ocre formées il y a 34 millions d'années. Église Saint-Martin du XIIe siècle, restaurée en 1541. Quelques maisons de pierre locale autour du petit port.

« Les marins de Biarritz se lancent alors dans le commerce des guérites et des tentes ou dans le sauvetage au profit des établissements de bains de mer », rappelle l'historien local Puyau. Une économie de survie avant la révolution impériale.

1854 : l'impératrice espagnole qui révolutionna l'Atlantique

Eugénie de Montijo épouse Napoléon III en 1853. Cette noble espagnole garde la nostalgie de sa côte basque natale. San Sebastián brille à trente kilomètres au sud.

En 1854, elle convainc l'empereur de construire la Villa Eugénie sur les hauteurs biarrotes. Premier palace impérial face à l'océan Atlantique. Les travaux commencent immédiatement.

De 1855 à 1868, le couple impérial séjourne chaque été à Biarritz. En 1858, Napoléon III fait édifier les digues et les bains Napoléon aux azulejos mauresques. La Chapelle Impériale suit en 1864, mélange néo-romano-byzantin unique en France.

Architecture impériale toujours visible

L'Hôtel du Palais remplace la Villa Eugénie après l'incendie de 1903. Sa façade Belle Époque domine toujours la Grande Plage de 1,6 km. La Chapelle Impériale conserve ses vitraux classés Monument Historique en 1981.

La Villa Belza fascine Instagram avec sa tourelle poivrière néo-médiévale de 1880. Construite en pierre de Bidache ocre, elle trône sur sa falaise comme un château de conte. Deux millions de vues sous le hashtag #BelzaSurf.

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Le legs culturel méconnu

L'effet domino fonctionne parfaitement. Bismarck, l'impératrice Sissi d'Autriche, les tzars russes suivent le couple impérial. L'église orthodoxe russe apparaît en 1892 pour accueillir cette nouvelle clientèle.

La population quadruple en vingt ans. Quarante-sept villas Belle Époque sortent de terre entre 1870 et 1900. L'AVAP (Aire de Valorisation de l'Architecture et du Patrimoine) protège aujourd'hui ce patrimoine de station balnéaire alternative moins saturée que ses concurrentes.

Expérience concrète : marcher dans les pas d'Eugénie aujourd'hui

L'itinéraire impérial se parcourt en deux heures à pied. Départ Grande Plage, où les digues de Napoléon III résistent encore aux tempêtes atlantiques. Les facades Belle Époque encadrent le sable fin.

L'Hôtel du Palais ouvre son hall gratuitement. Sa terrasse propose des cocktails à 18 € face à l'océan. Cinq cents mètres plus loin, le Rocher de la Vierge porte sa statue de 1865 et son pont Eiffel de 1887.

La Chapelle Impériale se visite pour 5 €. Ses azulejos hispano-mauresques racontent l'influence espagnole d'Eugénie. Le Phare de 1874 offre son panorama gratuitement après 260 marches d'ascension.

Les spots que les locaux privilégient

La Plage du Vieux-Port attire 80 % de Biarrots contre 20 % sur la Grande Plage touristique. Ses 500 mètres offrent plus d'intimité entre les falaises ocre. Les Halles centrales proposent piment d'Espelette et fromage Ossau-Iraty.

Les poteries Mouriscot perpétuent l'artisanat local depuis le XVIIe siècle. Ces Morisques chassés d'Espagne apportèrent leur savoir-faire de l'argile basque. Douze ateliers survivent aujourd'hui.

Gastronomie impériale préservée

Le ttoro adapte la soupe de poisson basque aux goûts de la cour impériale. Les chipirons à l'encre conquièrent les banquets de la Villa Eugénie. Ces recettes survivent dans trente restaurants du centre-ville.

Le chocolat de Bayonne-Biarritz hérite du savoir-faire des juifs portugais du XVIIe siècle. Douze chocolatiers artisans maintiennent cette tradition. L'identité régionale résiste au tourisme de masse.

Le contraste moderne : surf et héritage cohabitent

Août 2025, Festival de Surf sur la Côte des Basques. Cinquante mille spectateurs acclament les pros mondiaux. En arrière-plan, la Villa Belza dresse sa silhouette médiévale sur Instagram.

Cette double identité définit Biarritz aujourd'hui. Capitale européenne du surf depuis 1957 ET station impériale préservée. Le Phare de 1874 surplombe les vagues et les toits rouges Belle Époque ensemble.

Les chiffres parlent : Nice accueille 5 millions de touristes annuels contre 1,5 million à Biarritz. L'authenticité architecturale compense la massification azuréenne. Le patrimoine côtier évite la bétonisation excessive.

Vos questions sur Biarritz, plage, Nouvelle-Aquitaine répondues

Quand visiter pour éviter la foule tout en profitant du patrimoine ?

Juin ou septembre offrent le meilleur compromis. Eau à 18°C, six heures de soleil quotidiennes, affluence réduite de 40 % par rapport à juillet-août. La Chapelle Impériale se visite sans queue en vingt minutes. TGV Paris-Biarritz en 4h30 pour 50-120 €. Vol low-cost Paris-BIP en 1h05 pour 40-100 €.

Quelle différence avec les autres stations Belle Époque ?

Biarritz reste la seule station impériale du Second Empire sur la côte atlantique. Deauville et Cabourg datent de la IIIe République après 1870. L'influence hispano-basque la distingue : azulejos, gastronomie pintxos, frontière espagnole à quinze kilomètres. Hébergement 15 % moins cher que Deauville : 200 € contre 235 € en hôtel trois étoiles.

Les monuments sont-ils accessibles ou privatisés ?

Chapelle Impériale publique pour 5 € selon horaires mairie. Hôtel du Palais ouvre hall et terrasse gratuitement, chambres de 300 à 600 €/nuit. Phare gratuit après 260 marches. Rocher de la Vierge accessible en permanence. Villa Belza privée mais vue extérieure libre depuis les falaises.

Le soleil couchant embrase les façades ocre de l'Hôtel du Palais. En contrebas, surfeurs et dernières vagues de la Grande Plage cohabitent harmonieusement. Là où Eugénie posait ses premiers bains de mer il y a 170 ans. Les toits rouges persistent, témoins d'un village devenu capitale sans trahir ses racines basques.