Depuis 1953, ce barrage du Doubs recouvre deux fermes que la sécheresse fait ressurgir
Entre les parois boisées du Doubs, l’eau du lac de Moron laisse parfois remonter des murs que personne ne s’attend à revoir. À Villers-le-Lac, à la frontière franco-suisse, le barrage du Châtelot retient une vallée devenue inaccessible aux voitures. Le 14 octobre 2026, le niveau était signalé environ 20 mètres sous son maximum, après plusieurs mois de manque de pluie.
Deux fermes englouties lors de la mise en eau peuvent alors réapparaître. Je préfère cette histoire aux panoramas trop sages: ici, le paysage garde une mémoire visible.
1953: quand le Doubs a recouvert deux fermes
Le lac de Moron est une retenue artificielle formée par le barrage du Châtelot. L’ouvrage a été achevé en 1953, puis l’eau a gagné l’emplacement occupé par deux fermes.
Les bâtiments ont disparu sous la retenue. Lors des sécheresses importantes, leurs ruines peuvent pourtant refaire surface, par fragments, lorsque le niveau descend suffisamment. La scène doit être étrange: une ligne de mur, une base de bâtiment, puis l’eau qui reprend sa place.
Le récit tient dans ce va-et-vient. Le lac recouvre les traces, puis les restitue brièvement. Pour moi, c’est le détail qui donne au site sa force: on ne regarde plus seulement une retenue dans les gorges, on cherche ce que l’eau cache.
74 mètres de barrage et une vallée sous la retenue
La voûte du Châtelot atteint 74 mètres. Elle retient environ 20 millions de mètres cubes d’eau dans une vallée encaissée, entre les reliefs boisés du Doubs et du canton suisse de Neuchâtel.
Le barrage produit de l’électricité avec une centrale située en aval. Cette donnée technique reste secondaire sur place. Ce qui frappe davantage, c’est le changement d’échelle entre le chemin sous les arbres, la paroi de l’ouvrage et l’étendue sombre de l’eau.
Le lac se trouve en aval du Saut du Doubs. Il ne faut donc pas le confondre avec le lac des Brenets, placé en amont de la cascade. Le secteur relie ces deux repères par des sentiers et des points de vue, mais le lac de Moron garde une ambiance plus secrète.
Le Saut du Doubs ajoute une autre image au parcours: la cascade tombe de 27 mètres. Les Roches de Moron et les Roches des Recrettes ouvrent aussi des vues sur les gorges et la retenue. Je trouve ce contraste plus intéressant qu’une simple promenade au bord de l’eau.
Depuis Villers-le-Lac, le lac se gagne à pied
L’accès au lac de Moron se fait uniquement à pied. Côté français, les itinéraires partent du barrage du Châtelot, du secteur du Barboux ou du lieu-dit Le Pissoux. Côté suisse, les départs sont possibles depuis Les Brenets, Les Planchettes ou Le Locle.
Le barrage possède un parking de départ, mais aucun véhicule ne rejoint les rives de la retenue. Les chemins longent l’eau, passent par des belvédères et suivent les gorges. Vous devez donc prévoir une sortie de randonnée, avec des chaussures adaptées au terrain.
Aucune saison précise ne garantit l’apparition des fermes. Le phénomène dépend d’une sécheresse importante et du niveau de la retenue. Pour voir les ruines, le bon moment ne se réserve pas: il se présente lorsque l’eau se retire.
Peut-on accéder au lac de Moron en voiture ?
Non. L’accès au lac est pédestre, depuis le barrage du Châtelot, Le Pissoux, Les Brenets ou d’autres départs côté suisse. Pour moi, cette contrainte protège le caractère du parcours: la retenue se découvre progressivement, entre les arbres et les gorges.
Peut-on naviguer sur le lac ?
Les embarcations civiles à moteur sont interdites sur le lac. La visite se concentre donc sur les rives, les sentiers et les belvédères. Vous venez ici pour observer l’eau, le barrage et les traces qui apparaissent parfois, pas pour traverser la retenue.
Le niveau signalé le 14 octobre 2026 rappelle que le décor peut changer rapidement après une longue période sans pluie. Les murs des deux fermes n’attendent pas les visiteurs selon un calendrier fixe. Ils surgissent lorsque la vallée engloutie reprend, quelques jours ou quelques semaines, une place à la surface.
Dans les gorges, la lumière accroche alors les pierres découvertes avant de glisser sur l’eau basse. Le lac de Moron redevient silencieux. Mais sous cette surface, les fermes sont toujours là.